Rallumer les étoiles

11 septembre 2019

# 273 Malevil, Robert Merle

A la recherche de ma prochaine lecture et et sans réseau wifi, j’ai balayé les livres non lus sur ma liseuse. Je suis tombée sur Malevil qui m’avait été recommandé par Pierre-Adrien au moment où j’avais lu L'île. Comme quoi, j’écoute vos conseils même s’il me faut souvent du temps avant de les suivre.

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A la fin des années 70, une explosion dévaste la Terre. L'ampleur du phénomène reste inconnue mais dans les environs de Malevil, seuls les sept occupants du châteaux semblent avoir survécu. Commence alors la reconstruction d'une civilisation sous le commandement d'Emmanuel, le narrateur principal.

De la gestion des ressources à la place de la religion et des femmes dans la société en passant bien sûr par le régime politique : quels sont les meilleurs choix de survie quand tous les repères ont disparu? Cela rappelle par certains aspects le jeu Civilization apparu 20 ans plus tard! C'est un roman passionnant (à l'exception de la fin un peu longuette et trop sentimentale à mon goût) qui nous interpelle particulièrement en ces temps de désastre écologique: la concertation, l'engagement et l'organisation sociale sont au coeur du propos. 

Il est intéressant de le lire à la fois en le repositionnant dans son époque, écrit en 1972 les références aux idéologies propres à la guerre froide sont évidentes et au regard de notre société actuelle.

Enfin il a pour ma part une forte résonance avec l'essai que je ne cesse de vous conseiller Effondrement de Jared Diamond: comment certaines civilisations ont disparu là où d'autres ont survécu.

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Elle me regarde à peine
Plus rien ne la surprend sur la nature humaine
C'est pourquoi elle voudrait enfin si je le permets
Lire en paix

 

 

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08 septembre 2019

# 271 Le Bal et # 272 La vie de Tchekhov, Irène Némirovsky

Ça faisait un petit moment que je voulais poursuivre ma découverte de l'oeuvre d'Irène Némirovsky et j'avais noté dans un coin de ma tête l'information laissée ici par son petit-fils sur la préparation de la pièce adaptée de Suite Française. J'irai la voir en octobre et j'ai téléchargé un peu au hasard pendant mes vacances Le Bal et Anton Tchekhov (promis je vais me calmer sur la Russie) de sorte que désormais cette auteur sera toujours un peu liée à la Grèce tant j'ai pris plaisir à la lire sur les plages de Sifnos.

Le Bal est un court roman d'une cinquantaine de page qui se rapproche de la nouvelle: des personnages très bien travaillés et une chute parfaite. Un petit bijou d'acidité sur l'adolescence, lu d'une traite. 

La vie de Tchekhov : cette jolie biographie romancée du célèbre auteur russe donne envie de découvrir son oeuvre. Avec une écriture élégante et fluide Irène Némirovsky dépeint le cadre intime de Tchekhov tout en le resituant dans le contexte littéraire de la Russie du XIXème siècle (on croise ainsi Tolstoï et Gorki). 

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Suite Française, au théâtre La Bruyère jusqu'au 28/12/2019

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01 septembre 2019

# 270 Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

Nous avons été charmées par l'étang du Patriache au point qu'Emma l'a élu "coup de coeur de Moscou". Si vous y allez, passez-y comme nous juste avant le crépuscule. La lumière sur ce plan d'eau, le reflet de la résidence, la légereté des tilleuls: tout invite au romantisme et à la rêverie.

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S'est ensuite enclenché un processus "armellien" (pardon à l'auteur de cet adjectif pour le plagiat) : j'ai appronfondi le sujet, pour découvrir de fil en aiguille que c'est le lieu de la première scène de l'oeuvre principale de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite. Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur jusqu'alors à part dans la liste des musées littéraires moscovites, n'en déplaise à ceux qui pensent que j'ai une culture hyyyyyyper étendue ;-) et je l'ai téléchargé en Russie (vive la flexibilité des liseuses connectées!).

Résumer ce livre serait vain tant il offre plusieurs niveaux de lecture. Il aura fallu douze ans pour que l'auteur en achève la troisième version, la quatrième étant finalisée par sa femme après sa mort. Ce n'est qu'en 1989 qu'est publiée la version la plus complète, enrichie de notes et manuscrits complémentaires.

Le récit s'en ressent: il est dense et très abouti. Personnellement je suis complètement entrée dans cette histoire extravagante et parfois déroutante, mêlant politique et fantastique. On est hypnotisé au propre comme au figuré par le naturel avec lequel on passe du rêve et de la magie à la vraie vie, avec cette confusion entre les deux que l'on a tous ressentie un jour au petit matin ou après un bref assoupissement. La mise en abîme du roman du Maître sur Ponce Pilate ajoute à la confusion entre réel et imaginaire, portant la réflexion sur la religion et les apparences bien au-delà du contexte soviétique. Je dois aussi dire que la description très fidèle de Moscou a ajouté pour moi comme de la couleur fondue entre littérature et voyage!

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19 août 2019

# 269 Immigrants, Christophe Dabitch

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Il s'agit d'un album hybride entre roman graphique et essai, onze témoignages d'immigrants mis en dessin et entrecoupés de textes de sociologues qui replacent intelligemment ces histoires dans notre Histoire.

Pour être tout à fait honnête, c'est l'écoute récente du Téléphone Sonne sur les secours aux migrants qui m'a rappelé de vous parler de cet ouvrage offert par David il y a plusieurs mois. Je répare ma négligence parce que j'ai été particulièrement choquée par un auditeur qui semblait assimiler le départ d'un réfugié de son pays à un voyage touristique, occultant complètement la situation dramatique de ces personnes sur ces territoires. Des contextes géopolitiques dans lesquelles l'Occident a une grande part de responsabilité, voir continue à l'aggraver au nom d'intérêts économiques complètement dépassés...

C'est un sujet qui me tient à coeur: la résonance avec mon histoire personnelle est trop évidente pour que cela me laisse indifférente, les trajectoires de ces personnes déplacées sont tellement intéressantes, uniques et fortes, leur apport culturel sur notre territoire une richesse qu'on refuse de voir. Je suis dépitée par notre manque de curiosité, notre peur de ce qui ne nous ressemble pas, tellement habitués que nous sommes à aller vers des relations qui ne nous bousculent pas. 

A lire, à relire, à offrir, à laisser traîner partout où l'humanité a été vaincue quand, par notre silence, nous permettons que des bateaux remplis de détresse ne reçoivent pour réponse que notre indifférence.

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08 août 2019

# 268 Oublier Klara, Isabelle Autissier

J'ai immédiatement téléchargé Oublier Klara d'Isabelle Autissier après avoir lu l'élogieuse critique du Monde, d'autant que le roman se déroule dans la fascinante région de la Carélie russe.

J'ai des sentiments très contradictoires sur cette lecture qui entremêle plusieurs thèmes: les destins de trois générations d'hommes d'une même famille, dont la femme/ mère/ grand-mère a disparu après son arrestation par la milice stalinienne; la vie de cette femme, Klara, en tant que détenue; enfin un récit où l'on se reconnecte aux éléments: les oiseaux et la vie à bord des chalutiers, ces passages de quasi-suicide renouvelé à chaque embarquement étant sans conteste les plus authentiques.

Le problème c'est que le roman ne fait que 322 pages et chacun de ces sujets laisse un goût d'inachevé (et particulièrement la dimension psychologique des personnages aurait pu être plus subtile), mais c'est surtout l'écriture qui m'a bloquée: le style beaucoup trop scolaire voir prétentieux manque de fluidité. J'ai par exemple noté plusieurs répétitions de certains termes pompeux... Heureusement la structure romanesque indéniable du roman fait que j'ai malgré ces défauts été embarquée dans l'histoire, d'autant plus que je l'ai lue à Moscou, à l'ombre des peupliers du parc Gorki ou sur un banc du parc VDNKh.

Il faut aussi dire que sur ces thèmes il existe déjà des romans tellement époustouflants qu'Oublier Klara est forcément pénalisé par la comparaison (Le troublant roman Le Grand Marin sur la vie de pécheurs dans des conditions extrêmes, l'exceptionnel Météorologue concernant les camps stalinien).

 

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04 août 2019

# 267 La Fin d'une liaison, Graham Greene

Parfois je n'ai plus tellement envie d'écrire ici et je prends beaucoup de retard. Le titre du roman dont je vais vous parler pourrait être prémonitoire, mais haut les coeurs, j'attaque bientôt ma dixième année ici et à l'instar d'Alessandro Baricco ce sera un journal de lecture qui couvrira une période importante de ma vie à savoir l'enfance d'Emma. Je me plais à penser qu'elle aimera avoir ces écrits de moi plus tard comme une clé de lecture de sa maman.

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 C'est pas gagné pour la photo...

La Fin d'une liaison de Graham Greene figurait dans le palmarès des 100 romans qui ont le plus enthousiasmé Le Monde et allez savoir pourquoi j'ai choisi celui-ci? Probablement grâce au prénom de l'auteur qui me rappelle celui du Dimanche des mères et la critique dans l'article de la traduction du titre original - The End of the Affair.

C'est un roman dense et psychologiquement très intéressant: après plusieurs années de silence, Bentrix, l'ex-amant de Sarah renoue avec le mari de celle-ci qui, dans un moment d'abattement, lui confie ses doutes sur la fidélité de sa femme. C'est le prétexte dont Bentrix avait besoin pour enquêter sur la raison de leur rupture. Aux procédés narratifs (la voix du journal intime de Sarah, les analepses,...) et à la qualité de l'écriture anglo-saxonne et légèrement désuète comme celle de Mauriac (qui est d'ailleurs presque son contemporain) s'ajoute une dimension psychologique profonde.

J'ai lu ces pages avec presque 70 ans d'écart par rapport à la critique du Monde et au-delà du propos religieux, c'est surtout une réflexion sur la place de l'irrationnel et de l'empathie (la vraie, pas celle dont on nous rebat les oreilles à longueur de séminaires professionnels!) dans la relation amoureuse: la capacité à mettre de côté ses propres peurs, d'écouter l'autre tel qu'il est vraiment et non pas tel qu'on voudrait qu'il soit ou à travers notre prisme personnel ...

C'est pour moi un roman sur l'acceptation des différences de perception et en cela il dépasse le sujet assez bateau de la blessure amoureuse. Mais peut être que cette lecture que j'en fais est influencée par la série Le temps de méditer de Christophe André sur France Inter.

"J'entendis sa voix qui disait:

- Excusez-moi. J'ai pris l'autobus et il y avait des embouteillages.

- Le métro va plus vite, dis-je.

- Je sais, mais je n'avais pas envie d'aller vite.

Elle m'avait souvent décontenancé par sa franchise. Au temps où nous étions amoureux, j'essayais de lui faire dire plus que la vérité: que notre liaison ne finirait jamais et qu'un jour nous nous marierions. Je ne l'aurais pas crue, mais j'aurais aimé entendre ses lèvres prononcer les mots que j'attendais, ne fût-ce que pour me procurer la satisfaction de les réfuter moi-même. Mais elle ne jouait jamais à faire semblant et tout à coup, sans que je m'y attendisse, elle anéantissait ma réserve par une affirmation d'une grande douceur et d'une grande puissance."

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Épuisé par la séance photo... 😻

 

 

 

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08 juillet 2019

# 266 Paul 1er, le tsar mal-aimé, Henri Troyat

J'étais restée sur ma faim lors de ma lecture d'Une femme aimée. Qu'à cela ne tienne, en investiguant sur une biographie de l'impératrice, de fil en aiguille, j'arrive sur le podcast passionnant d'un entretien d’Henri Troyat. Auteur d’origine russe, je n’ai rien lu de lui depuis des années et malheureusement la biographie de Catherine La Grande n'est pas disponible en ebook (en ce moment c'est ce format qui me permet de consacrer le plus de temps à la lecture). Qu'à cela ne tienne (bis), je télécharge Paul 1er, le tsar mal-aimé dont le titre en redondance avec celui d'Andreï Makine me plait et qui, me dis-je, devrait tout de même évoquer sa mère.

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Je ne regrette pas du tout ce choix : Tsar au pouvoir éphémère (5 ans), coincé entre les célèbres règnes de Catherine La Grande et d’Alexandre 1er, cette biographie donne un angle de vue intéressant sur le tournant qui s’opère alors géopolitiquement en Europe entre la Révolution Française, l’émergence d’un Napoléon, la puissance Prusse…

Henri Troyat nous embarque véritablement dans ce récit à la fois historique, politique et personnel et on navigue ainsi avec aisance entre la société russe d’alors, les enjeux territoriaux et la psychologie du personnage – on pourrait même dire psychiatrie tant la santé mentale de l’Empereur est préoccupante...

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24 juin 2019

# 265 Piranhas, Roberto Saviano

J'ai profité de mon séjour dans le sud pour y laisser le bouquin que je venais de terminer et en commencer un autre. Comme je n'avais pas ma liseuse, mon père m'a conseillé Piranhas, ce qui tombait à point puisqu'on venait de parler de politique italienne en famille et que depuis l'entrée au gouvernement de Salvini c'est un sujet qui revient facilement avec Marie.

Je n'avais jamais lu Roberto Saviano, probablement parce que la couverture presse de cette intellectuel italien est suffisamment bonne en France pour que je n'éprouve pas le besoin de lire ses fictions.

De fait j'ai eu tort car en plus d'être bien écrit et entraînant, ce récit d'une bande de gamins motivés par l'un d'entre eux à entrer dans le système mafieux de Naples est d'une lucidité implacable. Mu par un désir de liberté, la trajectoire du jeune Nicolas explique parfaitement le verrouillage qui s'opère dès le début. 

J'y ai aussi trouvé une certaine forme de leçon sociale très actuelle (l'homme est un loup pour l'homme) et aussi étonnamment personnelle quand on se sent parfois assujetti aux pressions extérieures. Cette lecture ravive tout à la fois le sentiment de révolte, la conscience politique et l'envie d'échapper au réel.

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(Zeus, chat stressé)

 

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18 juin 2019

# 264 Une femme aimée, Andréï Makine

Il arrive parfois qu’on me dise « j’ai entendu parler de Russie, j’ai pensé à toi » : je pense que mon attrait pour ce pays étonne tellement il est incongru (rien ne me prédestinait à cet intérêt) et assez marqué : moi-même je suis toujours surprise de l’effet que me fait le simple nom de ce pays-continent. Je n’ai toujours pas percé le mystère de cette passion apparue tardivement, même si je sais que les paradoxes de ce pays résonnent en moi. La Russie se mérite comme me le démontre encore une fois en ce moment la complexité administrative d'une destination qui, à de rares exceptions comme St Petersbourg, ne compte pas sur le tourisme "capitaliste". 

Cette trop longue introduction pour expliquer le message reçu un matin de Marie :

"Trouvé dans la boite à livre, je te l'ai pris" accompagné de la photo du roman.

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Bonne pioche, j'avais beaucoup aimé Makine.

Malheureusement, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans Une femme aimée et je ne l'ai vraiment apprécié qu'à partir de la seconde moitié, ce qui fait long pour un livre de 384 pages.

Un cinéaste tente de raconter à travers son projet de film le destin de la Grande Catherine à deux époques de sa vie, celle de la Russie communiste et la Russie post-soviétique. Le croisement de ces trois périodes historiques est un point de vue intéressant sur l'évolution politique du pays mais cette superposition me laisse un sentiment de frustration et d'incomplétude. L'histoire de la Tsarine est trop dissolue dans le récit du narrateur dont les tribulations personnelles et les allusions psychologiques un peu faciles (il est d'origine allemande) ne m'ont pas captivée.

 

 

 

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03 juin 2019

# 263 Tout ce dont on rêvait, François Roux

Le Bonheur National Brut est probablement un des romans que je recommande le plus alors quand je me suis aperçue que François Roux avait publié en 2017 Tout ce dont on rêvait, je l'ai téléchargé sans hésiter malgré le titre douteux. C'est le genre de roman que je lis de façon addictive, qui me permet de vraiment me vider la tête en étant absorbée dans une fiction facile à lire. De fait Tout ce dont on rêvait offre une lecture fluide, avec une double dimension psychologique et sociale très réussie. L'équilibre fragile du couple, les compromis, les aléas économiques: en quelques chapitres François Roux saisit avec justesse le poids des renoncements et de la pression sociale, une récit crédible par sa subtilité à l'exception de la chute qui m'a semblé baclée et de trop.

tout ce dont on rêvait

Disponible en édition #poche (nouveau tag pour les petits budgets)

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