Rallumer les étoiles

10 mai 2021

# 359 Ma tante Giron, René Bazin

Je ne me souviens plus comment je suis tombée sur ce roman précisément, je faisais une recherche sur les livres libres de droits et je crois que l'homonymie avec Hervé Bazin a attiré mon attention. Il y a bien un lien de parenté entre les deux hommes puisque René est le grand-oncle d'Hervé.

J'ai donc ouvert très facilement le fichier sur ma tablette et je l'ai lu d'un trait. A travers le récit d'une histoire d'amour entre deux jeunes gens de la bourgeoisie craonnaise, l'auteur dépeint les mœurs provinciales au 19ème siècle. La description de la nature tient une place importante dans son écriture sans alourdir ou ralentir la narration.

J'ai adoré cette plongée dans un autre temps, ce n'est pas une surprise,  j'ai toujours été attirée par les romans et les écrivains de cette époque que j'ai découverts dès le collège. Je crois que c'était un prolongement idéal après les lectures plus enfantines telles que les ouvrages de la Comtesse de Ségur : Madeleine, Camille et Sophie ont souvent inspiré mes jeux d'imagination. Avec l'adolescence les personnages et les descriptions de Stendhal, Flaubert, Maupassant et même le réalisme de Zola ont nourri mes rêveries et j'ai longtemps créé dans ma tête pour m'endormir une Armelle fictive vivant au XIXème siècle! 

Pas certaine d'avoir totalement perdu cette habitude...

You want everything to be just like
The stories that you read

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01 mai 2021

# 358 Mon traître, Sorj Chalandon

Je pensais n'avoir jamais lu Sorj Chalandon, mais les archives de ce blog m'ont démentie. La lecture d'Une promesse ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable, au contraire de son intervention au salon du livre 2018 où il présentait avec Sébastien Gnaedig l'adaptation en roman graphique de Profession du père.

Il a suffi d'un message de mon amie Stéphanie pour que je file emprunter un autre de ses ouvrages à ma médiathèque:

"Je suis en train de lire un roman super, je l'ai lu en 1 jour et demi, ce qui est un exploit. C'est Mon Traître de Sorj Chalendon et Retour à Killybegs qui reprend le personnage principal du premier livre mais il devient le narrateur, ça se passe en Irlande du Nord, à Belfast, c'est très très chouette."

Comme je l'expliquais dans mon post précédent, le fait d'avoir été absorbé dans une lecture dynamise ma curiosité. Alors si vous l'associez avec la mention d'un ailleurs, c'est gagné. 

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Immergé dans le conflit irlandais qui opposa l'IRA au gouvernement britannique des années 60 à 2007, le narrateur, un luthier français, nous révèle dans Mon Traître le quotidien des combattants et creuse l'aspect intime au travers de sa singulière amitié avec quelques activistes.

Les aller-retours et l'attachement de l'artisan parisien à l'Irlande est difficilement saisissable, c'est le seul défaut du récit qui se lit effectivement d'une traite. J'ai converti ce manque de profondeur du personnage en pudeur dès que j'ai découvert l'inspiration autobiographique : en transposant sa profession en reporter de guerre, tout devient limpide!

J'ai découvert la réalité de ce conflit alors que je vivais en Angleterre à l'occasion de quelques jours de vacances en 2002 avec une personne originaire de Londonderry. De l'IRA je ne connaissais alors que les analyses politiques de mes cours de Sciences-Po.

L'atmosphère humide, la violence ordinaire, l'installation dans la durée d'une révolution largement banalisée et marginalisée :  il faut avoir traversé Belfast, bu une bière dans un de ses pubs, sillonné les routes de villages catholiques en territoires britanniques, avoir passé quelques jours dans une famille nord-irlandaise, à cette époque où la guerre s'éteignait tout en étant encore bien présente pour saisir à quel point ce texte n'est pas une fiction.

Si ce roman est celui de la sidération, il me tarde de lire son pendant : Retour à Killybegs raconte la même histoire du point de vue opposé, mais aussi avec quelques années de recul de la part de l'auteur. 

 

 

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26 avril 2021

# 357 L'Anomalie, Hervé Le Tellier

Les critiques n'ont pas toujours été unanimes sur le Goncourt 2020 mais elles lui reconnaissent en général deux qualités : il s'agit d'une fiction (critère d'éligibilité au prix indispensable semant chaque année la discorde) qui se lit facilement. Et s'il y a bien une phrase qui supplante toutes les autres quand on me conseille un livre c'est bien celle-ci : " je l'ai lu d'un trait ". C'est ce que m'a dit mon père au sujet de L'Anomalie et ma mère me l'avait mis de côté lors de mon dernier séjour chez eux. Comme la semaine précédente mon ami A. m'avait aussi parlé de cette lecture, je me suis lancée sans a priori et pour être tout à fait honnête sans trop savoir de quoi il retournait. 

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Il est de toutes façons difficile de le résumer sans risquer d'en divulguer trop, disons simplement qu'il s'agit d'un avion, qui aurait atterri 2 fois (le même vol transportant des passagers identiques) en mars et en juin (ne pas rater ce passage sinon vous risquez d'être vous aussi perdu dans une faille spatio-temporelle entre les June et les March). 

Robotisation, éthique : le récit est porteur d'une réflexion pas très novatrice - on pense souvent à quelques romans ou séries d'anticipation, je pense que c'est tout à fait volontaire. C'est sûrement très prétentieux de ma part mais je crois que le texte aurait mérité quelques mois de maturation supplémentaires et qu'il aurait gagné en profondeur en éliminant certains personnages trop caricaturaux et un peu bâclés. D'autres en revanche sont vraiment convaincants - le tueur à gage insoupçonnable, l'écrivain qui gagne sa vie grâce à des traductions en langage Star Trek. Le récit ne manque ni d'humour ni de rythme. J'ai aussi aimé le questionnement psychologique sur le "double", ayant moi-même une sœur jumelle, le fantasme de la gémellité m'interroge beaucoup ("vous êtes vraies ou fausses jumelles ? ", comme si l'une de nous deux était en plastique, "vous ressentez les mêmes choses au même moment?", "tu sais qui tu es le matin quand tu te réveilles ?"... Ne riez pas, je vous promets parfois vous vous dites que les gens perdent des neurones à la simple évocation de la gémellité).

On perçoit l'intention de l'auteur, ce qui m'a donné la curiosité de faire quelques recherches ultérieures. Ses références très oulipiennes donnent une double lecture intéressante, lorsqu'on est initié au style. 

En résumé : une lecture très agréable et entraînante, bien qu'un peu trop scénaristique et je me rends compte après quelques jours qu'il ne reste finalement pas grand-chose : il avait pourtant les moyens d'être plus percutant. 

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J'ai laissé tomber la mise en scène féline, c'est beaucoup plus simple avec mon Ourson voyageur...

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21 avril 2021

# 356 La cheffe, roman d'une cuisinière, Marie NDiaye

Encouragée par mon libraire, j'ai enfin lu Marie NDiaye. Son dernier livre vient de paraître mais j'ai choisi de commencer par des romans disponibles en poche. Ça me plaisait de continuer sur ma lancée de la découverte de l'artisanat : c'est donc La cheffe, roman d'une cuisinière que j'ai ouvert en premier.

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Une fois habituée à son écriture, je suis totalement entrée dans ce portrait de femme. La richesse et la précision de son vocabulaire ont stimulé mon imagination, les longues phrases ne m'ont pas du tout perdue et l'attention particulière aux détails donne de l'étoffe au personnage. Preuve de son talent, elle émaille son récit de recettes inventées : j'ai découvert ensuite la supercherie sans jamais douter de leur existence réelle.

A travers une profession qui peut offrir le meilleur comme le pire, Marie NDiaye fustige la société des apparences et fait l'éloge de la simplicité. Une mise en garde contre la superficialité de très bon goût !

Ma seule réserve tient au parti pris narratif :  le narrateur est un ancien commis pétri d'admiration dont le point de vue trop engagé devient rapidement pesant. J'ai survolé le texte en italique se rapportant à son présent et la chute justifiant cette structure ne m'a pas convaincue. Le portrait se suffisait à lui-même, l'intrigue n'apporte rien.

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12 avril 2021

# 355 La vie solide: La charpente comme éthique du faire, Arthur Lochman

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A l'occasion de sa sortie en format poche, j'ai vu passer ce titre sur les réseaux sociaux et il m'a interpellée car j'ai autour de moi des amis passionnés de bricolage. Ils me racontent régulièrement les bienfaits de ce qui est pour eux un loisir et parfois un projet de reconversion.

Dès le samedi suivant, de passage à ma librairie favorite, je l'achète. Or ce même week-end, échaudée par ma première tentative de restauration de meuble*, je prends conseil sur le caisson industriel qui croupit dans ma cave, juste à côté d'une boite à outils en fer bleue. Je vois le regard du bricoleur s'allumer à cette vision, mais comme elle est difficilement accessible, j'ignore ce signal. Le lundi, intriguée, je décide d'aller l'exhumer. Je hisse le coffret jusqu'au 3ème étage, et là, sur ma terrasse, je découvre qu'il recèle d'objets dont l'apparence m'est totalement inconnue. 

Une fois la vidéo envoyée au bricoleur pour m'enquérir de la valeur du trésor, les échanges prennent un tour assez mystérieux pour moi : il y aurait là des outils anciens dont des ciseaux à bois. Je vous laisse imaginer ma tête en cherchant ce que peux bien être cette chose capable de découper une planche à la manière d'une feuille de papier. C'est dire mon niveau...

Mais voilà que dans mon livre, je tombe sur ce paragraphe :

 

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En plus d'avoir sensiblement enrichi mon vocabulaire de mots à fort potentiel cruciverbiste (hygrométrie, l'assemblage à queue d'aronde, ....), j'ai tout simplement été passionnée par cet ouvrage. Arthur Lochmann réussit à parler avec poésie d'un artisanat méconnu et associé en général à une idée de force abrupte. A travers son apprentissage, son récit est un pas de côté face à l'accélération du monde et à l'inconstance souvent maquillée sous le mot "innovation". Loin d'être ancré dans le passé, il s'attache surtout à la notion de qualité et de responsabilisation et teinte sa réflexion d'un féminisme serein. 

* Me voilà rassurée par Arthur Lochmann:

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Il reste que j'ai fait le pari de vendre cet objet d'art plus de 40 euros. Si quelqu'un autour de vous est intéressé par un "meuble atypique", contactez-moi!

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06 avril 2021

Best of Emma #15: sa sélection de Mangas

Puisque le mois à venir est propice aux loisirs intérieurs, on se motive pour vous livrer les conseils de lecture d'une collégienne !

"Attention Maman tu es face à une grande lectrice !" (la modestie de l'adolescence...)

Avec l'entrée en sixième et grâce à un groupe de copines au sein duquel se développe une saine émulation, Emma lit effectivement beaucoup plus ces derniers mois. Son vocabulaire s'en ressent, d'autant plus qu'elle poursuit l'écriture de son roman et qu'elle a une professeur de Français très motivante.

On attaque avec les mangas : j'ai commencé à m'intéresser à ce style grâce à mes amies qui en parlaient avec enthousiasme. 

(Notes de la Maman : tous les livres sont empruntés au CDI de son collège. Le texte entre guillemets est celui d'Emma, les fautes en moins :D)

Reine d'Egypte de Chie Inudoh, trad. Fédoua Lamodière; Editions: Ki-oon

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"C'est une Reine qui veut devenir Pharaon. J'ai beaucoup aimé les trois premiers tomes parce que ça parle de l'Egypte et un peu de féminisme et ce sont deux sujets qui m'intéressent".

Assassination Classroom de Yüsei Matsui; Editions : Kana Eds

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"j'ai commencé à regarder la série sur Netflix conseillée par une amie. Du coup j'ai emprunté le manga au CDI et j'en suis au 4ème tome. Ca parle d'une classe chargée d'assassiner son prof extraterrestre. Dit comme ça, ça n'a pas l'air attractif mais en fait c'est drôle et amusant, entrecoupé de moments sérieux."

Orange de Ichigo Takano, Trad. Chiharu Chujo; Editions : Akata

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"Cette série parle d'une fille qui reçoit une lettre du futur... écrite par elle-même ! Les 2 narrateurs (celle du présent et celle du futur) essaient de sauver leur ami Kakerus d'un destin tragique. J'ai lu les 2 premiers tomes sur les 6 et j'attends avec impatience que le 3 et le 4 soient disponibles pour continuer."

The Promised Neverland de Kaiu Shirai; Editions : Kaze

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"Un groupe d'amis (Emma, Norman et Ray) découvrent la vérité sur leur orphelinat. La pression monte : tous les enfants doivent s'enfuir, c'est une question de vie ou de mort! J'ai aimé le sens de l'action et le suspense très présent tout au long des pages."

Your Name de Makoto Shinkai et Ranmaru Kotone (Dessinateur), Editions Pika

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"Deux adolescents qui ne se connaissent pas échangent temporairement leur corps. J'ai bien aimé ce manga drôle et léger et qui devient de plus en plus sérieux. L'idée de voir un garçon dans un corps de fille et inversement est originale."

Conclusion de la Maman: on fait confiance à Emma car malgré quelques tentatives, je n'accroche pas du tout à ce style... Vos conseils et avis sont les bienvenus! Et bien sûr, si vous n'avez pas de librairies indépendantes à proximité, ou pour assurer de leur disponibilité en magasin, vous pouvez commander tout cela via les libraires.fr ou placedeslibraires.fr!

 

27 mars 2021

# 354 La Blessure, Jean-Baptiste Naudet

Pioché par hasard sur le présentoir des nouveautés, attirée par la couverture orangée et la typographie reconnaissable des éditions L'iconoclaste : j'ai tout de suite été séduite par le résumé de la quatrième de couverture.

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Robert est appelé à combattre en Algérie, Danièle poursuit ses études en France. Leur histoire d'amour devenue épistolaire ne perd ni de son intensité ni de sa poésie, un contraste saisissant avec l'horreur de la guerre passée sous silence en métropole. Au fil des courriers échangés entre sa mère et son fiancé, le narrateur nous dévoile sa propre part d'ombre, son obsession des conflits et du danger alors qu'il flirte constamment avec la mort en tant que reporter de guerre.

Tout est réussi : l'intensité de la correspondance (ce sont les vraies lettres qui sont reproduites), la fiction réaliste d'une guerre méconnue, l'introspection de l'auteur.

C'est un roman autobiographique très intime et pourtant Jean-Baptiste Naudet nous amène à réfléchir sur les méandres de l'inconscient et de la transmission, et je défie quiconque après cette lecture de ne pas se poser la question: et moi, de quel passé suis-je fait ?

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23 mars 2021

# 353 Alpinistes de Staline, Cédric Gras

La première fois que j'ai entendu parler de ce livre, c'était sur l'instagram de la librairie L'Instant et quand j'ai vu la couverture sur le présentoir des nouveautés de ma médiathèque je l'ai tout de suite emprunté.

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A travers sa minutieuse enquête, Cédric Gras retrace le destin des frères Abalakov dont le nom n'était alors passé à la postérité occidentale que par antonomase*. Alpinistes exceptionnels, ces sibériens ont pourtant marqué l'histoire de leur discipline en multipliant les exploits au service de la démesure soviétique. Si ce récit fascine, ce n'est pas tant par la performance sportive que par son implacable démonstration de la façon dont Staline a effacé des milliers d'individus qui subirent l'absurdité et la cruauté du dictateur. Le burlesque s'invite souvent dans le texte quand on découvre médusé la toponymie des pics ou les sacs à dos lestés des bustes de Lénine**...

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Face à l'horreur qui se joue, il reste le rêve de l'infini vertical : 

" Nous avons perdu l'étalon de la liberté, écrivait Soljenitsyne. Nous n'avons plus rien pour déterminer là où elle commence et là où elle finit." La haute montagne était peut-être pour lui une rare certitude. Celle d'être pour un temps hors de portée.

Est-ce qu'à l'image du Météorologue d'Olivier Rolin pour lequel je suis allée jusqu'aux îles Solovki, cette lecture m'entrainera finalement en Oural et par-delà les monts Altaï? Les similitudes de ces deux lectures me laissent pensive.  "Cette Russie qui nous aimante" écrit Sylvain Tesson : que cherche-ton dans son immensité et ses contradictions?

* combien de points au scrabble?

** Il existe à Moscou un "parc des statues déchues", témoin de cette représentation sculpturale du pouvoir (et dans lequel Emma avait d'ailleurs décrété : "trop de Lénine tue le Lénine"...) 

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16 mars 2021

# 352 Love Me Tender, Constance Debré

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On continue avec une autofiction, celle de Constance Debré qui décrit dans Love Me Tender les conséquences de son choix de vie sur sa relation à son fils. Privée de lui à cause de son homosexualité désormais affichée, elle choisit de se défaire non seulement des contingences matérielles mais aussi émotionnelles : "Mon programme c'est le moins de propriété possible. Avec les choses, avec les lieux, avec les êtres".

Le ton à charge m'a parfois dérangée tout comme l'éloge de la fuite. Cependant je garde de cette lecture une forte impression dans ce qu'elle nous apprend sur un thème pas forcément à la mode dans notre société qui promeut la performance : le renoncement. A partir de quand faut-il cesser de lutter pour préserver qui l'on est ?

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15 mars 2021

# 351 Fille, Camille Laurens

Vous vous souvenez peut-être de ma participation à la soirée de la rentrée littéraire de Juvisy qui avait été sauvée in extremis, à 24 heures du second confinement ? J'y avais défendu Broadway de Fabrice Caro qui s'est retrouvé dans la dernière sélection au côté d'Arène de Negar Djavadi et de Fille de Camille Laurens. C'est ce dernier qui a remporté le prix Piaf 2021 : je l'ai lu juste avant la clôture des votes et je lui ai donné mon suffrage.

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Il y a dans ce récit beaucoup d'éléments personnels et tout en étant dans un style autofictif assumé Camille Laurens parvient à nous embarquer dans le combat féministe en mettant en regard plusieurs générations. Elle décrit avec beaucoup de subtilité la remise en cause difficile du patriarcat tant notre éducation est empreinte de réflexes culturels sexistes acquis. Ce que j'ai trouvé le plus intéressant c'est la façon dont sa propre fille lui permet de se remettre elle-même en question face à ce changement de société. Je trouve qu'elle arrive avec ce procédé à un message intéressant qui ouvre des portes en évitant l'écueil de l'opposition entre les hommes et les femmes.

Mais peut-être ai-je une vision biaisée de la portée universelle de son texte car il se trouve que je suis exactement dans sa position où l'entrée dans l'adolescence d'Emma me rend beaucoup plus alerte face à ce sujet. Je me suis souvent tue sur des comportements sexistes dans ma vie, en les minimisant souvent, estimant que je devais tenir bon pour mériter ma place et vivre comme je l'entendais, au détriment de la confiance en moi (comment ne pas se sentir imposteur quand la société vous renvoie constamment une "normalité" différente ?). Mais pour Emma je ne veux pas ça. Je ne veux pas qu'elle ait à faire cet effort supplémentaire, je ne veux pas que son corps soit sans arrêt sexualisé, je ne veux pas qu'au prétexte d'arguments machistes on ne lui demande pas son consentement.

Nous en parlons beaucoup ensemble et elle s'est mise en tête de faire un sondage* auprès de ses professeurs sur la question vestimentaire des filles - je me suis indignée de l'interdiction des "crop tops" et plus récemment lorsqu'elle m'a raconté qu'une des enseignantes avait eu des remarques de la part de la CPE sur son décolleté : "Est-ce que la CPE va aussi signaler aux professeurs masculins que leur pantalon leur moule trop leur service trois-pièces?" ce qui a fait marrer Emma mais lui a aussi fait prendre conscience de cette intériorisation par les femmes elles-mêmes des préceptes moraux dépassés.
J'en discute aussi beaucoup avec les papas de garçons : car loin d'opposer les genres, je pense le féminisme comme la possibilité pour chacun d'être considéré comme une personne indépendamment de son sexe et de sortir de l'enfermement des stéréotypes... 

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 *elle vient de rentrer, scandalisée par la réponse de certains d'entre eux mettant en avant "la tenue décente", ce qui "leur servira dans leur vie professionnelle future". La CPE lui a même demandé comment je m'habillais pour aller au travail... Comme si la façon de se vêtir changeait nos compétences (vu mes tenues en télétravail...).  

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