Rallumer les étoiles

04 novembre 2018

# 247 Riad Sattouf

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J'ai découvert Riad Sattouf il y a deux ou trois ans avec L'Arabe du futur. La narration, le décalage entre le point de vue enfantin et la gravité de la situation, les dessins et jeux de couleurs: tout concourt à la subtilité de ces romans graphiques sur l'évolution de la situation syrienne, le radicalisme et l'intégrisme, un exercice pourtant assez périlleux. C'est à la fois drôle, touchant et intelligent et le quatrième tome paru cet automne n'y déroge pas.

J'ai ensuite rapidement adhéré aux bandes dessinées Les cahiers d'Esther. Retransposant en dessin et en bulles les réflexions d'une petite fille avec une histoire par planche et une année par volume, l'idée est vraiment originale et réussie. Emma a commencé à les lire : vu son obsession de la Syrie, quand je lui ai expliqué l'histoire de l'auteur, il n'a pas fallu insister longtemps. Elle a aussi lu Retour au collège que j'ai emprunté à ma médiathèque et qui traînait au salon, un dimanche où elle s'était réveillée avant moi. Ce n'est clairement pas de son âge mais évidemment elle a adoré : c'est bien connu ce qui est transgressif a une saveur supplémentaire particulière et à son petit sourire malicieux j'ai su qu'aux premiers gros mots elle a du éprouver ce souffle de liberté que l'on ressent tous quand on brave l'interdit.

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29 octobre 2018

# 246 La comédie (in)humaine, Nicolas Bouzou et Julia de Funès

J'ai prêté ma liseuse en septembre à mon père pour qu'il puisse la tester et il a téléchargé quelques livres dont La Comédie (in)humaine de Nicolas Bouzou et Julia de Funès.

D'ordinaire je lis plutôt pour "sortir du réel" et donc du monde professionnel. J'aime rêver et la lecture me permet de m'évader en toute légitimité dans cet autre monde, sans avoir besoin de me justifier. Ce n'est qu'aujourd'hui que je réalise que ma position favorite pour lire c'est d'être allongée sur un canapé... Toute ressemblance avec un exercice de psychanalyse ne serait peut être pas si fortuite que ça.

Bref, toujours est-il que cet essai sur la vie en entreprise ne m'aurait a priori absolument pas tentée, mais c'est sans compter sur la petite lumière du regard de mon père quand il me l'a recommandé à plusieurs reprises en disant simplement : "lis-le, tu verras, y a des trucs qui vont te parler".

Des trucs? Mais c'est le livre en entier qui a résonné: en le lisant je photographiais des pages de ma liseuse pour l'envoyer en temps réel à quelqu’un qui m’a beaucoup aidée à être moi-même dans ce monde trop normé et restrictif de l’entreprise.

Je ne vous mettrai pas ici ces copie-écrans parce qu'elle sont trop nombreuses et parfois relatives à un contexte particulier qui ne vous parlerait pas, mais une chose est sure, si vous trouvez du sens à votre travail mais que vous vous sentez parfois découragé par les process inutiles au point de craquer et d'envoyer la vidéo de la maison des fous d'Asterix en guise de réponse à un énième mail parce que vous avez pas mis le bon code budgétaire - parmi les 14000 proposés- dans le système A, ce qui du coup bloque la commande de PC saisie dans le système B et qui de toutes façons nécessitait au préalable la déclaration des comptes Windows dans l’outil C  (✅),  alors vous trouverez dans cet essai sinon la résolution de vos problèmes au moins un écho qui vous permettra de vous sentir à peu près normal(e). Et rien que pour ça: merci!

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22 octobre 2018

# 245 Décapage (revue littéraire)

Allez, je me remotive pour écrire à nouveau ici et partager avec vous mes derniers coups de cœur littéraires.

On commence avec un OLNI: grâce au compte Instagram de François-Henri Désérable, j’ai découvert la revue Décapage qui existe pourtant depuis 2001. Le jeu de mot de son intitulé m’a immédiatement attirée, présageant d’un second degré subtil. 

j’ai bien fait de suivre mon intuition: en ouvrant l'enveloppe au discret tampon Flammarion, je découvre un joli objet, plus proche du livre que du magazine. Les couvertures des numéros 58 et 59 que j’ai commandés ont été réalisées par Charles Berberian.

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J’ai été vraiment stupéfaite par la qualité de ce périodique dont l'originalité se vérifie tant dans la forme que dans le fond.

Des sujets qui peuvent paraître futiles mais qui ne le sont pas tant que ça: qui ne s’est jamais interrogé sur le sens d’une dédicace? Et on trouve pèle-mêle le prix de la page 111 avec ses statistiques étonnantes, un magnifique autoportrait de Nathalie Kuperman dont on a envie de lire tous les bouquins (avec une mention spéciale à la parties "la petite fabrique des romans" qui lui laisse de l’espace pour s’exprimer sur chacune de ses publications), des critiques de livres en BD, des nouvelles, des auteurs connus, d’autres tout jeunes mais déjà prometteurs... Bref, de l’inénarrable Courriers des lecteurs à ne pas manquer en début de revue aux conseils de lecture qui la clôture, vous trouverez dans ces 170 pages éclectiques de l’audace, de la légèreté, de l’auto-dérision, beaucoup d’humour, de la poésie aussi... Les auteurs qui collaborent à Décapage semblent vraiment se faire plaisir et ça se ressent dans leurs textes. C’est simple, en refermant le numéro 58, pour la deuxième fois de ma vie je crois*, je me suis dit: « voilà le métier que j'aurais aimé faire: créer cette revue ».

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Bravo à son créateur Jean-Baptiste Gendarme. 

Vous trouverez le sommaire détaillé de chaque revue sur le site internet de Décapage. Certaines librairies la distribuent mais le plus simple reste de commander en ligne.

* La première fois c’était à six ans en assistant de façon complètement fortuite à un entrainement de la Patrouille de France dans le ciel nîmois. Et je reste encore persuadée que j’aurais été heureuse d’être pilote de chasse.

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21 septembre 2018

# 244 Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal

Sur le nouveau roman de Maylis de Kerangal, j'avais lu des critiques élogieuses et entendu des avis négatifs... Quand je l'ai reçu en cadeau d'anniversaire, j'étais ravie: j'allais pouvoir me faire mon opinion et puis surtout je garde un très bon souvenir de Réparer les vivants

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Dans Un monde à portée de main, on suit le parcours de Paula, jeune femme indécise qui se lance dans des études artistiques un peu par hasard. 

Fidèle à son style, Maylis de Kérangal nous plonge dans le monde de la peinture avec son attachement particulier au détail. Seulement voilà, là où dans Réparer les vivants l'extrême précision de la procédure technique du don d'organe était au service de l'émotion et de l'éthique, cette fois-ci l'effet est raté. La profusion sémantique sur les pinceaux, les matières et les couleurs - jusqu'aux noms des rues: "Parme" et "Métal"! - semble être posée "à côté" de l'histoire. Une fois passé le prolepse complètement inutile et la première partie dont j'ai allègrement lu en diagonale certains paragraphes techniques, la seconde partie s'est avérée plus agréable. 

Dommage, ce livre aurait mérité d'être allégé en couleur et plus travaillé car l'intention est très intéressante : le parcours initiatique de cette jeune fille allié au thème du trompe-l'oeil, de la créativité et du retour aux origine de l'art aurait dû donner lieu à un récit bien plus profond. L'idée de l'expression de soi dans un cadre contraint est forcément porteuse d'un message plus universel que ce roman, d'autant que l'écriture de Maylis de Kérangal reste majestueuse.

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09 septembre 2018

# 243 La petite maison dans la Prairie, Laura Ingalls Wilder

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Depuis que j'évoque ici ce souvenir d'enfance, il était temps que j'en fasse un post à part entière...

Marie a trouvé dans une « boite à livres » en bas de chez elle les sept premiers volumes de La petite maison dans la Prairie précisément le lendemain d’une discussion où nous nous demandions si nos filles y seraient autant accro que nous. Ça m’a donné envie de les relire et une recherche sur le bon coin m'a permis d'acquérir pour trois fois rien la collection complète dans la même édition que celle que nous empruntions petites à la bibliothèque. La personne qui me l'a vendue a ajouté au lot une biographie : La vie aventureuse de Laura Ingalls Wilder de William Anderson.

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Je ne les ai pas lus d'une traite (mais presque) et en tous cas chaque volume a été avalé en moins de vingt-quatre heures : j’ai retrouvé exactement le même plaisir de lecture qu'à dix ans. 

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Alors oui, c'est de la littérature "jeunesse" avec tout ce que cela peut comporter de romance naïve et de bienveillance: c'est certain, il ne faut pas s'attendre à un recit subversif. Néanmoins, par sa forme autobiographique, il nous livre un témoignage passionnant sur la conquête de l'ouest aux Etats-Unis, et entre les lignes, on y découvre la politique américaine (les lois incitatives donnant un droit de propriété), la pauvreté, l'instabilité et la dangerosité de la vie de pionniers : un ensemble d'éléments qui me semblent importants pour comprendre l'Amérique d'aujourdhui. 

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J’ai survolé la première moitié de la biographie car elle est trop répétitive par rapport aux huit tomes, en revanche j’ai lu la seconde partie sur la vie de Laura Ingalls après la naissance de sa fille et c'était très intéressant: comment cette fille destinée à une vie d'agricultrice est-elle devenue un des écrivains de jeunesse les plus populaires de son pays?

NB: cette histoire n’a RIEN à voir avec l’ineptie monumentale qu’est la série télé du même nom.  

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02 septembre 2018

# 242 Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie

J’ai toujours rêvé d’écrire des horoscopes et à une époque je lisais celui de 20minutes tous les matins à mon équipe projet. C’est un bête programme informatique qui mélange indéfiniment les mêmes phrases mais je soupçonne quand même un peu d’humain derrière tout ça car le pauvre Timothée Capricorne s’en prenait plein la tête tandis que mon Poisson Christophe avait toujours des journées positives.

20minutes sous la plume de Benjamin Chapon (avec un nom pareil il ne pouvait que s’intéresser aux signes zodiacaux non?) ne se prend vraiment pas au sérieux et a même ajouté le signe "cerf-panthère" que je trouve drôlissime - j’ai l’humour très « Cité de la peur », que voulez-vous!

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Malgré le doute introduit par les serpentairophiles (ne serais-je pas lion finalement?), j’ai quand même gardé mon habitude horoscopale.

Nous voilà donc à mercredi dernier (l’intro touche à sa fin, je vous rassure):

« Je ne sais pas quand est ton anniversaire mais comme tu es du signe de la Vierge je me suis dit que ça devait être bientôt » <= Seriously t’écris ça dans une fiction, on te dit que t'exagères, que c’est pas crédible, non?

Me voilà donc avec trois bouquins de la rentrée littéraire: Maylis de Kerangal "parce que j’ai vu sur ton blog que t’avais bien aimé Revoir les vivants" (?!? Non RÉPARER 😂) , La grande idée "parce que c’est le plus controversé, comme ça tu me diras ce que toi tu en penses" et le premier livre d’Olivia de Lamberterie "parce qu’elle est critique au Masque et la plume, même si bon ça ne se fait pas trop d'offrir un bouquin qui parle du suicide de son frère pour ton anniversaire"*.

Je décide de commencer Avec toutes mes sympathies dès le lendemain, j'en avais entendu parler et j'aime beaucoup les interventions d'Olivia de Lamberterie à la radio: elle est hyper naturelle et comme tous les participants du Masque et La Plume très sincère dans ses avis que je partage souvent. C'est elle qui m'a fait découvrir Une certaine vision du monde d'Alessandro Baricco lorsque j'avais assisté à l'émission

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Je l'ai lu en un temps record, impossible de le lâcher. C'est à la fois touchant et drôle, pudique et profond, personnel et universel: quiconque a dû faire face à une perte irréversible se retrouvera dans son cheminement. "Où es-tu?" : mettre des mots sur l'absence ("le chagrin est une traversée, il faut nager jusqu'à atteindre une rive inconnue, au milieu d'îles et d'écueils."), on ne dira jamais assez combien on avance en écrivant. Olivia de Lamberterie le fait avec poésie et subtilité, avec humour aussi - les passages sur le magnétiseur ou sur l'explication du titre sont hilarants- et l'air de rien nous amène aux vraies questions:

"Est-ce que mon frère m'aimait? Est-ce qu'il pensait souvent à moi? Ces questions sans fond sont un piège. D'autant qu'elles sont de la fausse monnaie, il faut penser à l'envers pour y voir juste: est-ce que moi je l'ai assez aimé?"

Au delà de la douleur de la disparition, elle dessine aussi en filigrane une réflexion sur le corps, ces maladies où l’on se blesse, où on se porte atteinte à soi-même, que ce soit par le suicide ou par une addiction: à ce moment là me revient toujours le formidable texte de Christophe Ono-Dit-Biot dans Plonger: « Ne néglige jamais ton corps. (...). Fais en ton meilleur allié».

Extrait 1:

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Extrait 2:

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Extrait 3:

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La rentrée commence très bien!

Si toutefois de votre côté vous n'étiez pas aussi enthousiastes que moi face à la reprise du chemin de l'école ou du travail, n'oubliez pas de prolonger l'été avec un brin de poésie, un soupçon de lecture, et pourquoi pas quelques lignes d'écriture... 

* Tu es tout excusé car en vrai, mon anniversaire, c'est le 4 septembre.

23 août 2018

# 241 L'Amant, Marguerite Duras

Il faut que je vous parle de la bibliothèque familiale: c'était un meuble immense, rempli de livres (logique pour une bibliothèque) jusqu'au plafond. En bas les bandes dessinées - je les ai toutes lues, les Asterix, les Tintins et les Lucky Luke - dans les étages un mélange d'ouvrages anciens hérités et de nouveautés, des romans classiques et d'autres plus légers. Je crois que c'est en partie grâce à cette bibliothèque que j'ai aimé lire de façon presque compulsive, aucun livre ne nous était interdit. J'ai lu tous les Alexandre Dumas et tous les Zola parce qu'il étaient là, sous mes yeux, accessibles. Le meuble a suivi les déménagements, il s'est arrété dans une pièce qui n'est plus de celles où je m'arrêterai, moi, mais qui j'espère inspirera aussi ma fille quand elle y sera en vacances.

Dans leur maison de campagne mes parents ont reproduit ce mur de livres et certains ont suivi. C'est le cas de L'Amant de Marguerite Duras. 

Cet été je leur ai prêté ma liseuse et la veille du départ j'ai refait les mêmes gestes : effleurer les couvertures sur les étagères, la tête inclinée pour lire les tranches, hésitante, et puis le titre qui m'arrête, Duras, cela fait longtemps... Le livre est court, le format léger: idéal pour le trajet retour.

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La première fois que je l'ai lu j'étais trop jeune: je devais avoir 13 ou 14 ans, et c'est bien simple, je n'ai rien compris. Je l'ai relu du haut de mes vingt ans avec plaisir. A trente-ans-pour-toujours, c'est encore une autre lecture, plus psychologique: cet homme qui la libère du carcan familial, lui révèle son corps et à travers ce corps son désir d'écrire. Bien loin du récit érotique auquel on peut s'attendre au regard du titre, L'Amant c'est l'apprentissage de soi, de la libération, l'analyse de tout ce qui nous enferme, de ce qui nous entrave. Cette mère et ces frères, symboles d'un passé toujours présent, et dans l'écriture si particulière de Maguerite Duras une rage de vivre, un désir fou de liberté.

L'Amant est de ces livres que l'on devrait relire à chaque étape de sa vie.

Clique ici (:D si ça vous plait je promets de m'améliorer!) Extrait lu L'Amant 

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20 août 2018

# 240 Petit manuel de résistance contemporaine, Cyril Dion

« J’espère qu’à la lecture de ce livre vous sentirez poindre dans vos membres, dans votre poitrine, ce souffle si caractéristique de la liberté. Cette incomparable envie de créer, d’être utile. Le besoin de contribuer à quelque chose de plus vaste que vous. De participer à un mouvement dont nos enfants et nos petits-enfants se souviendront lorsqu’ils étudieront ce moment clé de notre histoire. Celui où nous avons décidé de ne pas renoncer. »

Ma soeurette est ma principale source de prise de conscience écologique : parce qu’elle travaille avec passion dans le secteur de l’environnement bien sûr et qu’elle sait vulgariser son savoir avec un point de vue très pragmatique et surtout pas culpabilisant, mais aussi et surtout parce qu’à son niveau, sans viser la perfection, elle essaie d’appliquer cette conscience écologique à son quotidien : se passer de voiture, créer un jardin partagé, remplacer les serviettes en papier par celles en tissu…

Ma fille est mon autre moteur : quand elle aura mon âge, il fera en moyenne cinq degrés de plus; je vois sur elle tous les méfaits de la pollution, elle est aussi allergique que moi et je me doute que ses tests d’intolérances alimentaires ressembleront aux miens… Un matin, alors que je préparais son petit-déjeuner, en lisant la composition du paquet de céréales, je me suis dit « mais je suis en train de l’empoisonner là, en fait». La violence de ce propos m’a véritablement bouleversée et depuis je remplace tout ce que je peux par du « fait-maison », à commencer par ce premier repas de la journée.

Il y a aussi eu ce livre Effondrement qui m’a beaucoup marquée ainsi que dernièrement les interventions de Cyril Dion entendu à la radio. Je m’étais promis de lire cet été son Petit manuel de résistance contemporaine et j'attends le retour d'Emma pour regarder avec elle son documentaire Demain.

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Dès les premières pages, l’évidence ressurgit : nous pourrions bien être le prochain chapitre d’Effondrement justement. Seule l’issue reste encore ouverte: sommes-nous voués à la disparition ou bien réussirons-nous à sauver notre civilisation ?

Ce que j’aime chez Cyril Dion c’est qu’il met les mots sur ce qui fait défaut aujourd’hui : oui nous prenons tous conscience de la catastrophe vers laquelle nous nous dirigeons (qui n’a pas au moins une fois relayé un article sur la disparition des abeilles, sur le scandale Monsanto ou sur les maladies neurodégénératives liées directement à l’usage des pesticides?) mais la tâche nous parait si colossale, les enjeux économiques tellement piégés dans la mondialisation et le capitalisme, les politiques si frileux que le « à quoi bon ? » l’emporte au moment d'opter pour une consommation plus responsable. Je ne crois pas que cette nouvelle façon de consommer soit plus contraignante comme on l’entend souvent (la preuve : faire des crêpes ou des yaourts maison sans produits nocifs ajoutés me prend réellement moins de temps que d’aller acheter ces mêmes produits bourrés d’additifs au supermarché), elle demande « simplement » une énorme remise en question de nos modes de vie et une réorganisation qui se mesure sur le long terme et certainement pas sur un cycle électoral de cinq ans…

Evidemment nos gestes individuels pèsent peu mais outre qu’ils nous permettent chaque jour à chacun de réaliser les aberrations que l’on nous impose, en réalité comme le rappelle Cyril Dion, c’est bien la somme de ces individus qui feront changer les choses. Ce qui me ferait vraiment plaisir, ce serait que vous me laissiez en commentaire vos petits gestes quotidiens éco-responsables et en cette période de rentrée vos bonnes résolutions. En ce qui me concerne, inspirée par l’aventure de Marie Cochard je vais essayer de ne plus confondre frigo et placard, dans l’objectif de remplacer celui que j’ai par un format plus petit et moins consommateur d’énergie.

« Choisir est épanouissant. Inventer est fichtrement excitant. Sortir du conformisme renforce l’estime de soi. Etre bien dans ses baskets est contagieux. Résister en ce début de XXIe siècle commence donc, selon moi, par refuser la colonisation des esprits, la standardisation de l’imaginaire. « Créer c’est résister. Résister, c’est créer », écrivait le regretté Stéphane Hessel en 2010. Et il s’y connaissait en résistance… »

C’est un essai vraiment intéressant, bien écrit, assez court, mais si toutefois cette lecture vous rebute, je vous invite à podcaster certaines émissions où Cyril Dion intervient :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-temps-d-un-bivouac/le-temps-d-un-bivouac-17-juillet-2018-0?xtmc=cyril_dion&xtnp=1&xtcr=3

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-21-mai-2018

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-dete-1ere-partie/plan-biodiversite-est-il-trop-tard

ou encore à lire ces articles:

https://abonnes.lemonde.fr/festival/article/2016/08/15/etre-plutot-qu-avoir_4982798_4415198.html

https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180516.OBS6723/cyril-dion-il-est-temps-pour-l-humanite-d-entrer-dans-l-age-adulte.html 

http://www.liberation.fr/debats/2018/07/01/cyril-dion-il-faut-arreter-de-dire-c-est-pas-de-ma-faute-moi-je-trie-mes-poubelles_1663267

Enfin, très étonnamment, au-delà de son message environnemental, Petit manuel de résistance contemporaine est une vraie source d’inspiration professionnelle pour m’améliorer dans la fédération des équipes:

« Il m’aura fallu des années et des années de militantisme dans les ONG pour parvenir à ce simple constat : « Si nous voulons emmener des millions et des millions de personnes avec nous, nous devons leur dire où nous allons… » Car si les ONG passent un temps infini à dénoncer, décrypter, alerter, elles consacrent un temps et une énergie dérisoires à proposer un horizon, un récit de ce que pourrait être un monde véritablement écologique. Or, l’imaginaire, les histoires sont très certainement le carburant le plus mobilisateur pour les êtres humains. »

 

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09 août 2018

# 239 Le violoniste, Mechtild Borrmann

il y a beaucoup de choses que je ne peux pas écrire ici faute de pouvoir privatiser un peu plus cet endroit. Oui, oui, je vais m'y atteler, Vitoooo, tu me transfères tout ça sur wp s'il te plaît? 😅 (la délégation, clé du succès, on ne le répétera jamais assez). 

Bref, je ne peux pas tellement vous parler ici de Mathieu car ce qui nous lie n'est pas de ces choses que l'on dévoile sur un blog (et puis aussi il a un nombre incalculable de dossiers sur moi alors je ne veux pas prendre de risque), ce que je peux vous dire c'est qu'il fait partie de la poignée de personnes pour qui j’ai eu envie de commencer ce blog. Il se définit comme un non-littéraire mais il me lit depuis le départ et il m'envoie souvent un message quand il a bien aimé un article (et quelques fois même il laisse un commentaire). Il aurait fallu le filmer quand je lui ai offert Open d'Agassi (heureusement qu'Alessandro Baricco a réhabilité ce livre car à chaque fois que je le recommande je passe pour une demeurée, "Armelle-qui-lit-une-autobiographie-de-sportif-on-aura-tout-vu..."), on n'était pas d'accord sur La vérité sur l'affaire Harry Québert, mais quand même, quand il m'a parlé du Violoniste il y a un peu plus d'un an je crois, je l'ai gardé dans mes idées lecture. Il fallait juste que le bon moment arrive et c'était en Bulgarie, sur la plage de Sinemorets. 

Etre dans un ancien pays communiste et lire une histoire ayant pour toile de fond la Russie stalinienne, juste après avoir vu le monument Buzludzha, ça met forcément dans l'ambiance!

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Appelé par sa soeur qu'il n'a pas vue depuis l'enfance, Sacha se retrouve en possession de documents intriguants sur sa famille qui le poussent à rechercher le mystérieux violon Stradivarius ayant appartenu à son grand-père Ilia Grenko. A travers son enquête on remonte le temps pour comprendre ce qu'il est advenu du couple Ilia et Galina, les grand-parents de Sacha, séparés en 1948 lors de l'arrestation du célèbre violoniste après un concert donné à Moscou. 

Le fond historique n'atteint pas le niveau du Météorologue d'Olivier Rolin mais ce n'est pas tant la vie dans les goulags que les mécanismes de manipulation et de fausses informations qui sont intéressantes dans ce récit porté par une écriture simple et efficace. Lu en deux jours! Merci Mathieu!

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07 août 2018

# 238 Exit West, Mohsin Hamid

J'ai toujours trouvé l'histoire des flux migratoires passionnante, probablement parce que je suis directement concernée: j'adorerais avoir une réprésentation dynamique des allers et parfois retours de ma famille italienne sur le siècle passé. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai beaucoup interrogé mon Pépé du Collet sur ce que cela faisait de se déraciner ainsi, à une époque où les moyens de communication et de transport étaient beaucoup plus lents et où les pays européens n'étaient pas encore unifiés par le traité de Maastricht.

C'est d'ailleurs une des surprenantes richesses de la Bulgarie que j'ai visitée au mois de juillet: ce pays se lit à travers son palimpseste multi-civilisationnel, dû à l’ampleur des mouvements migratoires successifs : Thraces, Romains, Ottomans...

Mais les déplacements de populations, c'est aussi l'actualité, bien plus complexe et plus proche de nous qu'une simple lecture historique. Lors de mes études, la crise qui m'a le plus marquée je crois est celle du Darfour, dont j'ai suivi avec une incrédulité révoltée l'aggravation à travers ma lecture quotidienne du Monde, comme un feuilleton où personne n’arrête le désastre annoncé puis en cours. Aujourd'hui je suis chaque jour un peu plus atterrée par la capacité de l'être humain à se replier sur soi, à rejeter celui qui n'a pas eu a chance de naître au bon endroit.

"Citoyens d'un monde en partage" : cette proposition de l'association maisondumonde.org résonne en moi et peu à peu l'envie de toucher du doigt plus concrètement la réalité des migrants fait jour dans mon esprit. Je ne sais pas encore quelle forme cet engagement va prendre mais je commence à l'imaginer et c'est ce désir de "mieux savoir" qui m'a amenée à la lecture d'Exit West.

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A priori, rien de très original: une histoire d'amour, l'absence d'avenir dans leur pays en guerre, l'espoir d'un ailleurs meilleur...

Pourtant Mohsin Hamid parvient à en faire un récit à la fois universel et réaliste : prisonniers d'une ville où leur sécurité n'est plus assurée, où chaque jour leur liberté se réduit, Nadia et Saïd pourraient être de Téhéran, de Palmyre ou de Gaza alors que d'autres lieux sont nommés - Londres, Mykonos, la Californie. Pour accéder à ces territoires, ils doivent emprunter de mystérieuses portes, représentations figuratives qui font penser aux passages pour changer de monde dans les jeux vidéos : par cette irruption du fantastique, l'auteur nous fait toucher du doigt l'absurdité des frontières, à l'heure où Internet les abolit. Jonglant sans cesse entre le parcours initiatique et la fiction réaliste, refusant toute idéalisation que ce soit en mettant en avant la fragilité de l'amour ou le risque sectaire des populations déplacées livrées à elles-mêmes, Mohsin Hamid signe là un roman accessible dès l'adolescence et qui nous interoge sur ce "monde en partage"...

Extrait 1:

"Le lendemain soir, des hélicoptères essaiment dans le ciel, tels des oiseaux effarouchés par un coup de fusil ou par le premier coup de hache contre le tronc de l'arbre sur lequel ils étaient perchés. Ils apparaissent isolés ou par paires, se déploient au-dessus de la ville dans le crépuscule toujours plus cramoisi tandis que le soleil plonge derrière l'horizon. Le vrombissement de leurs hélices résonnent derrière les immeubles, éveille les échos des ruelles, et c'est comme s'ils étaient montés sur une colonne invisible, un cyclindre immatériel et respirable, sculptures mobiles suggérant des oiseaux de proie, certains graciles et déstructurés, avec le pilote sous un auvent et le mitrailleur en contrebas, d'autres gros et compacts, remplis de soldats, et tous déchirant, hachant le firmament."

Extrait 2:

"(...) et lorsqu'elle sort dans la ville elle a l'impression qu'elle aussi est une personne déplacée, que chacun de nous migre même quand nous restons toute notre vie dans la même maison, parce que c'est ainsi, parce que nous ne pouvons rien faire pour arrêter la migration.

Nous sommes tous des émigrés à travers le temps."

 

 

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