Rallumer les étoiles

01 janvier 2017

# 173 Le Sagouin, # 174 Le mystère Frontenac, #175 Le Désert de l'amour

Trois Mauriac pour commencer l'année!

Grace à Marie qui m'a dit lire -et adorer- Le Désert de l'amour, j'ai emprunté trois livres de cet auteur. Ils ont l'avantage d'être courts et me font une sorte de récréation entre deux gros romans, ou après une lecture décevante.

le désert de l amour    le mystère Frontenac    Le_Sagouin

Ma préférence va au Sagouin, puis au Désert de l'amour et enfin au mystère Frontenac, plus descriptif que les deux autres. En fil directeur de ces romans, les liens familiaux et la place de la mère (Le Sagouin, Le mystère Frontenac) et du père et des relations amoureuses (le Désert de l'amour). Dans les trois récits on retrouve l'écriture poétique, romanesque et un peu surannée qui font de Mauriac un de mes cinq écrivains préférés, mais également  et presque paradoxalement un sens narratif proche du thriller tant il arrive à transformer les tensions familiales en intensité dramatique. L'inéluctable étroitesse des familles provinciales de Mauriac lui sert de décor à la révolte de ses protagonistes et chacun de ces romans pose la question du carcan familial, comme un exercice de psychanalyse en double lecture.

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18 décembre 2016

Best of Emma 11

Il me semble que je commence toujours les chroniques jeunesse par la même phrase : « ça fait longtemps que.. »

C’est donc parti pour quelques idées qui s’inviteront peut être au pied du sapin le 25 décembre?

Les livres pop-up :

Je sais bien que c’est la mode et aussi le moyen de nous vendre des livres un peu plus chers que la moyenne, mais force est de constater que ça fonctionne bien auprès des enfants et j’en ai trois à vous conseiller:

-          Le Petit Prince: le grand livre pop-up: merci à Salomé et Margaux qui l’ont prêté à Emma. Il s’agit du texte original avec la mise en relief de presque tous les dessins, tout en respectant la légèreté et la poésie de chacun. Un défi pas si simple et réussi !

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-          Pop-up des merveilles : celui -là il est en cours d’acheminement vers une petite fille. Sa maman viendra peut-être nous dire ici ce qu’elle en pense, moi je suis tombée sous le charme de cet ouvrage qui répertorie 7 merveilles du monde. Le texte complète très bien les découpes et est une vraie invitation au voyage.

-          Celui offert par Stéphanie:La belle lisse poire du prince de Motordu. Un livre pop-up très bien fait, assez solide, et surtout des jeux de mots qui amusent le lecteur enfant... ou adulte!

 

belle lisse poire IMG_0902

 

L’Egypte:

J’aimerais vous dire que l’intérêt d’Emma pour cette civilisation vient d’une visite au Louvre ou d’un livre intelligent, mais je crois bien qu’il faut se résoudre à l’évidence : c’est par Astérix et Cléopâtre (dessin animé ET film !) qu’elle s’est découverte une passion pour l’Egypte. La médiathèque de Viry m’a commandé (oui ! oui ! comme ils n’avaient rien sur ce sujet pour la catégorie d’âge d’Emma la bibliothécaire a fait des recherches et a pris l’initiative de de commander deux livres):

Anhour, petit scribe de Benoît Broyart qui permet d'appréhender le métier et les outils utilisés par le scribe égyptien et Les Enfants du Nil - Il faut sauver Cléopâtre! d'Alain Surget et Fabrice Parme: un aspect enquête autour des principaux thèmes de l'Egypte ancienne. J'y trouve peu d'intérêt historique à proprement parler mais Emma adore.

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Si vous avez des choses intelligentes sur le sujet, je prends les conseils de lecture !

La mythologie :

J’avoue, c’est surtout moi qui suis intéressée par ce thème et Emma y vient peu à peu grâce à deux découvertes:

- Les héros - Mythologie - Hélène, Thésée, Ulysse, Hercule, éditions Quelle Histoire. Acheté par David pour sa classe de CM2, il rappelle les voyages initiaques d'Ulysse, Hercule, Thésée etc... Le livre parfait pour comprendre les principaux héros de la mythologie grecque, la construction du récit en étapes et le rappel cartographique à la fin de chaque chapitre du parcours des héros sont super lisibles. Je découvre cette collection qui se décline en plusieurs livres sur les héros (de Vergingétorix à Jacques Prévert en passant par Magellan!) et Emma me réclame bien sûr Les Egyptiens et Cléopatre.

 

lamythologie IMG_0907

- La collection Ma première mythologie, Editions Hatier Poche: Thése et le fil d'Ariane, Ulysse le retour. Conseillée par la bibliothécaire, elle met l'accent sur des évènements clé de la mythologie grecque. Là encore cela reste conforme aux récits originaux, un peu édulcoré parfois contrairement au livre précédemment cité (par exemple dans Thésee et le fil d'Ariane la mort d'Egée est passée sous silence). Un ami m'a confirmé que sa fille de sept ans était également fan. 

premieremythologie

 

Romans:

Ca fait plusieurs mois que je veux vous parler de l’œil du loup, quel que soit votre âge, ce roman jeunesse de Pennac est formidable: l'histoire d'un loup capturé et enfermé dans un zoo...

La collection 20, allée de la danse : une série sur un groupe de  six élèves (filles et garçons) de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris. Instructif et réaliste le récit traite de la danse bien sûr mais aussi des tracas et du quotidien de bien des enfants, de façon intelligente et bienveillante. En partenariat avec l'Opéra de Paris.

alleedeladanse

Les cadeaux originaux:

Enfin ce post est aussi l'occasion de vous faire partager l'ambition d'une start-up qui a besoin de vous pour voir le jour!  storyenjoy.com propose d'allier lecture et numérique et de e filmer en racontant une histoire. Cela permet de maintenir le rituel de la lecture d'histoire même à distance! Malin par exemple pour les grand-parents éloignés ou les parents séparés!

 

 

06 décembre 2016

# 171 Et je danse, aussi, # 172 Mes amis devenus, Jean-Claude Mourlevat

Je ne connaissais pas cet auteur et je l'ai découvert dans un colis arrivé pour mon anniversaire. C'était déjà un petit évènement en soi: il faut savoir qu'avec Stéphanie on ne s'offre JAMAIS nos cadeaux d'anniversaire à l'heure. Ce qui a l'avantage d'être souvent un coup de coeur du moment, même si c'est avec trois mois de retard. 

Bref, j'attaque donc Et je danse aussi écrit en collaboration avec Anne-Laure Bondoux. L'idée de départ est sympa - une correspondance inattendue entre un auteur et une lectrice - et l'écriture fluide, cependant je trouve l'intrigue improbable. En réalité ce qui nuit à la crédibilité c'est la co-écriture: les auteurs valorisent au travers du récit et de manière exagérée la qualité d'écriture de l'autre. De fait j'ai eu du mal à entrer totalement dans la correspondance et à passer outre leur exercice de style, trop visibles dans ces compliments.

Et je danse_aussi

Résultat? A cause de cette lecture en demi-teinte j'ai remis à plus tard le second roman Mes amis devenus. Il était bien visible sur ma table de nuit et attendait que son heure arrive. Vendredi soir, fin de semaine, moins mille degrés dehors, l'anniversaire de Stéphanie le lendemain (et si vous voulez savoir j'ai moi aussi été à l'heure pour son cadeau, applaudissements!) : parfait timing.

Mes_Amis_Devenus

Quelques instants avant des retrouvailles entre amis de jeunesse le narrateur se souvient de son enfance et de son adolescence dans le Puy de Dôme. Ces deux premiers tiers du roman sont absolument dans l'esprit "feel-good book", c'est drôle et bien vu. On reconnaît des parties autobiographiques et je me projette d'autant plus dans cette histoire que l'auteur décrit une époque et une région dans laquelle ma mère a grandit. Je l'imagine tout à fait dans ce groupe d'amis, en internat où elle a rencontré ensuite mon père... La dernière partie sur les retrouvailles est un peu moins bien, un peu trop comédie sentimentale à mon goût mais le récit reste rythmé. J'ai plié le bouquin en 24 heures. Et je sais à qui je vais le prêter en premier.

Enfin, une dernière remarque: ce sont deux livres tout à fait accessibles aux adolescents, Jean-Claude Mourlevat est d'ailleurs reconnu pour ses écrits en littérature jeunesse. 

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27 novembre 2016

# 170 Petit Pays, Gaël Faye

De Gaël Faye je ne connaissais ni ses chansons ni son histoire. J'ai découvert son nom avec l'effervescence de la rentrée littéraire et c'est Le masque et la plume qui m'a donné envie de le lire (quatre liens en deux phrases, moi je dis Bravo!).

Petit-Pays_Gael-Faye

Le thème de son premier roman qui puise son inspiration dans sa propre histoire n'est pas aisé puisqu'il s'agit du génocide rwandais. Pourtant il se lit très facilement, le ton léger du narrateur, un enfant d'une dizaine d'année, donne un air naïf au récit alors qu'en contraste la montée progressive de la violence envahit peu à peu son univers. La maîtrise de l'intensité dramatique est particulièrement remarquable, on a réellement la sensation que la guerre percute l'insouciance de l'enfance. A l'heure d'une période pré-électorale les débats politiques n'hésiteront pas à balancer statistiques et pourcentages sur les conséquences de notre ouverture sur le monde, ce roman nous rappelle que ceux qui demandent à être accueillis sur "notre" territoire ne sont pas des chiffres mais des victimes: des hommes, des femmes et des enfants qui fuient des conflits dont l'horreur dépasse l'entendement.

Ne serait-ce que pour cela ce roman n'a pas usurpé sa couverture médiatique.

PS:Pour expliquer la notion de réfugiés aux enfants, le dernier J'aime lire "Les trois étoiles" (N°479, décembre 2016) raconte le voyage d'une famille syrienne fuyant la guerre. Vous avez aussi Eux c'est Nous de Daniel Pennac.

 

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16 novembre 2016

# 169 Le dernier verre, Olivier Ameisen

le dernier verre

De ce livre je ne vous dirai pas grand-chose car les raisons qui m'ont amenée à le lire sont trop personnelles pour que je les dévoile ici. Pour la première fois, j'ai hésité à partager avec vous une lecture mais s'il aide un seul d'entre vous, alors cela justifiera mon impudeur. Nul besoin d’être alcoolique pour cela.

Si vous êtes sujets à des comportements de type compulsifs, que cela concerne l’alcool, la cigarette, la nourriture, le sport, les achats, que sais-je encore ;  et/ou si vous ressentez en vous quelque chose de l’ordre de l’angoisse ou de l’anxiété ; et/ou si vous êtes atteint du « syndrome de l’imposteur », si vous ne vous sentez pas toujours (souvent ?) à votre place, alors lisez-le. Ce livre ne vous donnera pas de réponse mais certainement des clés de compréhension ou simplement un accostage de quelques heures dans un port où vous ne sentirez plus seuls.  

Et puis, si vous n’avez rien de tout cela, eh bien lisez-le quand même! J'aurais aimé caser le mot "sérendipité" que j'aime tant, mais le hasard pèse si peu face à la lucidité et la ténacité d'Olivier Ameisen... Cette autobiographie a connu un retentissement exceptionnel: la réalisation de l'étude Bacloville permet en 2014 d'émettre une recommandation temporaire d'utilisation du Baclofène dans la lutte contre l'alcoolisme, en attendant l'autorisation de mise sur le marché qui devrait intervenir dans les semaines à venir. Malheureusement Olivier Ameisen, décédé d'une crise cardiaque il y a trois ans ne verra pas la consécration de ses travaux.

Ce livre est enfin un appel à la tolérance et à la bienveillance et signe la victoire de l’écoute (de soi et des autres) sur le silence. 

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14 novembre 2016

# 167 Un pedigree, # 168 Rue des boutiques obscures, Patrick Modiano

Au détour d’une conversation, j’ai réalisé que je n'avais jamais lu Patrick Modiano! J'en ai été la première étonnée, en dépit d'études plutôt littéraires je suis effectivement passée à côté du célèbre auteur, lauréat de nombreux prix, dont le Goncourt, le Nobel de littérature en 2014… J’ai donc pris le sujet très au sérieux et aiguillée par un article du monde tout à fait approprié ("Pour ceux qui ne se sont encore jamais plongés dans son écriture ») j’ai choisi de commencer par l’autobiographie de l’auteur avant de m'attaquer au roman primé par l'Académie Goncourt.

pedigree

Récit autobiographique de son enfance, le parti pris narratif est terriblement intelligent. C'est un répertoire de lieux, de personnes rencontrées, d'évènements racontés sur un ton monotone et s'apparentant à un inventaire à la Prévert. Et cela fonctionne: la juxtaposition d'éléments confus accentue le monde sans repère dans lequel a grandi Patrick Modiano. Le format très court de ce livre évite l'écueil de la lassitude et les dernières pages sur l'émancipation, l'entrée à la fois dans le monde adulte et dans sa vie d'auteur se terminent sur une note d'espoir.

Rue_des_boutiques_obscures 

Le point de départ était intéressant, surtout après avoir lu Un pedigree: un amnésique se met à la recherche de son passé. Je ne vais pas trop m'étendre sur ce roman que j'ai trouvé long. On y retrouve le style énumératif et le ton sec mais la durée et le genre du récit - c'est quand même une enquête- s'y prêtent beaucoup moins. J'ai la sensation de ne pas avoir compris ce livre, peut être faut-il être plus exercé au style de Modiano pour apprécier? Je me contenterai donc de dire que je n'ai pas pris de plaisir à cette lecture, ce qui est après tout le seul objectif de ce blog.

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08 novembre 2016

# 166 L'homme aux cercles bleus, Fred Vargas

Encore un livre issu de la sélection d'Alessandro Baricco -je vais peut-être faire une pause même s'il me reste encore beaucoup d’écrits à découvrir. Je n'avais jamais lu de Fred Vargas (à vrai dire je pensais même  que c'était une auteur américaine) et comme Baricco je lis peu de polars pour une raison qui me semble différente: j'aime retrouver dans mes lectures une sorte de résonance. Or dans un thriller, ce n'est heureusement pas le cas et à peine la dernière page lue, j'oublie l'histoire. Dans Une certaine vision du monde, il met en avant la qualité de l'écriture qui lui fait oublier le genre policier, ce qui a suffit à me convaincre, un jour où je voulais une lecture "absorbante".  

homme+aux+cercles+bleus

 

L’homme aux cercles bleus propose une structure narrative inhabituelle pour ce type de roman, une première partie assez lente bien que fluide pose le cadre et l'intérêt de l’intrigue se met en place tardivement: des cercles bleus sont tracés sur les trottoirs de la capitale, encerclant un objet et signés d'une même phrase mystérieuse: "Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?". J’ai été attirée par le fait que l’action se déroule dans les rues de Paris, et qui plus est dans des quartiers que je connais. Le suspense est maintenu jusqu’à la chute avec un rythme plutôt plaisant.

Non, le véritable problème pour moi se trouve du côté des personnages, sur lesquels le récit s'attarde avec trop d'insistante, tuant ainsi leur crédibilité en quelque sorte. J'ai découvert par la suite que c'est dans ce roman policier que se rencontrent de nombreux protagonistes chers à Fred Vargas, ce qui explique peut être cette sensation pesante. J’ai fait la connaissance de l’énigmatique commissaire Adamsberg et du capitaine Danglard, héros récurrents chez cette auteur, et en fermant le livre, tout en ayant passé un bon moment, je n’avais pas spécialement envie de les retrouver dans un autre roman. Je me suis faite la réflexion que je m’étais plus attachée aux personnages de Franck Thilliez par exemple. 

Anecdote marrante, toujours dans mes recherches post-lecture: Emmanuel Carrère a écrit le scénario de l'adaptation télévisée de ce roman (ce qui me donne envie de la voir, bien sûr).

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24 octobre 2016

# 165 Magellan, Stefan Zweig

Magellan_poche

Dans Une certaine vision du monde, je me souviens avoir souri à la formule adroite sur le style de Stefan Zweig et avoir été interpellée par les deux remarques d’Alessandro Baricco au sujet de son livre Magellan:

-       Qu’est-ce qui pousse un auteur juif à écrire en 1938 sur un sujet aussi éloigné des préoccupations du moment?

-       Séduit par l’ambiguïté de l'entreprise qui ne put se faire qu'au prix de nombreux compromis de Magellan et dont le résultat ne fut finalement pas à la hauteur de ce qui était attendu (découvrir une voie plus rapide vers les Indes), il nous invite à répondre à la question : alors, Magellan, gagnant ou perdant ? Bizarrement, ça m’a renvoyée au poème « Toujours » d’Apollinaire :

Perdre

Mais perdre vraiment

Pour laisser place à la trouvaille

Perdre

La vie pour trouver la Victoire

Tout cela je vous le précise parce que je viens de relire le chapitre qu’Alessandro Baricco lui consacre. En réalité, je n’avais plus cette analyse en tête lorsque je l’ai lu et je me suis laissée embarquer par une épopée hors du commun. L’auteur réussit à retranscrire le contexte économique, géopolitique et historique (l’introduction sur l’histoire de la marine marchande et de l’économie de la gastronomie est passionnante) tout en maintenant un récit dynamique. Rythmée par les péripéties de l’équipage, l’intensité dramatique se double d’une analyse psychologique crédible. Le tout respire un travail minutieux, trahi uniquement par la bienveillance de Stefan Zweig envers son personnage, un attachement et une admiration déjà remarquée dans la biographie de Marie-Antoinette mais plus légitime à mes yeux envers Magellan.

Bien qu'avertie par Baricco, j'ai été étonnée du plaisir pris à la lecture de Magellan, au point que je ne cesse depuis de conseiller ce livre à mon entourage, d'autant qu'il est disponible en version "poche". 

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26 septembre 2016

# 164 Mémoires sauvés du vent, Richard Brautigan

Parmi les cinquante livres commentés dans Une certaine vision du monde d’Alessandro Baricco, il y avait Mémoires sauvés du vent de Richard Brautigan. La grâce du titre est une raison suffisante pour le lire, vous ne trouvez pas ?

mémoires-sauvés-du-vent

"Je colle mon oreille au passé comme si c'était le mur d'une maison qui n'est plus" : l'auteur semble laisser parler le jeune garçon qu'il a été, comme un dialogue intérieur où l'imagination flirte toujours dangereusement avec la folie. Le caractère autobiographique de cette enfance placée sous le signe de la misère sociale et affective, entre désœuvrement et solitude, est troublant lorsque l'on sait qu’un an après la publication de ce livre qui ne rencontra pas de succès, Richard Brautigan se suicida.

Le ton ingénu et humoristique qui sied à l'âge du narrateur contraste avec la gravité des sujets, donnant au récit le même paradoxe, à la fois léger et profond. D’un propos social (« poussières d’Amérique » comme le scande l’auteur tout au long de son récit) et psychologique, poétique et drôle par son écriture, ce court récit inclassable se lit d’une traite. 

20 septembre 2016

# 163 Chanson Douce, Leïla Slimani

Il y a des livres que je ne peux pas lâcher, je me dis que je pourrais prendre le temps et prolonger ainsi le plaisir mais c'est plus fort que moi, je m'y plonge dedans à la moindre occasion. Lorsque se profilent la dernière page, le dernier paragraphe, la dernière phrase, j'éprouve un pincement au cœur : il me manque déjà. C'est ce qui s'est produit pour Chanson douce de Leïla Slimani, lu en une journée. Lorsque j’ai vu en bas de ma liseuse s’afficher le chiffre : « 176 pages lues sur 177 », je me suis sentie un peu orpheline.

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Il est dans la première sélection du Goncourt et s’il obtient la récompense, ce sera justifié, non pas en comparaison des autres que je n’ai pas lus, mais pour ses qualités littéraires et narratives : le second roman de Leïla Slimani est excellent. Les critiques unanimes du Masque et la Plume m’ont convaincue de le lire alors que le sujet est plutôt risqué : Myriam découvre en entrant chez elle que la nounou a tué ses deux enfants avant de tenter de se donner la mort. Pour des raisons très personnelles j’appréhendais cette première scène, mais l’auteur ne la surcharge pas et on se retrouve directement dans le questionnement qui constitue la trame de ce roman : qu’est ce qui a amené supernanny à accomplir ce geste monstrueux ? Au-delà de l’intrigue, Leïla Slimani met le doigt sur des sujets où je me suis sentie concernée : la conciliation de son rôle de maman avec ses autres activités, la gestion d’une relation de travail avec une personne à qui on confie notre enfant, préjugés et racisme cachés…

C’est une lecture hypnotique : l’écriture fluide, le style impeccable, la profondeur psychologique et sociale du récit nous embarque immédiatement, tout en connaissant dès les premières pages comment cela se termine. Un tour de force dû à mon sens à une parfaite maîtrise de la narration, dont la clé nous est, elle, révélée uniquement à la fin.

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