Rallumer les étoiles

25 août 2016

# 160 L'assassin qui révait d'une place au paradis, Jonas Jonasson

Je n’avais jamais lu Jonas Jonasson, probablement l’effet médiatique trop important et la lassitude des titres à rallonge qui semblent se multiplier depuis les succès de Katherine Pancol et Stieg Larsson.

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Avec L’assassin qui rêvait d’une place au paradis, je suis servie côté nombre de caractères sur la couverture. Au-delà de cette mauvaise première impression, j’ai du mal à me positionner sur ce bouquin, il y a des choses que j’ai aimées, d’autres pas, le bilan c’est une lecture plaisante mais pas marquante. Un roman divertissant et léger qui a pour principal défaut un manque de consistance dans le schéma narratif. La situation initiale est très bien posée ainsi que l'élément déclencheur: Dédé le meurtrier, Johanna Kjellander et Per Persson s'associent, le premier pour éviter de retourner en prison, les deux autres pour s'enrichir sur son dos. Et puis Dédé découvre la foi... Mais ensuite les péripéties s'enchaînent sans cohérence ni finalité et la chute est tout simplement ratée. Résultat : on finit par se lasser comme dans une série dont la deuxième saison nous déçoit. Les personnages semblent faire du surplace, ce qui dilue progressivement l'effet comique basé sur leur caractère. Et pourtant c’est effectivement grâce à ces personnages que la première partie fonctionne aussi bien : caricaturaux à l’extrême, le meurtrier repenti avec sa propre interprétation de la bible et le pasteur athée sont particulièrement drôles, des blagues simples mais efficaces dans lesquelles on peut parfois reconnaître un peu de soi (la confusion main droite, main gauche, au hasard…). Le narrateur use très tôt d’un soupçon d’auto-dérision bien senti : « Non qu'il soit défendu de s'appeler Per Persson., ou Jonas Jonasson d'ailleurs, même si c'est un peu redondant». Personne n’est parfait en somme. La complicité est alors installée et crée une vraie relation narrateur- lecteur, nourrie par un ton ironique et une exagération continue sur les situations rocambolesques. 

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17 août 2016

# 159 Eux sur la photo, Hélène Gestern

Téléchargé en même temps que plusieurs ebooks, c'est un peu par hasard et en quête de légèreté que j'ai commencé le premier roman d'Hélène Gestern, Eux sur la photo.

Eux-sur-la-photo

Deux principes de narration: un court chapitre décrivant une photographie et la correspondance qui s'ensuit entre Hélène et Stéphane, sur les traces de leur histoire personnelle. Les descriptions des images sont réussies, on les visualise sans difficulté ce qui relance à chaque fois efficacement le récit, lui-même très fluide et prenant.  Entre enquête généalogique et psychologique, il aurait pu gagner en intensité avec des personnages plus complexes et subtiles et une intrigue moins attendue, néanmoins en plus de passer un bon moment avec ce "page turner", il soulève la question de la psychogénéalogie. Les questions qui restent sans réponse, les mythes familiaux transmis de parents en enfants et la façon dont les descendants vivent avec ces silences et ces fantasmes: sans que cela prenne une dimension forcément dramatique chacun d'entre nous je crois peut en trouver des exemples plus ou moins significatifs dans sa propre histoire.

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16 août 2016

# 158 Histoire de la littérature récente, Olivier Cadiot

J'ai rien compris.

Conseillé par Le Monde dans sa sélection estivale, je crois qu'à l'origine c'est une sorte d'enquête sur la façon de faire de la littérature, sous forme d'étude de marché des auteurs (est ce que ça vaut le coup de se lancer, pour faire quoi, comment se marqueter?) assortie de conseils à l'adresse de ceux qui se lancent dans l'écriture. Sincèrement je ne saurais vous dire la teneur de son propos, si c'était mieux avant ou si c'est pas bien maintenant ni si finalement anciens et modernes sont tous nuls ou excellents.  

Dans son Histoire de la littérature récente, Olivier Cadiot parle aussi de chasseur, de la façon de faire des sandwichs, glisse une running gag sur les vers en latin... A mi-lecture, quand il a commencé à mélanger Zeus avec les pastèques, j'ai renoncé à comprendre. Et pourtant j'ai poursuivi car c'est très court et d'une lecture aisée, certains paragraphes sont même drôles bien que l'ironie un peu trop grinçante donne à l'ensemble un rendu assez pessimiste. Me voilà bien embêtée tout de même, puisque de fait, n'ayant vraiment rien compris - et pourtant j'ai relu certains chapitre plusieurs fois, prenant parfois même à parti des cobayes-auditeurs - je suis incapable de vous dire si j'ai aimé ou pas.

Il parait qu'un second tome est en gestation, basé sur les réactions au premier. D'ici là, n'hésitez pas à me faire une petite explication de texte.

Olivier-Cadiot-histoire-de-la-litt-recente

 

Zeus, par exemple, il vient d'où?

Certains le signalent dans un village du Péloponnèse. Allons-y: fontaine splendide adossée à une montagne - qui elle aussi a un nom de Dieu pour compliquer le récit. Tout le monde est Dieu ici. Le père, la mère, la source, l'enfant, ça se multiplie. Déjà la Trinité ce n'est pas si simple, ici ils sont cinquante mille. Quel organigramme.

D'après Pausanias, c'est la source dans laquelle les nymphes Itohme et Néda, nourrices de Zeus, le lavèrent après que les Curètes l'eurent soustrait à la barbarie de son père. Ca veut dire quoi? Plus loin dans ce guide assommant on lit qu'il prit son nom de ce larcin. Le nom d'un larcin? C'est entortillé. C'est incompréhensible. Quel ennui; on est immédiatement perdu. On va s'endormir.

Plongeons la tête dans le jet qui sort de ce trou de la montagne, on dirait une bouche obscure - bouche obscure, ça a donné le nom au village. Rien, pas de panneaux de verre pour guider des touristes innocents; une citerne avec presque rien, lierre et chèvrefeuille; des petits bassins de pierre pour recevoir l'eau qui jaillit depuis deux mille ans - et à la bonne pression.

Dans les bassins deux pastèques sont en attente, à rafraîchir; c'est tout. Un banc de pierre à demi encastré dans le tronc d'un arbre énorme; deux tracteurs, l'un rouge, assez antique, et un vert plus gros et poussiéreux, garés le long du bassin - son siège a été rafistolé avec des couvertures écossaises nouées par des ficelles de nylon bleu.

Zeux, voilà un bon nom de tracteur. Il y a aussi Zetor, Belarus, Scania - même si ce dernier fait un peu plus nymphe. Il n'y a que des oliviers partout. Et rien d'autre. Pas un bruit. Personne ne hurle des paroles sacramentelles avec des porte-voix. Et pendant ce temps, les pastèques rafraîchissent.

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11 août 2016

# 157 Ceux de 14, Maurice Genevoix

J'ai pris tellement de plaisir à lire Rroû que j'ai  voulu retrouver rapidement cet auteur. Je ne suis pas une passionnée des écrits de guerres mais parmi les autres livres de Maurice Genevoix, une oeuvre se détachait et semblait faire figure de référence.

Ceux-De-14

Ceux de 14 se concentre sur les neuf premiers mois du conflit (j'ai réalisé en cours de lecture que c'était un peu un écho anachronique - et dans un style et un genre radicalement différent - à Au revoir là-haut qui s’attachait à l’immédiat après-guerre).

Gardant la forme originale du journal de bord, le sous-lieutenant Genevoix raconte jour après jour sa vie sur le front des Eparges, près de Verdun. Dit ainsi, ça peut paraître fastidieux et effectivement au départ on se demande où tout cela va nous mener, d'autant que l'on sait que cette guerre va durer quatre ans - ce qu'ignorait évidemment l'écrivain au moment où il témoigne. Les journées d'attente se succèdent, interrompues par des combats ultra-violents lorsque l'ordre de se battre parvient enfin, délivrant les hommes de leur engourdissement. Pourtant j'ai lu les quatre tomes sans m'arrêter, happée par la force du récit.

Au fur et à mesure des attaques et contre-attaques, des relèves et des étapes, imperceptiblement, on sent le changement d'état d'esprit. Le cycle répétitif, la guerre qui s'installe dans les tranchées, les morts et blessés par centaines: la confiance en la victoire et l'enthousiasme s'effacent pour laisser place à un abattement progressif. On ne peut plus parler de vie au milieu de cette boucherie, mais plutôt de survie focalisée sur le froid, la faim, le sommeil qui semblent anesthésier par moment l'horreur. Et dans cette apocalypse, Genevoix sait transcrire la solidarité humaine et la beauté de la nature quand la pluie leur offre un peu de répit. C'est un livre magnifique sur l'absurdité de la guerre et la fraternité, le contraste saisissant entre s'entretuer et s'entraider. L'écriture de Genevoix transcende cette aberration et sa capacité à s'émerveiller nous rappelle sans arrêt que ces jeunes hommes n'avaient pour la plupart même pas vingt ans. 

Extrait:

Ce soir, la fin du jour est infiniment limpide et belle sur le vallon. Le ciel pâlit au zénith, et mes yeux cherchent sans se lasser la caresse ineffable du couchant, errant de l'éméraude froide et transparente aux ors qui s'échauffent jusqu'à l'ardeur flambante de l'horizon, sans rien perdre de leur fluidité.

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07 août 2016

# 156 Une certaine vision du monde, cinquante livres que j'ai lus et aimés, Alessandro Baricco

Une-certaine-vision-du-monde

Lorsque j’ai assisté à l’enregistrement du Masque et la Plume, les critiques n’étaient pas très enthousiastes sur le dernier Alessandro Baricco (La jeune épouse), en revanche ils ont encensé un de ses ouvrages précédents, Une certaine vision du monde, cinquante livres que j'ai lus et aimés. Presque tout est dit dans le titre: l'auteur analyse le top 50 de ses lectures sur une décennie. Le premier livre cité étant Open d’Agassi, j’ai tout de suite senti qu’on allait bien s’entendre (je le conseille régulièrement, récoltant le plus souvent un accueil à la fois dubitatif et amusé, et en définitive c’est un livre qui plaît à tout le monde).

La liste est très éclectique et se lit comme un recueil de nouvelles. Pour chaque livre les axes d’analyse peuvent varier mais on retrouve une prédominance pour les qualités littéraires et la pertinence des propos (avec une exigence subjective assumée), ainsi que des précisions sur le contexte personnel, ce qui donne à l'ouvrage une dimension romanesque. 

On reconnaît dans ces critiques une emphase toute italienne mais qui respire aussi une grande sincérité. Pas de fausse modestie et un vrai travail d’approfondissement : Alessandro Baricco nous laisse voir ici son monde à lui, ce qui l'émeut, sa recherche du bonheur, dans un processus qui tient plus de l’introspection que de la compréhension du monde. Et je trouve que c'est en s'interrogeant sur l'acte de lire que le texte revêt alors une portée universelle. J'y suis particulièrement sensible : que m’apprennent mes lectures de moi-même, peut-on y lire comme dans les rêves des symboles conscients ou inconscients de ce que l’on est authentiquement au moment où l’on choisit telle ou telle lecture ?

C'est une vraie motivation pour continuer ce blog, qui va fêter ses six ans à la fin du mois. Dans quatre ans je pourrai donc me plier au même exercice! Il y a fort à parier qu'on retrouvera certaines recommandation d'alessandro Baricco : j'ai envie de lire quasiment toute la liste proposée.

Extrait:

Et, comme dans tout bon livre il y a une page ou ne serait-ce que trois lignes qui vous restent à jamais dans un coin de la tête, dans Le médecin personnel du roi il y a un passage que j'ai déjà raconté cent fois et que je vais raconter une fois de plus ici, vous n'y couperez pas. Il s'agit d'une simple échange télégraphique, mais c'est souvent à ces détails qu'on juge un romancier. C'est une scène entre Struensee et la reine (elle s'appelait Caroline Mathilde, elle avait vingt ans, était anglaise et, en apparence, avait autant de charme et de personnalité qu'une aubergine. Mais c'était juste une apparence). Au début, ils se détestaient. Puis il se passe quelque chose. Parmi les nombreuses passions de Struensee, il y avait les promenades à cheval, et à un certain point, la reine remise ses airs hautains et lui accorde le privilège d'être son moniteur d'équitation. Ils choisissent pour elle un cheval docile et, dans le parc de Bernstorff à la beauté sans limites, Struensee la prend par la main et accepte de lui apprendre à monter. C'était l'homme qui parviendrait en l'espace de seize mois à transformer une monarchie obscurantiste en un paradis de liberté, d'égalité et d'innocente folie. Il savait choisir ses mots et livrer une synthèse du monde.

- La première règle, avait-il dit, est la prudence.

- Et la deuxième?

- Le courage.

C'est tout. Je vous avais prévenu, c'est juste un court échange. Mais maintenant qu'il est à vous, appliquez-le à des choses moins surannées que l'équitation et je vous garantis qu'il vous sera incroyablement utile.


04 août 2016

# 155 Un fils en or, Shilpi Somaya Gowda

Une chronique sur France Info m'a donné envie de lire ce roman dont je n'avais pas du tout entendu parler. 

Un-fils-en-or

Un jeune indien, Anil, part aux États-Unis poursuivre ses études de médecine. Son amie d'enfance Leena reste, elle, en Inde. Choc des cultures, dénonciation de la place de la femme dans la société indienne, espoirs et désillusions du rêve américain, sur fond d'histoires d'amitié et d'amour: un fils en or, c'est en quelque sorte le pendant littéraire d'une bonne comédie sentimentale. On passe un moment agréable à défaut d'être mémorable et malgré les ficelles un peu grosses et un manque de finesse sur les personnages trop caricaturaux à mon goût, je dois dire que j'ai été prise par le récit. Le roman parfait quand j'avais besoin de m'évader et de ne pas trop réfléchir.

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27 juin 2016

# 154 Eux c'est Nous, Collection Cimade, Daniel Pennac, Jessie Magana, Carole Saturno, Serge Bloch

EuxcestNous

A lire et à faire lire d'urgence: officiellement c'est un court recueil de textes et de dessins pour expliquer la notion de réfugié à un enfant. En réalité, c'est un livre à mettre entre toutes les mains, particulièrement en cette période de montée des populismes. 

Refuser le prisme de la médiatisation anxiogène des réfugiés, regarder la situation avec intelligence et humanité, redonner du sens à la notion de solidarité: une lecture indispensable.

Eux c'est nous. coûte 3 euros. L'intégralité des gains est reversée à la Cimade.

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22 juin 2016

# 153 Rroû, Maurice Genevoix

D'une phrase, le critique Michel Crépu du Masque et la Plume m'a donné envie de lire son coup de coeur, Rroû. Je crois que je vais être presque aussi brève que lui et essayer de vous transmettre le même enthousiasme!

Rrou_Maurice-Genevoix

C'est l'histoire d'un chat. 

Et la magie opère: on devient soi-même chat. Maurice Genevoix (que je découvre à travers ce livre) nous offre une écriture féline qui transcende les mots en mouvements et en sensations. Je sais qu'à l'instant où vous me lisez, vous vous dites que je vire mystique, mais je vous assure que cette lecture est un moment de pur bonheur.

Roman initiatique par excellence, tour à tour drôle et sérieux, Rroû est un plaidoyer pour la liberté, l'indépendance, le droit à l'erreur, le droit d'être soi.

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21 juin 2016

# 152 Sens dessus dessous, Milena Agus

Le seul défaut du dernier roman de Milena Agus est la traduction de son titre en français, tellement plus aérien en italien: Sottosopra (en plus ça me fait penser à ma Lisa, et la fantaisie de cet auteur lui correspond d'ailleurs très bien).

Sens_dessus_dessous

Les récits de Milena Agus ressemblent à des nouvelles par leur concision, leur intensité et leur chute toujours réussie. C'est ce talent de conteuse d'histoires que l'on retrouve une nouvelle fois dans Sens Dessus Dessous

Alice, Mr. Johnson, Anna: trois habitants d'un immeuble de Cagliari. A chaque étage ses rêves, ses blessures et le grain de folie qui donne des couleurs à la vie. Quand tout ce petit monde se croise et se mélange, cela donne un feu d'artifice romanesque et nostalgique, porté par l'écriture subtile de Milena Agus.

(De cet auteur j'ai également lu: Mal de Pierres et Battement d'ailes

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# 151 Stasiland, Anna Funder

Stasiland

Je m’aperçois que j’ai lu pas mal de romans sur le thème du "bloc de l'Est" dans l’année qui vient de s’écouler (ici, et encore là par exemple). Avec Stasiland, j'explore un territoire hautement symbolique des dictatures communistes, la RDA. Et bien que ce soit de l’histoire récente, c’est un peu un sujet tabou : il y a moins de trente ans, l’Allemagne était divisée en deux et sa capitale traversée par un mur. Et à l’est de ce rideau de fer sévissait un régime doté d’un ministère de la Sécurité d’Etat, la Stasi, chargée d’espionner la population et de neutraliser toute forme d’opposition au régime. Du recrutement des collaborateurs parfois très jeunes aux emprisonnements arbitraires, Stasiland est un documentaire remarquable sur la pression psychologique imposée à une société qui en porte encore aujourd’hui  les stigmates.

Pour autant, je regrette qu'Anna Funder se limite à l’exposé de trajectoires personnelles : il manque à ce livre une force romanesque et les tentatives de l’auteur de ce point de vue-là manque de réussite : les paragraphes descriptifs n’apportent rien au récit.  Un autre point faible tient à la traduction : il aurait souvent été judicieux de garder certaines expressions en allemand, quitte à les traduire en bas de page. Ca m’a particulièrement marquée page 201: "Allons-y", me dit-il et je remarque qu'il zézaye. je cherche encore la phrase qui permet de noter ce défaut de prononciation!

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