#46 Une vie à coucher dehors, Sylvain Tesson
Parfois il suffit de trois fois rien pour tomber sur un bon livre. En l'occurrence, un repas professionnel, la conversation qui dérive: Into the Wild, Sukkwan Island et ce roman que mon interlocuteur est entrain de lire, dont il ne se rappelle ni le titre ni l'auteur, mais ça se passe en Sibérie.
Je sais que ce livre me dit quelquechose, je l'avais remarqué sur Lire Magazine.
Virée du samedi à la bibliothèque de Viry, et en présentoir: Dans les Forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Le bouquin est indisponible, mais cet auteur me dit VRAIMENT quelque chose. Dans les rayons, je trouve son recueil de nouvelles, consacré en 2009 par le Goncourt des Nouvelles. Ouf la boucle est bouclée, je l'embarque et le dévore en 2 jours.
Avec comme fil conducteur l'absurde et le tragique, Sylvain Tesson nous emmène sur la mer Egée, dans la taïga sibérienne, en Bretagne ou encore en Écosse. Les chutes sont inattendues, le style impeccable.
J'ai particulièrement aimé L'Asphalte, et a contrario le récit le moins plaisant fut Le Phare (je dois avouer que c'est la seule chute que je n'ai pas comprise...).
#45 Le Passager, Jean-Christophe Grangé
Vacances à la neige, envie d'une lecure "facile"... J'avais justement gardé Le Passager de coté.
Le prix Yaourt
Voici venu le temps des Best-of et des Miss France...
Cette année je vous propose d'élire votre Prix Yaourt (le livre le plus marquant de l'année - parmi vos lectures, pas selon la date de parution hein!) et vous pouvez également décerner un label Banane pour un livre que vous voulez distinguer- une jolie surprise par exemple)
Mon prix Yaourt va donc à Tours et Détours d'une vilaine fille
Et je décerne le label Banane à David Gemmel et sa trilogie troyenne
A vous les studios!
En janvier, si vous êtes sages, vous aurez droit à une petite liste des bonnes résolutions (ou comment je vais vous soutenir mordicus que je relirai les nouvelles de Maupassant, La Guerre du Feu ou Se résoudre aux Adieux).
#44 L'Equilibre du monde, Rohinton Mistry
Finalement, dans mon quotidien, j'ai peu l'occasion de parler de bouquins. Ca m'arrive parfois, je teste le sujet, et on voit vite si on se fait taxer d'intello ou si le sujet intéresse. J'ai pourtant d'heureuses surprises, comme ces deux jeunes au travail l'un passionné par Kafka et l'autre de littérature grecque. Même si ce ne sont pas mes univers, j'aime discuter avec eux de ce qu'ils y trouvent, de ce que ça leur apporte, et souvent je finis par essayer. Pour la fantasy par exemple, jamais je n’aurais lu David Gemmel, si on ne m’en avait pas parlé avec enthousiasme.
Le blog facilite ces échanges et ce partage, et c'est ainsi que Vyvy m'a recommandé et prêté l’Equilibre du monde. J’ai mis du temps avant de le lire car j’avais quelques romans en stock, soumis aux délais de la bibliothèque. Quand je l’ai commencé j’ai été un peu déçue, je ne suis pas entrée dans l’histoire immédiatement. Et quand on voit qu’il y a plus de 800 pages, c’est un peu décourageant. J’ai oscillé entre plusieurs lectures, et soudain, le charme a opéré.
L’équilibre du monde, c’est l’histoire de Dina, Maneck, Ishvar et son neveu Om, issus de milieu sociaux tellement différents qu’ils n’auraient jamais dû se rencontrer. Pourtant ils vont réussir à former un improbable et précaire havre de paix dans l’Inde des castes en pleine mutation économique et politique. Sans complaisance, et bien loin de Bollywood, ce roman est une jolie découverte.
(c'était un peu 3615 MAVIE, ce post)
Le Best-of d'Emma
En cette période calendrier de l'Avent et de liste au Père Noël, un retour en enfance avec une petite sélection des livres préférés d'Emma (presque 2 ans et demi). Comme beaucoup d'enfants, elle adore les histoires, et c'est moi la préposée à la lecture. Ça me permet d'avoir mon moment solo avec ma fille, et accessoirement d'esquiver la vaisselle et autres joyeusetés ménagères.
Vers 20h15, on se glisse sous la couette, Mimi nous rejoint (c'est un truc de fou, mais ce chat adore les livres, véridique, elle accourt à peine la première page tournée, où qu'elle soit. Sincèrement je n'ai pas encore éludé ce mystère. Je n'ai même pas réussi à la gruger avec l'ebook). Emma a déjà choisi le livre et je peux vous dire que c'est, au choix:
-"Lulu e-a-ïk"
Ça fait deux ou trois semaines que Véro le lui a offert et c'est bien simple, elle le connaît déjà presque par coeur. Mon avis: les dessins sont sympa, le récit aussi, ni trop court ni trop long.
Je préfère quand même l'autre livre reçu en même temps: Le crocodile qui avait peur de l'eau (Mamie Poule raconte, T8). Emma a la trouille de l'éléphant, mais moi j'adore l'histoire: un crocodile qui pète quand il a peur... (avec une adroite référence au petit chaperon rouge inside).
- Un Tchoupi (à la plage, à l'école, aux chiottes...). Bon lui c'est le champion toute catégorie. J'ai du mal à lui trouver des qualités tellement il me sort par les yeux, mais soyons honnêtes, les pages sont plastifiées, les histoires courtes. En revanche permettez moi de vous dire que le monde de Tchoupi c'est un peu les Bisounours quand même, hein.
- Le Petit Chaperon Rouge, collection Les petits cailloux
Allez comprendre: Emma a peur du sapin de Noël de Tchoupi, en revanche pas de souci à entendre que le loup se mange la mémé et la petite fille, qu'un chasseur effrayant les délivre et que le loup s'écroule raide mort avec une pierre dans le ventre. Ceci dit j'aime assez cette version (dessins et longueur du texte), c'est David qui a découvert cette collection: la dernière page permet de faire un traitement séquentiel de l'histoire (les profs comprendront)
- 23 histoires au clair de la lune:
Emma adore l'histoire d'Ophélie et de la Sorcière, elle la connait par coeur. Pourtant c'est loin d'être le plus chouette des récits de ce joli livre. Bon, parfois c'est un peu perché (la lune qui joue à la corde à sauter et à la marelle avec les étoiles), mais pour les adultes c'est assez original. Les hsitoires sont de longueurs inégales et ça aussi c'est agréable!
- Un des fameux Monsieurs et Madames
- Ma préférée reste Pas bêtes les Poulettes, un livre jeunesse façon Chicken Run, où des poules déjouent les tours de Veinard le Renard, personnage digne d'un Tex Avery. Je me marre toujours en le lisant!
#43 Lire est le propre de l'Homme, l'école des loisirs
« Quand on donne du feu, on ne perd rien et on donne tout. Il en est ainsi de l’écriture et de la lecture. » (Claude Ponti, p.58)
« Ton avenir est écrit entre les lignes des livres que tu liras » (P. Lemaitre, p.64)
Merci à mon amie Stéphanie pour cette jolie découverte : lors d’une de nos nombreuses discussions par internet, elle m’a indiqué ce livre à commander gratuitement - Eh oui Vinvin, on ne parle pas que de chaussures ou de saucisson moisi ;-)
Lire est le propre de l’Homme rassemble une cinquantaine de textes et quelques dessins autour du thème du plaisir de la lecture et de la nécessité des livres. D’une qualité inégale mais souvent remplis de poésie, ils semblent me crier:
Lire pour vivre libre.
« Et vous, vous lisez pourquoi ? » nous demande Susie Morgenstern page 116.
Je suis incapable d’y répondre, je lis depuis toujours.
C’est faux car je me souviens pester contre mon père qui imitait des voix terribles en lisant le petit chaperon rouge, et je détestais cela. Aujourd’hui je suis libre de lire ce que je veux, comme je veux, je rectifie donc : j’ai envie de lire depuis toujours. Et je crois que j’ai toujours su que cela m’apporterait du plaisir, même avant de savoir lire.
Autour de moi on me dit : « Armelle, écris un livre ! » Je ne veux pas écrire : je veux lire. Je ne sais pas écrire mais je sais lire.
Pourquoi je lis, je ne peux pas l’expliquer.
Je lis pour être moi. Je lis pour me découvrir, me comprendre ou me retrouver. Je ne suis jamais mieux moi que lorsque je suis Andromaque, D’Artagnan ou Croc-Blanc.
Comprenne qui pourra, j’aime lire et je ne sais pas transmettre ce goût, à mon grand désespoir. J’espère que ce recueil à l’initiative de l’école des loisirs saura en convaincre quelques-uns. J’aimerais notamment que les textes sur la place du livre à l’école fassent écho parmi les quelques professeurs qui me lisent parfois.
Sur ce, je vous laisse : j’ai un livre qui m’attend ;-)
Vous pouvez commander gratuitement ce petit livre ici :
www.ecoledesloisirs.fr
www.lirelire.org
Mon texte préféré est celui de Claude Ponti Livre libre lecteur électeur
#42 American Psycho, Bret Easton Ellis
La claque! Comme beaucoup je suppose, j'avais entendu parler de cet auteur très polémique. J'ai pris un de ses romans au hasard à la bibliothèque.
Argent, sexe, drogue : voilà l'univers new yorkais dans lequel évolue Patrick Baterman, un jeune trader richissime, dont le culte de l'apparence et le matérialisme confinent à l'obsession maniaque. Psychologiquement instable, notre narrateur? C'est peu dire! La description de son train de vie laisse peu à peu place à celle de sa perversion, avec des passages carrément insoutenables.
American Psycho n'est pas un livre facile à lire, ni par le style (très descriptif), ni par le genre (très violent). Forcément il y a des longueurs - j'avoue avoir lu "en diagonale" les pages relatives à la musique - mais la façon dont la folie du personnage intervient dans l'histoire et la fluidité du récit malgré les multiples facettes du personnage, ainsi qu'un certain humour font de ce roman un très bon polar.
Critique sociale ou exercice littéraire autour de la folie? Voici un élément de réponse de l'auteur dans un extrait d'interview parue sur Bibliobs lors de la sortie de son roman Suite(s) Impériale(s)
B. E. Ellis.- Vous savez, quand j'étais jeune et très littéraire, je me disais : «Oh, tu es Bret Easton Ellis, ton livre va être publié». J'ai joué le jeu, je voulais paraître plus intelligent que je ne l'étais. Je mettais mon costume avec ma petite cravate, je faisais ma tournée et baratinais: «Oui, c'est un acte d'accusation sans pitié de Wall Street. Oui, c'est un acte d'accusation de Los Angeles.»
Eh bien non. Les livres peuvent très bien être cela, in fine. «American Psycho» est une critique sauvage, aucun doute là-dessus. Je ne peux pas le nier mais, non, «American Psycho», c'était moi. Je suis Patrick Bateman. C'est ce que je craignais de dire, à l'époque. C'est ce que j'avais peur d'admettre, du fait de la controverse qui enveloppait le livre. J'avais le sentiment que la seule façon de protéger le livre était de dire qu'il traitait de la culture yuppie des années 1980, de l'écœurement qu'elle suscitait chez moi, de prétendre qu'«American Psycho» exprimait ma rage... Non, non, et non. «American Psycho» traite de ma solitude, de mon aliénation, peut-être de ma colère face à cette aliénation. Je vivais le même genre de vie que Patrick Bateman. Je portais ces costards, j'allais dans ces clubs et restaurants. Je mangeais cette nourriture. J'étais très malheureux. Je devenais un adulte. Je devenais un homme. J'ai commencé ce livre quand j'avais 23 ans, quand je l'ai fini j'avais 26 ans. Le sujet est devenu Patrick, mais la genèse de ce livre était ma vie et tout ce qu'elle avait d'insatisfaisant.
C'était une vie où les gens me disaient : «Ecoute, si veux être un homme tu as besoin de toutes ces choses. Tu dois fréquenter ces endroits, porter ce costume, avoir cette coupe de cheveux» et tous ces trucs donc je sentais bien que c'était de la merde, du superficiel et de la poudre aux yeux. Ce n'était pas la réalité. Cela ne me rendait pas heureux. J'étais en colère, j'avais des pensées violentes. Ma rage a culminé, c'est de là qu'est venu «American Psycho». Mais encore une fois, je comprends parfaitement qu'on le considère comme un acte d'accusation de la société américaine. Ce qu'il est.
http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20100902.BIB5573/bret-easton-ellis-ce-livre-m-a-sauve.html
#41 L'art français de la guerre, Alexis Jenni
Le soir même je rassemblai mes biens dans des cartons récupérés à la supérette et décidai de retourner là d'où je venais. Ma vie était emmerdante alors je pouvais bien la mener n'importe où. J'aimerais bien une autre vie mais je suis le narrateur. Il ne peut pas tout faire le narrateur: déjà il narre. S'il me fallait, en plus de narrer, vivre, je n'y suffirais pas. Pourquoi tant d'écrivains parlent-ils de leur enfance? C'est qu'ils n'ont pas d'autre vie: le reste, ils le passent à l'écrire. L'enfance est le seul moment où ils vivaient sans penser à rien d'autre. Depuis, ils écrivent, et cela prend tout leur temps, car écrire utilise du temps comme la broderie utilise du fils. Et de fil on n'en a qu'un.
Ma vie est emmerdante et je narre; ce que je voudrais, c'est montrer; et pour cela dessiner. Voilà ce que je voudrais: que ma main s'agite et que cela suffise pour que l'on voie. Mais dessiner demande une habileté, un apprentissage, une technique, alors que narrer est une fonction humaine: il suffit d'ouvrir la bouche et de laisser aller le souffle. Il faut bien que je respire, et parler revient au même. Alors je narre, même si toujours la réalité s'échappe. Une prison de souffle n'est pas très solide.
Désoeuvré, le narrateur rencontre alors Victorien Salagnon, dont il va raconter la vie à travers les guerres qu'il a faites et dessinées. On traverse ainsi la fin de la seconde guerre mondiale, et les guerres d'indépendance: Algérie, Indochine. Cette histoire est passionnante, et nous montre le coté obscur de ces guerres, celui qui trop souvent oublié lors de l'enseignement de l'histoire, celui qui fait qu'on ne peut comprendre "aujourd'hui" en oubliant ou travestissant le passé.
Dans le premier tiers du roman, les aller-retours entre la vie du narrateur, ses digressions et l'histoire de salagnon rende la lecture laborieuse. Pour toutes les parties concernant Victorien, le récit est fluide, prenant et extraordinairement bien documenté! J'aurais d'ailleurs préféré que l'auteur s'en tienne à cette histoire, le message serait quand même passé. Car ce roman ne s'arrête pas au récit d'aventure, Alexis Jenni fait le lien entre le comportement militaire français dans ces guerres et les mouvements sociaux actuels dans les banlieux.
Alexis Jenni va-il-réussir l'exploit de Littell et remporté le Goncourt pour son premier roman? A moins que ce Jenni ne soit qu'un modeste pseudonyme (mais apparement non, ce qui rend ce roman encore plus étonnant!)
Petit aparté: ça m'a quand même l'air d'être bien à la mode cet effet de style qui consiste à mêler la vie du narrateur à celle du héros! Cf les derniers Carrère et De vigan!
#40 Le Diner, Herman Koch
En allant à la bibliothèque (Encore! Et oui!) j'ai eu l'heureuse surprise de voir qu'il y avait beaucoup de nouveautés disponibles. Le Dîner en faisait partie. C'est un titre et un auteur que j'avais croisé dans Lire, sûrement, qui me disait vaguement quelquechose en tous cas (et pour cause, best seller dans son pays d'origine, il connait un succès mérité dans toutes les critiques littéraires françaises).
Une lecture très facile - au départ je pensais m'embarquer dans une comédie familiale drôle, façon théatre de boulevard. On sourit beaucoup, certes, mais derrière le ton léger et cynique du narrateur se dévoile progressivement un quasi-thriller.
Je ne vous en dis pas plus car le récit est réellement habile et gagne, à mon sens, à être découvert sans résumé préalable!
#39 Alabama Song, Gilles Leroy
" - Croyez qui vous voulez. J'ai eu un fils, un jour, dans ma vie."
Croyez qui vous voulez: c'est cette sensation qu'il me reste à l'issue de la lecture du court roman de Gilles Leroy. Est-ce l'envers du décor de la vie de celle qui fût l'épouse de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald, ou bien les élucubrations d'une femme sombrant dans la folie?

L'auteur se base sur des faits réels mais revendique le qualificatif de fiction pour ce journal imaginaire qui entremèle deux périodes de la vie de Zelda, épouse de l'auteur de Gatsby le Magnifique ou encore Tendre est la nuit. Les repères datés dans la marge deviennent rapidemment superflus, l'état d'esprit de l'héroïne suffit à deviner la période. Je me suis laissée emporter par le personnage de Zelda, petite tornade capricieuse et dévergondée de sa ville d'Alabama où tout lui est permis, puisqu'elle est la fille du Juge. Elle échappe à la vie ennuyante de Montgomery en suivant Fitz à New York, mais elle ne parvient pas à s'épanouir dans l'ombre d'un homme aussi avide de reconnaissance qu'elle-même.
"Mon Corps est un fleuve, mon corps s'appelle Alabama au centre de mon corps est le Delta dans la baie de Mobile mes jambes dessinent une presqu'île nommée Plaisir Elle plonge dans le Golfe du Mexique Un jour je t'y emmènerai Un jour, Joz, je te le jure Un jour nous nous rejoindrons à Pleasure Island pour ne plus nous quitter Jamais plutôt crever disais-je et j'ai tenu promesse Mon corps est un Rio tari Corps de cailloux Corps grand désert Corps du délit."
Alabama Song m'a séduite par le style, la forme et la complexité du personnage. Il fut un Goncourt 2007 critiqué, mais le niveau littéraire n'est pas à remettre en cause. Il me reste tout de même le goût amer de la conclusion: l'intervention du narrateur est de trop, à mon avis.














