Rallumer les étoiles

28 mars 2018

# 220 Trois jours et une vie, Pierre Lemaître

Un trajet, une après-midi pluvieuse ou une insomnie? Vous avez deux heures devant vous ou simplement envie d'une lecture captivante? Ouvrez Trois jours et une vie.

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Antoine, 12 ans, porte accidentellement un coup fatal à son jeune voisin. Désemparé, il cache le corps et choisit de se taire. Trois jours plus tard se déclenche la fameuse tempête de 1999, compromettant la recherche de l'enfant disparu: le chaos météorologique semble répondre au tumulte intérieur et quand les éléments se calment, plus rien n'est comme avant...

En se focalisant sur les affres psychologiques du personnage principal et avec une parfaite maîtrise de l'intensité dramatique, Pierre Lemaître réussit à créer un climat oppressant dont il est difficile de se défaire. Implacable et dérangeant, ce thriller soulève un sujet plus profond qu'il n'y parait: la liberté gagnée au prix de la dissimulation n'est-elle pas juste une illusion? Et en refermant le livre, on voudrait dire à Antoine: arrête avec tes mensonges!

Une nouvelle fois, merci Soeurette pour ce bon conseil de lecture.

 

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20 mars 2018

# 219 Suite française, Irène Némirovsky

Si on nous demandait un souvenir de lecture commun, je suis certaine que Marie répondrait comme moi: "La petite maison dans la prairie!". Pour vous, c'est une série télé, pour nous neuf tomes que nous avons lus plusieurs fois avec toujours la même angoisse: l’indisponibilité des trois derniers volumes la semaine suivante à la bibliothèque municipale où nous ne pouvions emprunter que six livres hebdomadaires à nous deux...

Marie lit au moins autant que moi et alimente efficacement ma liste de livres à lire. Quand elle me prête un livre ou m'envoie un ebook, il y a dans cet échange bien plus qu'un livre, elle sait ce que j'ai besoin de lire à ce moment-là. Peut-être est-ce pour cela qu'elle n'avait pas insisté sur Suite Française d'Irène Nemirovsky: il m'a fallu son deuxième rappel sous forme de commentaire en même temps que la recommandation de Stéphane pour que je m'y plonge.  

SUITE FRANCAISE

Toi qui me lis maintenant, sache que je te jalouse. Parce que tu n'as peut-être pas encore lu Suite française: il te reste donc à découvrir 600 pages d'une clarté inouïe. 

Écrit au coeur de la tourmente, ce roman historique retrace un an d'occupation allemande à partir de juin 1940. Il y a d'abord l'exode de Paris, à travers la fuite de la famille bourgeoise Péricand, du couple Michaud, employés de banque, ou encore de l'écrivain Gabriel Corte. Viennent ensuite l'installation des allemands dans les villages français et la reprise de la vie quotidienne pour les civils restés à l'arrière. Le récit captive dès les premières lignes.

Les descriptions au charme digne d'un François Mauriac et la profondeur psychologique des personnages instaurent une tension dramatique: le décor est posé avec justesse et révèle progressivement les travers les plus sordides de la nature humaine. Tout respire l'authenticité dans ce récit et si le caractère inachevé pose quelques problèmes de lien entre les parties, il en ressort une spontanéité qui fait très vite oublier ce défaut.

Il faut évidemment lire la passionnante préface qui retrace l'histoire incroyable de ce manuscrit finalement édité en 2004, plus d'un demi-siècle après son écriture et qui lui vaudra un prix Renaudot posthume, ainsi que la postface: des notes de l'auteur sur le projet du roman et un assemblage de correspondances entre le mari d'Irène et ses éditeurs.

Je ne peux pas recopier ces deux extraits ici au risque de gâcher votre plaisir mais l'introduction du chapitre 20 sur le chat Albert est un délice tout comme la chute du chapitre 21 de la partie Tempête en juin.

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09 mars 2018

# 218 Tous ces chemins que nous n'avons pas pris, William Boyd

Résurgence d'une discussion datant de plusieurs semaines avec Quentin sur le rap,  j'ai cliqué sur le lien Konbini "les 5 livres à dévorer si tu as écouté en boucle le dernier Orelsan" par curiosité. Le nom William Boyd a immédiatement attiré mon attention, je garde un très bon souvenir d'Orages Ordinaires (ce titre me plaît infiniment).

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Dans Tous ces chemins que nous n'avons pas pris, le point commun des nouvelles est l’élément perturbateur: ces grains de sable qui changent irrémédiablement le cours de notre vie. 

Entre hasards, imprévus et décisions absurdes ou précipitées, ces récits nous invitent à la bienveillance sur nos propres erreurs et à l’optimisme quant aux surprises que nous réserve la vie. J’ai pris beaucoup de plaisir avec les personnages finement ciselés, manquant souvent de clairvoyance: des rêves de Bettany Mellmoth aux tribulations d'Alec Dunbar en passant par la correspondance d'un réalisateur dans le creux de la vague, la maîtrise narrative de William Boyd convainc même si au final on regrette que chaque personnage ne soit pas l’objet d’un roman - on retrouve d’ailleurs dans la dernière nouvelle le rythme et le suspense d’Orages Ordinaires.

Enfin on appréciera aussi l’humour so british de William Boyd que ce soit lorsqu'il assouvit nos fantasmes de petites vengeances mesquines ou en égratignant le monde du cinéma et des arts dans lequel il évolue - j’ai ainsi découvert qu´il avait adapté un roman de Mario Vargas Llosa, ce qui évidemment me le rend encore plus sympathique. 

 

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25 février 2018

# 217 De l'influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles, Jean-Michel Guenassia

Marie a déposé ce livre sur la méridienne de mon canapé en me disant simplement: "tiens, je l'ai prolongé à la bibliothèque pour te le prêter, c'est exactement ce qu'il te faut en ce moment, ça se lit tout seul". Et c'est vrai que j'avais bien besoin d'un "page turner", un roman où on se laisse embarquer facilement. Malgré le succès de l'auteur notamment avec Le club des incorrigibles optimistes, De l'influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles n'a pas eu une grosse couverture médiatique.

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Paul, élevé par sa mère et la compagne de celle-ci dans un univers très féminin et loufoque, revendique sa liberté: celle de cultiver l'ambiguïté. Mais derrière son androgynie assumée se dessinent le poids de l'éducation et son combat pour être lui-même, que ce soit à travers la musique ou dans ses choix amoureux.

On retrouve l'écriture fluide et drôle de Jean-Michel Guenassia et le personnage principal est vraiment bien travaillé. Il m'a manqué parfois un peu de cohérence, comme si l'auteur ne suivait pas jusqu'au bout le chemin qu'il esquisse. Ou peut-être est-ce intentionnel, pour porter l'idée d'inachevé et de solitude que ressent le narrateur et à laquelle je ne souscris pas: même quand les chemins se séparent, les amitiés et les amours véritables nous construisent et nous accompagnent, d'une façon ou d'une autre. Je ne crois pas au fatalisme: chacun est libre de décider. Mais peut-être ne suis-je qu'une incorrigible optimiste :-)

Et pour accompagner cette lecture à la structure très musicale (en plus du titre, chaque chapitre porte le nom d'une chanson), on écoute In the mood for love.

Et j'ai chanté pour elle, comme dans la chanson:

I'm in the mood for love

Simply because you're near me

Funny, but when you're near me

I'm in the mood for love

Heaven is in your eyes

Bright as the stars we're under

Oh! is it any wonder?

I'm in the mood for love...

07 février 2018

# 216 Paname Underground, Zarca

C'est spécial mais je suis sûr que tu vas le lire en 24h! Et il m'a mis Paname Underground dans les mains.

Après Fief, même pas peur, lui ai-je répondu.

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Les premières pages ont été longues à lire. Pas en raison de l'argot dans lequel est rédigé ce roman, au contraire c'est assez intuitif mais parce que j'analysais la construction de chaque nouveau mot* (j'intellectualise peut-être un peu trop). 

Afin d'écrire un guide touristique du Paris décalé (décalqué?), Zarca nous emmène à la rencontre de ses amis, fins connaisseurs des bas-fonds de notre capitale. Il frappe fort avec une première scène où il se tape celle qu'il nomme sa soeur, qui est enceinte, dans un bordel de Pigalle en sniffant de la coke sur ses fesses. Malgré le "je" narratif, cela élude vite la question de réalité ou fiction sur laquelle la plupart des critiques s'enflamment: pour moi cette entrée en matière est une scène de film porno et cadre sans ambiguïté l'univers fictionnel mais réaliste dans lequel on va évoluer. Les journalistes encensent aussi le parler vrai, le vocabulaire racaille (pardon caillera) et le triptyque sexe-drogue-alcool omniprésent.

Je crois pourtant qu'il faut dépasser cette analyse sémantique pour comprendre pourquoi ce roman a un effet captivant. La maîtrise du rythme narratif soutenu par quelques personnages aux caractéristiques psychologiques bien définies est incroyable. Lorsque survient l'élément déclencheur, l'accélération nous bascule dans une ambiance propre aux jeux vidéo. Pour autant la crédibilité du récit est assurée par la connivence que le narrateur établit avec ses lecteurs: il est lui-même conscient, surpris et effrayé de l'univers transgressif dans lequel il se retrouve.

Impossible de trouver les inspirations littéraires de l'auteur : les interviews ne parlent pas de ça. Je ne serais pas étonnée d'y retrouver du Zola car ce roman d'aventure s'inscrit bien dans le mouvement du Naturalisme et peut être des Alexandre Dumas pour le côté intriguant, violent et clanique.

Il y a quand même une réflexion qui me vient à la lecture de Paname Underground: où sont les femmes? Dina fait presque figure de Vierge Sacrée - la comparaison n'est peut être pas très heureuse vu ses activités, mais de fait elle reste une icône tout au long du roman et les personnages féminins brillent par leur absence. 

* A chaque fois qu'il s'agit de verlan, je repense à ce moment mémorable où devant un restaurant français à New-York nous avons tenté de traduire et d'expliquer à nos amis anglophones la mention "qui vole un boeuf nique un keuf" inscrite sur sa devanture et qui nous faisait marrer. 

Extrait:

Je tire la paroi de la douche:

- Hey Dina, stylée ton idée de guide, j'suis en train d'y penser là!

Elle m'envoie un kiss, allume une garot.

Paname Vice City, le guide de l'Underground parisien.

Je pourrais consacrer un chapitre au bois de Boubou, un autre aux bars à putes de Pigalle, un à Bezbar, je pourrais sillonner la place de la Nation avec mon pote Bibo et son équipe de charclos, Azad avec les réfugiés afghans le long du canal Saint-Martin, Seb et les skins du 15e, plonger avec mon pote Komar dans les catas, me rencarder sur la Chinese Connexion de Belleville...

Putin, j'ai vraiment de quoi pondre une pure dinguerie, et me faire des burnes en platine!

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23 janvier 2018

# 215 Jours Barbares, William Finnegan

Petite, j'écrivais constamment: un journal intime que j'ai tenu assidûment pendant des années (il ne m'en reste qu'un cahier bleu daté de 1991 je crois), des livres dont je n'ai plus aucun souvenir mais que je mentionne dans ces pages, des rédactions scolaires... Ma fille me ressemble: elle a déjà son carnet secret, il y a désormais deux épisodes supplémentaires de Vinaigrette et des tas de petites histoires reliées que je conserve précieusement.

Dès le lycée l'écriture a eu une place très importante dans mes relations amoureuses et j'ai gardé toutes ces lettres, vestiges d'un autre temps; il m'est arrivé de les relire en essayant de deviner ce que j'y avais répondu. Car contrairement aux mails qui historisent toute la conversation, il me manque les mots de mes 16 ou 17 ans. Cela revêt un caractère presque sacré quand il s'agit des courriers de Brian, échangés en secret à la récré. Je lui ai écrit des dizaines de pages après sa disparition et puis ... à qui et où les adresser? Je les ai systématiquement détruites. Et j'ai gardé cette habitude, je supprime tout ce que je rédige, sauf quelques lettres - des vraies, manuscrites - destinées à Emma, pour plus tard, et les billets publiés ici (quoique, j'évite de revenir dessus pour ne pas céder à la tentation d'effacer). Et puis bien sûr, ce que j'ai envoyé et qui ne m'appartient plus.

Révéler l'existence de ce blog est de ce fait pas si évident que cela, encore moins dans l'environnement professionnel. Pourtant c'est en le découvrant que mon collègue Stéphane m'a parlé de Jours Barbares, qu'il n'avait pas encore lu. De nouveau, en m'envoyant ses suggestions de lectures*, je retrouve ce roman du journaliste William Finnegan en tête de liste. Pas mal de goûts en commun, du surf, un prix Pulitzer et un titre accrocheur: un petit tour sur lemonde.fr et me voilà convaincue.

Les jours barbares

650 pages qui ne parlent que de surf. Et c'est tout simplement passionnant. J'ai mis du temps à le lire car il a fallu me familiariser avec le vocabulaire spécialisé et puis une fois les breaks, take-off et autres lineups apprivoisés, j'étais lancée. William Finnegan, grand reporter de guerre, déroule son autobiographie à travers le prisme de sa passion mais c'est bien plus qu'un essai sur le surf. Les différents niveaux de lecture s'entremêlent et se nourrissent: exutoire à la violence du monde, quête de soi à travers l'intensité, le risque et le retour aux éléments - il y a du Into the Wild dans sa pratique de ce sport- et également un avertissement sur les impacts écologiques (proche des analyses d'Effondrement). J'ai beaucoup appris à la fois sur moi-même et sur la géographie environnementale avec, dans le dernier tiers, 150 pages lumineuses sur Madère.

Une lecture pas facile d'accès mais qui vaut assurément l'effort.

Extrait 1

"En 1967, la chanson qui passait le plus souvent à la radio d'Honolulu était Brown-Eyed Girl par Van Morrison, l'auteur et chanteur des Them. Ce n'était pas un très gros tube, mais il y avait dans ses paroles une touche de poésie gaélique que j'adorais à l'époque, et, dans l'air lui-même, un rythme précipité quasi irlandais. C'était une élégie à la jeunesse perdue qui, pendant des années, m'a fait penser à Glenn. Il y régnait quelque chose de sa beauté fugitive et rieuse. Je me l'imaginais en train de se rappeler Lisa. C'était elle la Brown-Eyed Girl, la filles aux yeux bruns. Je ne savais pas vraiment ce qui s'était passé entre eux, mais je les idolâtrais tous les deux, et j'aimais à croire qu'ils avaient été heureux ensemble un moment "standing in the sunlight laughing / hiding behind a rainbow's wall" - "debout sous le soleil à rire / cachés derrière le mur d'un arc-en-ciel". Ça me ressemble bien, de prêter ces mots à d'autres, de romancer leurs relations. Tout comme il est symptomatique que la perversité de la culture pop ait recyclé Brown-Eyed Girl des décennies plus tard en une musique aseptisée pour ascenseurs et supermarchés, au point que je ne puisse plus la supporter. George W. Bush l'avait dans son iPod quand il était président..."

Extrait 2

"Tous les surfeurs sont des océanographes. Et, partout où les vagues viennent se casser, tous se livrent à des recherches approfondies de l'océan. On n'a pas besoin de leur expliquer que, quand une vague se casse, c'est l'eau elle-même qui se scinde en particules plutôt que la forme vague qui continue d'avancer. Ils s'emploient à établir d'autres relations ésotériques, telles que ce lien entre la marée et l'homogénéité de la vague, entre la direction de la houle et la bathymétrie près du rivage. La science des surfeurs n'est pas une science pure, bien évidemment, mais elle est amplement appliquée. Son propos est de comprendre ce que font les vagues afin de pouvoir les prendre, et, surtout, ce que vraisemblablement elles feront ensuite. Pour un observateur qui attend dans le lineup et cherche à déchiffrer la structure d"une houle, l'énoncé du problème peut véritablement prendre une forme musicale. Ces vagues n'approchent-elles pas sur un tempo de 13/8, à raison de sept séries par heure, et la troisième de chaque série n'oscille-t-elle pas largement selon une sorte de crescendo dissonant? Ou bien: cette houle ne serait-elle pas un solo de jazz de Dieu lui-même, dont l'architecture dépasserait tout entendement?"

Extrait 3

"Lagrouw était mort sur la route. J'étais présent quand on avait prononcé son décès. Annelies, sa petite amie et ingénieur du son, n'arrivait pas à le quitter des yeux. Elle embrassait ses mains, sa poitrine, ses yeux, sa bouche, essuyait de son mouchoir la poussière qui souillait ses dents. Après avoir rédigé et envoyé mon article, je suis allé surfer. Il y avait au Salvador une grande vague appelée La Libertad que la guerre laissait déserte. Je suis resté là-bas une semaine. Surfer était un antidote à l'horreur, si dérisoire fût-il."

Et on écoute quoi? Brown-eyed girl évidemment!

*Les recommandations de Stéphane:

Les jours barbares de William Finnegan

Gaspard, Melchior et Balthazar et Le roi des Aulnes de Michel Tournier

Les fils de Wang Lung (et la suite) de Pearl Buck

Tom Wolfe: un homme, un vrai, Le bucher des vanités, Moi Charlotte Simmons

Le rapport Gabriel de Jean d'Ormesson

Disgrace de JM Coetze

Les échelles du levant d'Amin Maalouf

HHhH de Laurent Binet

Les Hauts de Hurlevent d'Emily Bronté (je sur-valide ce conseil)

Jane Eyre de Charlotte Bronté

L'île de Robert Merle 

L'équilibre du monde de Rohinton Mistry

L'attentat de Yasmina Kadra

L'évangile selon Jésus de José Saramago

Moment d'un couple de Nelly Allard

Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde

Suite française d'Irène Némirovsky (également fortement recommandé par Soeurette)

L'humeur vagabonde d'Antoine Blondin

Tout Hugo

La pierre et le sabre d'Eiji Yoshikawa

Les rois maudits de Druon

Tout Mika Waltari

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15 janvier 2018

# 214 Les échelles du Levant, Amin Maalouf

En une semaine on m'a conseillé deux fois Les échelles du Levant et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu de livre d'Amin Maalouf. Je me souviens avoir découvert très jeune Le rocher de Tanios et Le périple de Baldassare, puis plus tard Origines

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Comme dans mon souvenir, Amin Maalouf est un très bon conteur: certes le récit pourrait gagner en profondeur psychologique et les personnages en nuance, il n'en reste pas moins qu'on est emmené par l'histoire. Dans Les échelles du Levant, à travers le destin d'Ossyane, l'auteur montre l'absurdité de la bascule du Moyen-Orient dans une guerre fratricide qui anéantit cette civilisation. Le chaos historique est aussi le théâtre d'un message plus universel sur l'humanité: au-delà des considérations géo-politiques, les premières victimes sont les êtres humains. C'est aussi du peuple, et pas uniquement des politiques, que peut renaître l'espoir de la réconciliation.

*****

Je profite de ce court post pour vous signaler la possibilité d'acheter vos ebooks sur https://www.librairiesindependantes.com au bénéfice d'un libraire indépendant de votre choix.

C'est particulièrement adapté lorsque vous souhaitez offrir un livre à une personne qui lit sur liseuse (pas de message caché dans cette phrase) et si, comme moi, bien que lecteur numérique, vous aimez déambuler dans les librairies et appréciez les conseils des professionnels et leurs efforts pour mettre en avant des livres méconnus ou détecter des pépites oubliées des critiques médiatiques.

C'est la diversité des métiers de l'édition qui fait la richesse de notre littérature et si la tendance française actuelle reste de défendre le papier contre le numérique, je préfère pour ma part trouver des solutions et accompagner les nouveaux usages. Or le secteur de l'édition est particulièrement à la traine en matière de transformation digitale. D'ailleurs le site n'est pas vraiment intuitif (c'est un euphémisme): il faut d'abord rechercher le livre, sélectionner la librairie puis choisir le format "epub". Il vous faudra ensuite installer deux logiciels et créer un Adobe ID et enfin trouver comment charger (via Calibre pour ma part) le livre numérique sur votre liseuse. Patience et longueur de temps... 

Avec ça on écoute mon "feel-good song" du moment: cette chanson me file instantanément le sourire

08 janvier 2018

# 213 Revue Bouts du monde

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La revue Bouts du monde, disponible chez certains libraires ou sur internet, propose un contenu éclectique autour du voyage. Sous forme de reportages thématiques, les textes, les dessins et les photos réussissent à la fois à nous faire rêver et à nous interroger et nous incitent à voyager autrement, plus sobrement mais plus intensément. Rien qu'à la lecture de Bouts du monde, on s'évade! Un trimestriel de grande qualité plein de poésie et élaboré sur un mode collaboratif: chacun d'entre nous peut envoyer son carnet de voyage.

Quand le libraire de St Malo m'a fait découvrir cette revue, c'est à elle que j’ai pensé en premier.

Huit mois plus tard, à l’heure de son anniversaire, l’idée était toujours là et moi comme chaque année en retard pour son cadeau, alors que j’avais l’idée depuis le mois d’avril, c’est quand même fort.

Elle était en filiale scientifique à Marseille et moi dans des études littéraires à Aix, elle est grande et blonde aux yeux bleus pétillants, je suis petite, brune, l'iris assorti... Et ce fut le coup de foudre à la première rencontre. Depuis nous n'avons jamais vécu proches géographiquement tandis que d'Internet en semaines de vacances, l'amitié a grandi entre nous. La vie nous a parfois brièvement éloignées mais jamais séparées. Quand on se retrouve on a les 16 ans qu’on a jamais vécus ensemble, « ah ces deux-là, mais qu'elles sont bêtes» résume ma mère, sous le regard un peu dépité de Vinvin...

Mille éclats de rire, tu n’es pas espiègle, tu ES l’espièglerie incarnée. 

Son amitié et sa bienveillance inconditionnelles: elle est toujours de mon côté, sans jamais faillir. Ce jour horrible de mai où tu m’as appelée, à ta voix j’ai bondi hors du métro. Les moments difficiles, je les écris ici parce qu’ils sont bien plus que tout notre force. Elle perçoit mes failles, et jamais ne me juge, ni pour mes actes ni pour mes absences. Elle sait à ma voix et à mon regard, à mon silence aussi, tout ce que je tais : et quand enfin je me confie, elle avait déjà deviné, d’une intuition venue d’ailleurs.

Joyeux anniversaire! 

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A tous ceux qui prennent le risque de ne pas rester au sol et au(x) pilote(s) qui nous font traverser les nuages ;-)

 

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13 décembre 2017

# 212 Fief, David Lopez

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Tout a commencé avec une invitation pour la sieste acoustique du 10 décembre, à la maison de la Poésie. Évidemment, j'ai dit oui sans même chercher à savoir ce que c'était, le mot "sieste" étant assez autoporteur, d'autant que je faisais un trail de 24 kilomètres le matin. Bref tout cela m'enthousiasmait (je parle de la sieste à la Maison de la Poésie, pas du trail qui peut sembler une bonne initiative quand tu réserves ton dossard en plein été, nettement moins quand la date approche et qu'il tombe une pluie glaciale et une idée carrément suicidaire quand tu t'aperçois qu'en fait tu vas courir sur une patinoire de boue).

Un petit tour sur le site web m'informe que l'écrivain concerné sera David Lopez et qu'il lira son premier roman, Fief. Jamais entendu parler jusque là alors qu"il a été assez médiatisé. Sur lemonde.fr (ma bible) (je ne sais pas comment j'ai pu zapper cet article), j'apprends que c'est le fruit de son travail en Master de création littéraire - nouvelle découverte là aussi. Oui, la création littéraire ça s'apprend et ça se travaille: les ateliers d'écriture ont renforcé cette conviction. Il existe pourtant encore un mythe de l'écriture qui accoucherait spontanément et sans effort d'un roman. 

David Lopez

Plutôt contente d'être allée chercher tous ces renseignements car à la sortie de la Maison de la Poésie, qui voilà? L'auteur entrain de parler avec un des musiciens. J'y vais, j'y vais pas... Finalement on me pousse à lui demander un selfie "pour ton blog", il accepte, assez surpris : c'est la première fois qu'on lui fait cette demande. Très spontanément on parle de son bouquin que je n'avais pas encore fini - il me demande où j'en suis et j'ose pas lui répondre la vérité: juste après le passage hyper érotique, vous voyez? Et aussi du Master.

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Un groupe d'amis, une ville de banlieue, peu d'éléments précis car l'essentiel est ailleurs: comment s'occupe cette jeunesse désoeuvrée, qui rêve d'ailleurs, justement, sans y croire vraiment? Entre les joints qu'ils fument constamment, la boxe et les parties de cartes, Jonas et les autres trompent l'ennui. 

Ce qui frappe dans ce récit c'est d'abord l'authenticité: parce que l'auteur réussit à écrire de la littérature en langue des cités, rendant le roman très sonore et visuel: en le lisant on vit les scénes, c'est assez bluffant ("La bise à Poto plus accolade sur l'omoplate, Habib accolade épaule, Romain tchek. Miskine accolade sur l'omoplate. Bien les gars ou quoi."). Parce que lorsqu'il parle de boxe, le vocabulaire est technique mais jamais abscons. Parce qu'enfin il arrive à reproduire le temps long, qui s'étire dans des paragraphes brillants: il y a évidemment le passage de la dictée, tellement drôle, les souvenirs d'enfance, le fameux chapitre érotique ou encore celui sur la piscine - mon préféré.

J'ai aussi été séduite par la justesse des personnages, finement nuancés tout en étant universels parfois jusque dans leurs surnoms (Ixe, Untel, Poto). 

Bilan: gros coup de coeur pour ce premier roman et un jeune auteur à suivre.

"Dans l'eau, dès que je ne bouge plus, je coule. Comme dans le ring. Alors que dans la vie je ne vais que là où j'ai pied. La différence, c'et que dans l'eau je sais quels sont les mouvements à effectuer pour ne pas me noyer."

Et avec ça, on écoute Bon Entendeur :-)

Et un peu d'humour dans une vitrine de la Maison de la Poésie:

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03 décembre 2017

De la danse: Polina de Bastien Vivès, Emma et Capucine de Lena Sayaphoum et Jérôme Hamon, Éléphant Paname

Il y a longtemps que je veux vous parler du très beau roman graphique Polina emprunté à la bibliothèque et découvert presque seule grâce à un article du Monde sur un film qui s'en inspirait. Le dessin en noir, gris et blanc de Bastien Vivès donne la légèreté et la poésie qui convient au thème de la danse, tout en ayant un propos qui dépasse cet univers. A travers l'histoire de Polina, il raconte ce moment si particulier où la danseuse russe se heurte au choix intime de rester fidèle à l'ambition de son professeur ou de suivre sa propre voie, rendant son propos assez universel pour nous toucher.

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Je vous signale aussi la jolie BD Emma et Capucine, première réalisation de Lena Sayaphoum. Si j'ai d'abord été attirée par le dessin qui dénote par sa maturité dans l'univers jeunesse, j'ai aussi été séduite par le propos, là encore moins léger que ce qu'on trouve habituellement dans ce rayon: la pression parentale, surmonter ses échecs... Une série qui peut aussi être utile aux parents, en tout cas me concernant j'y ai trouvé une résonance avec les dilemmes que je peux avoir sur la notion d'apprentissage de l'effort. Un bel écho à la série 20, allée de la Danse que je lis toujours assidûment avec Emma.

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L'idée de faire de la danse classique fait son chemin depuis plusieurs mois. Je n'ai franchi le cap, ou plutôt une passerelle - que cet automne. Pour rejoindre les studios de danse d'Éléphant Paname il faut en effet emprunter un pont poétique entre deux bâtiments. Et pas n'importe quel bâtiment: un édifice construit au XIXème siècle par l'ambassadeur de Russie... Il n'y a décidément pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous, mon cher Eluard vous aviez raison. Le projet architectural est très réussi, mettant en valeur à la fois le style baroque historique (pour la petite histoire il a fallu par exemple créer des barres de danse volantes pour préserver la structure du bâtiment) et l'ambition artistique d'aujourd'hui: la restauration du dôme est splendide.

A la fois espace dédié à la danse et centre d'art, né de l'alliance des passions respectives de Fanny et Laurent Fiat, Eléphant Paname propose des expositions temporaires, des conférences, des spectacles et évidemment des cours de danse. J'ai choisi celui de danse classique le week-end, mais il y a pléthore de styles et d'horaires (du yoga au stage de chorégraphie de Beyoncé!). Le modèle économique est simple: ce sont les professeurs qui louent les studios et monnayent leurs cours, on peut donc choisir de le faire accompagné d'un piano par exemple et sélectionner le professeur adapté à ce que l'on recherche. L'autre option possible, c'est de louer soi-même le studio pour un cours particulier, seul(e) ou à plusieurs.

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La danse me ramène à l'écriture: des pleins, des déliés, effacer, réécrire, refaire. La rigueur. L'urgence et la patience aussi. 

La danse et encore le si joli texte de Christophe Ono-Dit-Biot qui se rappelle à moi.

Dans le studio de danse, le regard sur son corps est incontournable. Et le professeur ne cesse de nous le répéter: "Regardez vous! Le miroir! Levez la tête, regardez votre corps! Souriez-vous!" Souriez-vous... Je comprends à cet instant pourquoi je ne commence la danse qu’aujourd’hui. 

A la barre ou en effectuant nos sauts de chat, on n'échappe pas à notre reflet. 

"On s'élève! Plus haut!" (Elle est du genre sévère, presque un cliché, j'adore! « On dirait Martine fait de la danse, il ne te manque que le tutu » m'a dit un ami alors que je lui racontais cette expérimentation).

La pointe des pieds, la nuque, la main, c'est tout le corps qui dessine dans l'air, au rythme du piano, le dessin imparfait de notre poésie intérieure. 

Éléphant Paname, l'histoire: clic!

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Photo prise dans l'ascenseur entre les vestiaires et le studio, un peu d'auto-dérision pour surmonter la timidité, juste avant le premier cours. Finalement j'aime beaucoup la légèreté qu'elle laisse entrevoir.

Et on écoute...

 

Posté par Yaourtlivres à 20:14 - Commentaires [4] - Permalien [#]
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