Rallumer les étoiles

08 juillet 2019

# 266 Paul 1er, le tsar mal-aimé, Henri Troyat

J'étais restée sur ma faim lors de ma lecture d'Une femme aimée. Qu'à cela ne tienne, en investiguant sur une biographie de l'impératrice, de fil en aiguille, j'arrive sur le podcast passionnant d'un entretien d’Henri Troyat. Auteur d’origine russe, je n’ai rien lu de lui depuis des années et malheureusement la biographie de Catherine La Grande n'est pas disponible en ebook (en ce moment c'est ce format qui me permet de consacrer le plus de temps à la lecture). Qu'à cela ne tienne (bis), je télécharge Paul 1er, le tsar mal-aimé dont le titre en redondance avec celui d'Andreï Makine me plait et qui, me dis-je, devrait tout de même évoquer sa mère.

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Je ne regrette pas du tout ce choix : Tsar au pouvoir éphémère (5 ans), coincé entre les célèbres règnes de Catherine La Grande et d’Alexandre 1er, cette biographie donne un angle de vue intéressant sur le tournant qui s’opère alors géopolitiquement en Europe entre la Révolution Française, l’émergence d’un Napoléon, la puissance Prusse…

Henri Troyat nous embarque véritablement dans ce récit à la fois historique, politique et personnel et on navigue ainsi avec aisance entre la société russe d’alors, les enjeux territoriaux et la psychologie du personnage – on pourrait même dire psychiatrie tant la santé mentale de l’Empereur est préoccupante...

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24 juin 2019

# 265 Piranhas, Roberto Saviano

J'ai profité de mon séjour dans le sud pour y laisser le bouquin que je venais de terminer et en commencer un autre. Comme je n'avais pas ma liseuse, mon père m'a conseillé Piranhas, ce qui tombait à point puisqu'on venait de parler de politique italienne en famille et que depuis l'entrée au gouvernement de Salvini c'est un sujet qui revient facilement avec Marie.

Je n'avais jamais lu Roberto Saviano, probablement parce que la couverture presse de cette intellectuel italien est suffisamment bonne en France pour que je n'éprouve pas le besoin de lire ses fictions.

De fait j'ai eu tort car en plus d'être bien écrit et entraînant, ce récit d'une bande de gamins motivés par l'un d'entre eux à entrer dans le système mafieux de Naples est d'une lucidité implacable. Mu par un désir de liberté, la trajectoire du jeune Nicolas explique parfaitement le verrouillage qui s'opère dès le début. 

J'y ai aussi trouvé une certaine forme de leçon sociale très actuelle (l'homme est un loup pour l'homme) et aussi étonnamment personnelle quand on se sent parfois assujetti aux pressions extérieures. Cette lecture ravive tout à la fois le sentiment de révolte, la conscience politique et l'envie d'échapper au réel.

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(Zeus, chat stressé)

 

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18 juin 2019

# 264 Une femme aimée, Andréï Makine

Il arrive parfois qu’on me dise « j’ai entendu parler de Russie, j’ai pensé à toi » : je pense que mon attrait pour ce pays étonne tellement il est incongru (rien ne me prédestinait à cet intérêt) et assez marqué : moi-même je suis toujours surprise de l’effet que me fait le simple nom de ce pays-continent. Je n’ai toujours pas percé le mystère de cette passion apparue tardivement, même si je sais que les paradoxes de ce pays résonnent en moi. La Russie se mérite comme me le démontre encore une fois en ce moment la complexité administrative d'une destination qui, à de rares exceptions comme St Petersbourg, ne compte pas sur le tourisme "capitaliste". 

Cette trop longue introduction pour expliquer le message reçu un matin de Marie :

"Trouvé dans la boite à livre, je te l'ai pris" accompagné de la photo du roman.

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Bonne pioche, j'avais beaucoup aimé Makine.

Malheureusement, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans Une femme aimée et je ne l'ai vraiment apprécié qu'à partir de la seconde moitié, ce qui fait long pour un livre de 384 pages.

Un cinéaste tente de raconter à travers son projet de film le destin de la Grande Catherine à deux époques de sa vie, celle de la Russie communiste et la Russie post-soviétique. Le croisement de ces trois périodes historiques est un point de vue intéressant sur l'évolution politique du pays mais cette superposition me laisse un sentiment de frustration et d'incomplétude. L'histoire de la Tsarine est trop dissolue dans le récit du narrateur dont les tribulations personnelles et les allusions psychologiques un peu faciles (il est d'origine allemande) ne m'ont pas captivée.

 

 

 

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03 juin 2019

# 263 Tout ce dont on rêvait, François Roux

Le Bonheur National Brut est probablement un des romans que je recommande le plus alors quand je me suis aperçue que François Roux avait publié en 2017 Tout ce dont on rêvait, je l'ai téléchargé sans hésiter malgré le titre douteux. C'est le genre de roman que je lis de façon addictive, qui me permet de vraiment me vider la tête en étant absorbée dans une fiction facile à lire. De fait Tout ce dont on rêvait offre une lecture fluide, avec une double dimension psychologique et sociale très réussie. L'équilibre fragile du couple, les compromis, les aléas économiques: en quelques chapitres François Roux saisit avec justesse le poids des renoncements et de la pression sociale, une récit crédible par sa subtilité à l'exception de la chute qui m'a semblé baclée et de trop.

tout ce dont on rêvait

Disponible en édition #poche (nouveau tag pour les petits budgets)

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20 mai 2019

# 262 Un acte d'amour, James Meek

"En parlant de Russie, je me suis souvenu que j'avais adoré Un acte d'Amour de James Meek" : facilement influençable dès qu'il s'agit de ce pays (et vous n'avez pas fini d'en entendre parler...), intriguée par ce que peut dévoiler une lecture appréciée, j'ai immédiatement téléchargé ce roman dont je n'avais jamais entendu parler.

un acte d'amour

Il se passe des choses étranges à Jazyk, petite ville sibérienne imaginaire (qui signifie "langage" en russe..) peuplée de personnages encore plus mystérieux: une secte de castrats, de terribles occupants tchèques, un fuyard inquiétant, le cadavre d'un shaman, un mohican cannibale, un albinos et au milieu de tout cela l'insaisissable Anna Petrovna... James Meek crée une atmosphère angoissante à tendance fantastique, renforcée par l'arrivée imminente de l'Armée Rouge et des trains-espoirs qui n'arrivent ni ne partent vraiment. Il parvient à installer un thriller dans un roman typiquement russe, à moins que ce ne soit l'inverse.

En refermant le roman non seulement on est bluffé par la réussite de cet assemblage hétéroclite mais surtout par la note de fin qui précise que chacun de ces éléments, certes pris séparément, sont issus de faits réels.

Rouge

Ce malaise, on peut le retrouver dans certaines salles de l'excellente exposition Rouge au Grand Palais: l'art sous la période communiste depuis les aspirations utopistes de la révolution d'Octobre à la dictature de Staline, c'est plus de 30 ans de création artistique que l'on traverse ainsi, des citations de Maïakovski  aux maximes propagandistes précurseuses (où l'on réalise par exemple que Staline est probablement le premier Chief Happiness Officer!) et aux projets architecturaux démesurés... Résumer cette exposition en quelques lignes est dérisoire tant elle est riche. 

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07 mai 2019

# 261 Raoul Taburin, Sempé

Maintenant qu’elle est assez grande pour voir autre chose que des dessins animés, j’essaie d'aller régulièrement au cinéma avec Emma et lui donner ainsi accès à une culture qui me fait largement défaut, tant la liste des films culte que je n’ai pas vus est impressionnante. Cela vient à la fois du fait qu’il n’y avait pas de cinéma là où nous habitions quand j’étais petite que de mon désintérêt pour la télévision.

Aller au cinéma avec ma fille, c’est un temps partagé précieux qui tient à vrai dire plus au trajet que nous faisons invariablement à pied, à ma disponibilité et à ce rendez-vous dont nous nous réjouissons à l’avance – Emma tient à regarder la bande annonce avant pour s’assurer qu’il n’y aura pas de baleine, une phobie qui perdure - qu’à ce que nous allons réellement voir.

Le Calypso est un cinéma classé art et d’essai aux tarifs vraiment abordables. En contrepartie les films ne restent en général à l’affiche qu’une semaine, aussi quand j’ai vu que la programmation de Raoul Taburin a un secret coïncidait avec mon agenda, je l’ai noté et j’ai aussitôt acheté le roman de Sempé dont il est tiré. De la même façon que sa fascination pour Le Grand Méchant Renard avait fini par avoir raison de mon scepticisme, me voir lire Raoul Taburin en une heure a intrigué Emma, elle l’a à son tour lu et c’était une première je crois que de voir un film tiré d’un roman qu’elle connaissait.

J’adorais Le Petit Nicolas, les dessins de Sempé m'ont toujours rappelé les poèmes de Prévert. J’ai retrouvé dans Raoul Taburin son humour nostalgique et sa capacité à nous toucher même à travers le destin d’un simple mécanicien cycliste dont le drame de sa vie tient à ce terrible secret : il n’a jamais su faire de vélo. Un conte délicat sur le mensonge et l'amitié.

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Quant au film, s'il est bien adapté pour un jeune public, il se contente d'imiter une carte postale et ne parvient pas à recréer l'univers romanesque et rêveur et les nuances de pastel des aquarelles de Sempé.

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06 mai 2019

# 260 Le Grand Méchant Renard, Benjamin Renner

Juste avant de partir en vacances, Emma a insisté pour que je lise Le Grand Méchant Renard: "je t'assure Maman, je l'ai emprunté à la bibliothèque c'est super drôle". Je n'étais pas vraiment motivée mais comme elle est tenace (= elle a emporté le livre dans la valise et l'a relu une énième fois sous mes yeux en répétant à chaque page combien c'était bien) (je ne vois pas de qui elle tient cette persévérance?), j'ai fini par ouvrir cet ouvrage à mi-chemin entre la bande dessinée et le roman graphique. 

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Je l'ai lu d'une traite, c'est effectivement plein d'humour avec un double sens qui en fait une lecture adaptée à tous les âges. Car au-delà des mésaventures du renard alléché par le poulailler, c'est une satire sociale et politique hyper fine. Chaque personnage est un délice: du chien flegmatique à l'organisation syndicaliste des poules en passant par des sujets comme l'esclavage maternel on rit de bon coeur aux gags dont les ressorts comiques reposent autant sur les dialogues ciselés et concis que sur les dessins à la fois minimalistes et très expressifs. Les tribulations de ce renard sont une grande réussite et ont donné lieu à un film qu'il me tarde de voir tant les critiques semblent également élogieuse pour la version animée réalisée par Benjamin Renner et Patrick Imbert (également aux commandes d'Ernest et Célestine).

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25 avril 2019

# 259 Fable de Venise, Corto Maltese, Hugo Pratt

De notre conversation sur Jack London, j'ai appris que le héros d'Hugo Pratt fut inspiré de Martin Eden: et là je dois avouer que je n'ai jamais lu Corto Maltese, même si comme tout le monde, je connais la silhouette du célèbre marin. Alors, quand j'ai découvert qu'Hugo Pratt vécut dans la Sérénissime,  j'ai décidé de remédier à cette lacune culturelle et j'ai acheté Fable de Venise

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Bien sûr je ne peux pas être objective: lu dans la foulée d'un week-end prolongé dans cette ville incroyable, chaque esquisse me ramenait à nos déambulations dans les rues si calmes et poétiques dès lors que l'on s'eloigne du Rialto et du Palais des Doges, à notre fascination pour l'architecture extraordinaire (oui, Venise se vit en superlatif), chaque ombre au souvenir de la place Saint Marc la nuit tellement différente du jour qu'en y arrivant fortuitement tard un soir et le spritz aidant, je ne l'ai pas reconnue immédiatement!

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Bref j'ai aimé Venise, inspirante et propice aux rêves et je trouve qu'Hugo Pratt lui rend hommage par ses dessins qui tiennent plus souvent de l'oeuvre d'art que de la bande dessinée et par son récit dont l'empreinte fantastique sied si bien à cette ville.

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18 avril 2019

# 258 Ecoutez si on allume les étoiles, Vladimir Maïakovski

Dans une conversation, soudain, Stenka Razine surgit des profondeurs d’un poème de Maïakovski qui influença Noir Désir : cet enchaînement improbable ne pouvait pas me laisser indifférente et en découvrant la couverture désuète du recueil, l’écho du titre m’a faite sourire.  Un bon présage.

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Au fil des pages je découvre les écrits de Maïakovski, révolutionnaire, amoureux, d’une intelligence perçante et dont certains poèmes sont aujourd’hui encore d’actualité, chose surprenante pour un écrivain aussi engagé dans son époque (lisez Les enréunionnés ou encore un de mes préférés En bons rapports avec les chevaux)…

A la fois sombre et éclatant, Maïakovski étonne à chaque page : à travers ses mots on devine une pudeur et une fragilité qui contraste avec son intransigeance.

Quand apparaissent les poèmes « en escalier » les similitudes avec Apollinaire ne font plus de doute: outre la mise en forme du poème ils partagent un attrait pour le  réalisme, eux qui vécurent des périodes d'instabilité déterminantes (première guerre mondiale pour l'un, révolution russe pour l'autre) ainsi qu'un esthétisme des mots et de leur musicalité - je vous invite à lire certains poèmes à haute voix pour mieux apprécier cette dimension.

Une personnalité troublante, la Russie, son intérêt pour ce poète : tout me pousse à approfondir ma connaissance de Maïakovski. 

A écouter:

Robert Littell sur France Culture au sujet du roman qu'il a consacré à Valdimir Maïakovski 

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02 avril 2019

# 257 Cléopâtre, un rêve de puissance, Maurice Sartre

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Si ma fille n'avait pas depuis plusieurs années les yeux qui brillent à l'évocation de l'Egypte, je n'aurais probablement pas lu l'article élogieux du Monde sur l'essai de Maurice Sartre, Cléopâtre, un rêve de puissance. La promesse féministe et la période historique fascinante (j'ai fait du latin jusqu'en Terminale juste pour la mythologie et l'histoire des empereurs romains complètement barrés) m'ont décidée à le mettre dans ma liste de livres à lire.

On ne va pas se mentir, la mise en route de cette lecture est un peu exigeante: il faut se familiariser avec une carte du Moyen-Orient aux noms oubliés, une monnaie qui n'a aucune valeur pour nous, des dates "à rebours" et surtout l'arborescence des Ptolémée et des Cléopâtre... A ce sujet, je vous conseille de commencer par lire les appendices explicitant très bien les problèmes d'homonymie et de datation. 

Pour ma part je me suis référée à cette carte-là pour me repérer dans l'espace:

Carte Rome

Une fois ces difficultés franchies, l'éclairage de Maurice Sartre est passionnant. Face au manque de documentation - une vraie surprise quand on sait la popularité dans l'imaginaire collectif de ce personnage historique - il nous propose un portrait sans concession mais bien loin de l'image misogyne de la femme qui ne réussit que grâce à sa beauté fatale. Cléopâtre fût certes la maîtresse de César et de Marc-Antoine, cependant il est bien difficile d'estimer ce qui fût du ressort des sentiments et du calcul politique à une époque où l'on se mariait entre frères et soeurs. Et si elle était présente avec sa flotte au côté de son époux, ce ne fût probablement pas par jalousie mais pour tenir son rang, au même titre que ses alter-ego masculins à qui personne n'aurait songé à trouver à redire d'être parmi leur troupe dans les batailles décisives.

Les préjugés se défont ainsi au fil des pages nous donnant à travers ce règne les clés de compréhension de la fin de l'époque hellénistique et de la naissance de l'empire romain dans une région qui n'a finalement jamais cessé d'être le théatre d'enjeux géopolitiques majeurs.

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