Rallumer les étoiles

18 avril 2019

# 258 Ecoutez si on allume les étoiles, Vladimir Maïakovski

Dans une conversation, soudain, Stenka Razine surgit des profondeurs d’un poème de Maïakovski qui influença Noir Désir : cet enchaînement improbable ne pouvait pas me laisser indifférente et en découvrant la couverture désuète du recueil, l’écho du titre m’a faite sourire.  Un bon présage.

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Au fil des pages je découvre les écrits de Maïakovski, révolutionnaire, amoureux, d’une intelligence perçante et dont certains poèmes sont aujourd’hui encore d’actualité, chose surprenante pour un écrivain aussi engagé dans son époque (lisez Les enréunionnés ou encore un de mes préférés En bons rapports avec les chevaux)…

A la fois sombre et éclatant, Maïakovski étonne à chaque page : à travers ses mots on devine une pudeur et une fragilité qui contraste avec son intransigeance.

Quand apparaissent les poèmes « en escalier » les similitudes avec Apollinaire ne font plus de doute: outre la mise en forme du poème ils partagent un attrait pour le  réalisme, eux qui vécurent des périodes d'instabilité déterminantes (première guerre mondiale pour l'un, révolution russe pour l'autre) ainsi qu'un esthétisme des mots et de leur musicalité - je vous invite à lire certains poèmes à haute voix pour mieux apprécier cette dimension.

Une personnalité troublante, la Russie, son intérêt pour ce poète : tout me pousse à approfondir ma connaissance de Maïakovski. 

A écouter:

Robert Littell sur France Culture au sujet du roman qu'il a consacré à Valdimir Maïakovski 

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02 avril 2019

# 257 Cléopâtre, un rêve de puissance, Maurice Sartre

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Si ma fille n'avait pas depuis plusieurs années les yeux qui brillent à l'évocation de l'Egypte, je n'aurais probablement pas lu l'article élogieux du Monde sur l'essai de Maurice Sartre, Cléopâtre, un rêve de puissance. La promesse féministe et la période historique fascinante (j'ai fait du latin jusqu'en Terminale juste pour la mythologie et l'histoire des empereurs romains complètement barrés) m'ont décidée à le mettre dans ma liste de livres à lire.

On ne va pas se mentir, la mise en route de cette lecture est un peu exigeante: il faut se familiariser avec une carte du Moyen-Orient aux noms oubliés, une monnaie qui n'a aucune valeur pour nous, des dates "à rebours" et surtout l'arborescence des Ptolémée et des Cléopâtre... A ce sujet, je vous conseille de commencer par lire les appendices explicitant très bien les problèmes d'homonymie et de datation. 

Pour ma part je me suis référée à cette carte-là pour me repérer dans l'espace:

Carte Rome

Une fois ces difficultés franchies, l'éclairage de Maurice Sartre est passionnant. Face au manque de documentation - une vraie surprise quand on sait la popularité dans l'imaginaire collectif de ce personnage historique - il nous propose un portrait sans concession mais bien loin de l'image misogyne de la femme qui ne réussit que grâce à sa beauté fatale. Cléopâtre fût certes la maîtresse de César et de Marc-Antoine, cependant il est bien difficile d'estimer ce qui fût du ressort des sentiments et du calcul politique à une époque où l'on se mariait entre frères et soeurs. Et si elle était présente avec sa flotte au côté de son époux, ce ne fût probablement pas par jalousie mais pour tenir son rang, au même titre que ses alter-ego masculins à qui personne n'aurait songé à trouver à redire d'être parmi leur troupe dans les batailles décisives.

Les préjugés se défont ainsi au fil des pages nous donnant à travers ce règne les clés de compréhension de la fin de l'époque hellénistique et de la naissance de l'empire romain dans une région qui n'a finalement jamais cessé d'être le théatre d'enjeux géopolitiques majeurs.

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17 mars 2019

# 256 Martin Eden, Jack London

"Je lis Martin Eden de Jack London. Quel livre merveilleux. Je suis sûr que tu le connais, l'histoire de ce garçon qui pour séduire une femme trop belle, trop cultivée, trop érudite, et d'un milieu social trop éloigné du sien se met à dévorer les livres pour être à la hauteur."

Difficile de ne pas céder à un tel enthousiasme, d'autant que de Jack London je ne connaissais que Croc-Blanc et L'appel de la forêt. Je l'ai immédiatement téléchargé et je l'ai lu en quelques jours malgré la densité des 400 pages.

Ce récit inclassable mêle histoire d'amour, chroniques sociales, processus d'écriture ou encore une mise en lumière du monde d'édition qui n'a pas beaucoup changé. Le style, les procédés narratifs (les personnages secondaires de son milieu semblent "compléter" Martin Eden: l'authenticité de Lizzie, l'addiction de Joe, le talent méconnu de Brissenden) et enfin le parfum autobiographique en font un livre effectivement merveilleux.

C'est un texte toujours d'actualité sur l'amour - écouter son intuition ou céder à la pression sociale - et sur la culture. Tout en défendant ardemment la certitude qu'il faut s'élever par le savoir, il dénonce avec autant de ferveur la vanité de la bourgeoisie qui a la chance d'y avoir accès et devrait le porter à son plus haut niveau.

Un essai sur l'imposture en somme,  en amour comme en culture!

Martin Eden

Pour découvrir Jack London:

Un reportage Arte: https://www.arte.tv/fr/videos/064438-000-A/jack-london-une-aventure-americaine/

Une série sur France culture: https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/jack-london

🎧

Elle est d'ailleurs

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10 mars 2019

# 255 Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu

Un petit mot rapide pour vous dire que j'ai lu le prix Goncourt sur l'avis enthousiaste de ma soeur (mais acheté comme le veut la tradition familiale par mon père) et j'ai passé un super moment.

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Je suis entrée immédiatement dans ce véritable roman réaliste qui se rapproche de la littérature que j'apprécie depuis longtemps, celle qui nous immerge dans un microcosme social, à la façon d'un Balzac ou d'un Zola. 

Les années 90 dans une petite ville de l'est : Leurs enfants après eux est une plongée dans l'adolescence d'une poignée de jeunes issus des classes moyennes ou populaires provinciales. Entre Fief et Le Bonheur National Brut, ce récit parlera particulièrement à ma génération, celle qui a grandit sans Internet ni portable mais avec la télévision, les préservatifs et le chômage.

Et puis il y a ce sentiment qui nous saisit soudain, cette vie trop étroite pour eux et dont il est difficile cependant de s'extraire tant le déterminisme social pèse sur leur communauté. 

 

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19 février 2019

# 254 De l’Angleterre et des Anglais, Graham Swift

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Dans la sélection littéraire du Monde de début janvier, le nom de Graham Swift m’a immédiatement attirée. Le genre littéraire et le thème ont fait le reste: ça faisait longtemps que je n’avais pas lu de nouvelles et en ces temps de Brexit où l’Angleterre n’est vue que par ce prisme protectionniste et nationaliste (ça me rappelle un peu la Russie sans arrêt assimilée à Poutine), retrouver un peu du charme anglais et l’écriture si particulière de Graham Swift était séduisant.

Il faut dire que pour moi ce pays ce sont les quatre premières années de ma vie professionnelle, la liberté financière, de très belles rencontres… Côté littérature anglaise je n'ai pas une grande culture mais les soeurs Brontë, Oscar Wilde ou Agatha Christie ont dans mes souvenirs une subtilité et un humour que j'ai retrouvés au quotidien et qui donne ce je-ne-sais-quoi british indéfinissable et très reconnaissable.

25 nouvelles, certes de qualité inégales, où l'on retrouve avec plaisir l'écriture si élégante d'un dimanche des mères.

 

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03 février 2019

# 253 Vernon Subutex, Virginie Despentes

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Tout le monde connaît Virginie Despentes. Moi je l'ai découverte avec Baise-moi pendant mes études, j'avais tout simplement détesté, je n'en garde que le souvenir de beaucoup de vulgarités pour pas grand chose. J'ai réitéré avec Apocalypse bébé, et là encore je l'avais terminé avec peine. Je dois dire que les interventions médiatisées de l'auteur n'aident pas : je la classe dans la même catégorie que Houellebecq (dont on dit quand même qu'il fait exprès d'écrire de façon inintéressante pour que cette écriture soit le reflet de sa vision désabusée du monde => l'arnaque quoi).

Alors pourquoi le choix de Vernon Subutex? Eh bien Stéphanie, à bout de patience de me le conseiller sans parvenir à me le faire lire, me l'a offert. 

"Ca n'avait jamais été un groupe qui l'intéressait. Mais l'amitié fait ça: on apprend à jouer sur le terrain de jeux des autres." (in Vernon Subutex , p.21)

Verdict: lu d'une traite, le récit est rythmé, les personnages bien que caricaturaux sont trés bien saisis, au point où, malgré leur nombre, on ne se perd jamais. Les liens entre chacun d'eux sont amenés avec beaucoup de subtilité tout en suivant la déchéance de Vernon Subutex qui vient de perdre l'unique source de ses revenus avec le décès de son pseudo-ami Alex, un rockeur célèbre.

J'ajouterai aussi que pour moi l'énigme fonctionne: j'ai vraiment envie de savoir ce que contient l'enregistrement des confidences de la star sur lequel tout le monde cherche à mettre la main!

Il y a forcément un "mais" à cette critique : le roman est quand même un peu trop dark pour moi dans ce monde parisien très Zarcaïen à mille lieux du mien, les hétéros, hommes comme femmes, sont pathétiques et seules les lesbiennes s'en tirent à bon compte. Du Virginie Despentes tout craché. Mais comment ne pas se dire que ce féminisme exarcerbé et violent, qui n'est pas le mien, n'est pas légitime, voir nécessaire, dans un combat encore loin d'être gagné, pour les femmes comme pour les homosexuels? Alors si un anti-héros du nom de Vernon Subutex peut amener sa part de prise de conscience, pourquoi pas!

Sur le thème du féminisme, j'en profite pour vous conseiller la pièce de théatre Et pendant ce temps Simone veille, une comédie pas si légère qu'elle n'y parait sur l'évolution de la condition féminine en France (avec le rappel qui tue: l'homosexualité était considérée comme une maladie en France et par l'OMS jusqu'en 1992!).

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27 janvier 2019

# 252 Au premier regard, Margriet de Moor

Hop hop, je rattrape mon retard!

La phrase d'accroche de la critique du Monde a été efficace : "La pâtisserie, dit-on, apaise l’âme. Peser, mélanger, pétrir, faire lever, enfourner… Et si ces simples gestes étaient les antidotes les plus efficaces aux douleurs enfouies ?". Parce que cette "femme, en proie à l’insomnie" qui "prépare des gâteaux jusqu’au lever du jour" m'a immédiatement rappelé quelqu'un, j'ai téléchargé Au premier regard sans hésiter.

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C'est un livre court et d'une fluidité inversement proportionnelle à sa complexité psychologique.

Depuis que son mari s'est suicidé sans laisser d'explication après quelques mois de mariage, elle se contente d'amants passagers sans jamais pouvoir s'endormir à leurs côtés. Alors, elle se lève et cuisine: la matière réinvestit le temps et l'espace.

Avec une grande subtilité ce texte dit tout des distorsions révélées lors des ruptures amoureuses, des sentiments de trahison et d'abandon refoulés derrière un corps-rempart. Peu à peu, entre les lignes, à l'image des non-dits qui hantent la narratrice, le stoïcisme de façade se fissure, préfigurant une hypothétique renaissance: retrouver la confiance en soi nécessaire pour s'autoriser un attachement sentimental. Margriet de Moor suggère plus qu'elle ne décrit et parvient ainsi à créer une atmosphère de tension et de fragilité absolument remarquable.

🎧

#instatcat #instabook: le making off 🙈

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15 janvier 2019

# 251 Le Discours, Fabrice Caro

 

14 janvier 2019

 *

Embourbée dans Le Lambeau de Philippe Lançon, j'avais besoin de lire en parallèle quelque chose de léger et de court: la recommandation d'Olivia de Lamberterie au Masque et la Plume est tombée à pic.

Lors d'un repas de famille, le beau-frère d'Adrien lui demande de préparer un discours pour le mariage de sa soeur... Refuser semble encore plus insurmontable que l'exercice lui-même. Il faut dire que sa confiance en lui est largement minée par sa rupture récente qui accapare ses pensées. 

Fabrice Caro réussit à nous faire rire - surtout de nous-même - en racontant avec acuité les comportements irrationnels de l'amoureux délaissé (ah l'analyse sémantique des SMS...) et les petits rites familiaux. Ce huis clos se prêterait aisément à une mise en scène tant le récit emprunte au genre théâtral.

Une jolie découverte, un livre que je conseille à tous ceux qui cherchent une lecture facile mais pas mièvre. A toi qui traverses les affres de la séparation en pensant que jamais au grand jamais tu ne t'en remettras, lis-le aussi. Ça ne le/la fera pas revenir, mais un peu d'autodérision et d'orgueil bien placé sont souvent salvateurs.

 * Tentative de photo 2 en 1 #instacat #instabook: Zeus 1 - Armelle 0

 

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13 janvier 2019

# 250 Le Lambeau, Philippe Lançon

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Professionnels et amateurs, nul ne tarit d'éloges: Le Lambeau a ému la France entière. Le Goncourt fut sévèrement tancé de ne pas lui avoir décerné son prix annuel - petit buzz sans méchanceté, d'autant que le livre de Philippe Lançon n'avait pas besoin de la distinction pour être médiatisé.

"Magistral!", "Splendide!", "Puissant", "Un récit intense":  l'histoire du journaliste rescapé de l'attentat du Charlie Hebdo fait l'unanimité.

Je dois donc être la seule personne que ce livre a laissé de marbre. Je vous assure que ça fait bizarre face à un tel consensus: bien sûr j'ai cherché des critiques négatives ou au moins un petit bémol, le truc qui te fait te sentir un peu normale. 

Personne d'autre n'a donc eu le tournis à force d'allers-retours entre la chambre, le couloir et le bloc opératoire (à un moment je ne savais même plus en quelle année on était, s'il s'était passé une semaine ou un an dans son chapitre même si je me doutais bien que la logique narrative voulait que l'action se déroule entre les deux attentats français de 2015); personne n'a ressenti un ennui colossal à l'évocation des journées qui s'écoulent au rythme des rendez-vous médicaux et des visites d'amis, d'ex, de futures ex, ni de nausées en visualisant les pansements baveux et autres joyeusetés médicales. Là où tout le monde a semblé voir un formidable récit de reconstruction de soi, moi je tournais les pages dans l'attente: ça va venir, ça va venir... L'émotion n'est jamais venue et j'ai bousillé le bouquin de ma soeur à le traîner pendant trois semaines dans mon sac. 

Le moment était sûrement mal choisi pour le lire: après la biographie d'Apollinaire et dans une période professionnelle prenante, un choix plus léger aurait été judicieux...

Pour ne pas rester sur une note négative et sur le même sujet, je vous recommande la pièce de théatre Lettres à Nour (ou plutôt sa version écrite en attendant de nouvelles dates) : elle était jouée par Cantona et c'est ce qui m'a poussé à prendre des places après l'avoir découvert sous un tout autre jour dans un documentaire lié à Gaëtan Roussel (lui-même très proche de sa femme Rachida Brakni avec qui il a créé le groupe éphémère Lady Sir). 

Non seulement le texte est très beau mais en plus Cantona joue merveilleusement bien, dans une mise en scène pourtant simplifiée au maximum (une table et des lettres), me rassurant sur ma capacité à m'émouvoir.

A écouter: Cantona dans Boomerang

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06 janvier 2019

# 249 Guillaume Apollinaire, Laurence Campa

Une trop longue absence : la vie connaît parfois des accélérations qui me bloquent un peu pour écrire ici. Un manque de confidentialité - je devrais réussir à sécuriser cet endroit un de ces jours, et de temps - je serai sûrement plus brève et moins inspirée mais toujours l'envie de vous conseiller quelques livres lus ces dernières semaines. Et puis dans 18 mois cela fera dix ans que je tiens ce blog, alors je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin.

 

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La biographie d'Apollinaire par Laurence Campa, cela faisait cinq ans qu'elle transitait entre ma table de nuit et ma bibliothèque. Il faut dire que je l'ai achetée en édition papier et que ce volume de plus de huit cents pages pèse un kilo et cent quatre-vingts grammes (oui oui je l'ai RÉELLEMENT pesé pour les besoins narratifs). Et je lis la plupart du temps allongée, autant dire que sa lecture se rapproche plus d'une séance de musculation.

La sortie au printemps dernier du nouvel album de Feu! Chatterton, d'inspiration très apollinienne m'a remotivée, même si j'ai mis plusieurs mois pour la lire. C'est un livre dense et érudit et probablement un des essais les plus brillants que j'ai lus, du même acabit que Pourquoi la musique?

Laurence Campa retrace la vie de Guillaume Apollinaire dans ses détails les plus intimes qui en s'assemblant nous permettent de lire entre les lignes des écrits du poète. Guillaume Apollinaire avait une capacité à enchanter le réel par l'écriture, éternel rêveur, y compris de sa propre vie, ses poèmes lui ressemblent et me touchent toujours autant. Ils m'accompagnent dans les moments de tristesse tout comme dans les instants de bonheur car Apollinaire ne sait à nul autre pareil mettre des mots sur ces fulgurances de la vie. On comprend après cette lecture pourquoi la fragilité de l'instant et une mélancolie heureuse irradient ses textes.

Mais ce n'est pas tout: d'une curiosité insatiable, précurseur et à l'écoute de ses intuitions Apollinaire est aussi l'inventeur du terme "surréalisme". En réalité si cet essai est aussi passionnant, c'est que Laurence Campa nous embarque dans la fabuleuse histoire de l'art du début du vingtième siècle, quand la concurrence de la photographie encourage une disruption dans la création artistique*. Picasso, Delaunay, Laurencin, Rouveyre, Dufy et tant d'autres: ils sont le Paris d'Apolllinaire, quand les cubistes font scandale aux Salons des Indépendants et que la presse écrite est l'unique moyen de diffusion d'information. On comprend alors le cheminement jusqu'aux Calligrammes d'Apollinaire.

Mais encore: voilà que la Première Guerre mondiale fait irruption. Et toujours cette façon de rêver sa vie par l'écriture qui caractérise Apollinaire: voici Lou, puis Madeleine, et aussi l'horreur des tranchées qui donnent naissance à des textes lumineux.

Mais enfin: cette grippe espagnole, encore aujourd'hui expédiée en deux lignes dans les livres d'histoire et à laquelle le poète succombe, quelques heures avant l'armistice.

Je ne parviens pas à sélectionner les extraits à mettre ici: j'ai corné une bonne dizaine de pages mais tout me semble à présent réducteur.

Pour aller plus loin:

A écouter:

- Feu! Chatterton, sur Deezer ou sur Spotify et en concert en ce moment un peu partout en France (vivement le 24/01!).

- Apollinaire chanté par Leo Ferré

- Le concert fiction Apollinaire, Poèmes de la paix et de la guerre où je suis allée avec Marie juste après avoir terminé cette biographie. J'ai autant aimé le moment suspendu dans une poésie incroyable à la Maison de la Radio que l'idée qu'elle ait acheté ces billets juste parce que la mention d'Apollinaire lui fait immédiatement penser à moi.

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A voir:

- L'exposition sur Le cubisme au Centre Pompidou : particulièrement bien construite, pour les adultes comme pour les enfants (Emma a adoré), des oeuvres de Picasso, de Delaunay et de Braque que j'adore et quelques écrits d'Apollinaire, justement, notamment sur le Salon des Indépendants. Allez-y avant qu'elle ne se termine et une petite astuce: à midi il n'y avait vraiment pas grand monde. Faites aussi un saut à la librairie de Beaubourg qui donne envie de tout acheter.

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A lire:

Apollinaire évidemment. J'ai la chance d'avoir ses Oeuvres Poétiques de La Pléiade, mais vous pouvez trouver en poche Poèmes à Lou, Alcools ou encore le recueil Calligrammes accessibles pour les plus jeunes. 

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* Voilà un bel exemple d'innovation disruptive! :D

 

 

 

 

 

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