Comme la plupart des bouquins "contemporains" que je lis, j'ai acheté "d'autres vies que la mienne" grâce aux critiques littéraires, entendues ou lues.

[Petit aparté:

Chaque mois c'est un peu l'oscar du livre...

Question de place et de budget, je ne peux pas acheter TOUS les livres que je voudrais et la lutte est souvent serrée. Après "Lire" auquel je suis abonnée, j'achète souvent "le magazine des livres". Et puis je soumets ma shortlist à une recherche sur internet pour trouver les 3 finalistes! Tiens avec ce blog je pourrai désormais faire un podium...

Pour les évincés, je les mets dans ma liste future, et j'attends qu'on me les prête/ qu'ils sortent en poche/ de les trouver à la bibliothèque.]

Je me suis donc lancée avec un a-priori favorable à Emmanuel Carrère, tant il a été encensé par la critique!

Le titre m'a vraiment frappée par sa jutesse, il est d'ailleurs rare que j'y accorde une telle importance, mais là je dois dire qu'il est particulièrement bien choisi. Quelle influence ont nos rencontres dans la construction de notre propre vie? Les évènements dramatiques sont aussi source de rencontres et de rapprochements heureux.

J'ai dit à Hélène: tu sais il s'est passé quelque chose. Il y a encore quelques mois, si j'avais appris que j'avais un cancer, que j'allais bientôt mourir, et que je m'étais posé la même question que Juliette, est ce que ma vie a été réussie? je n'aurais pas pu répondre comme elle. J'aurais dit que non, ma vie n'a pas été réussie. J'aurais dit que j'avais réussi des choses, eu deux fils qui sont beaux et vivants, écrit trois ou quatre livres où a pris forme ce que j'étais. J'ai fait ce que j'ai pu, avec mes moyens et mes entraves, je me suis battu pour le faire, c'est un bilan qui n'est pas nul. Mais l'essentiel, qui est l'amour, m'aura manqué. J'ai été aimé, oui, mais je n'ai pas su aimer - ou pas pu, c'est pareil. Personne n'a pu se reposer en confiance dans mon amour et je ne me reposerai, à la fin, dans l'amour de personne. C'est ce que j'aurais dit à l'annonce de ma mort, avant la vague. Et puis, après la vague, je t'ai choisie, nous nous sommes choisis et ce n'est plus pareil. Tu es là près de moi, et si je devais mourir demain je pourrais dire comme Juliette que ma vie a été réussie.

Non seulement c'est un très bon bouquin, mais en plus il résonne en nous pendant des semaines. Beaucoup de pudeur aussi dans ce roman qui aborde les thèmes les plus durs de la vie. Difficile émotionnellement, ce n'est pas un livre moraliste, mais au contraire j'ai ressenti une sorte d'invite à l'indulgence envers soi-même, pour découvrir ce qui nous est vraiment précieux. Cette lecture pousse vraiment à l'introspection, mais de manière positive et non pas narcissique.

Enfin, Emmanuel Carrère m'a paru très sympathique et simple au salon du livre 2010 où il a lu en public le dernier chapitre de son roman et participé à un débat avec Paul Auster et un autre auteur espagnol dont le nom m'échappe aujourd'hui.

Les autres livres de Carrère sont désormais dans ma liste à lire!