le_coeur_r_gulier

Sarah, la quarantaine, a une vie réglée comme un métronome, une vie parfaite, trop parfaite? A la mort de son frère, elle remet tout en cause et part au Japon pour tenter de comprendre ce frère dont elle a été si proche.

 

C'est un roman très agréable à lire (en deux soirs pour ma part), on se laisse rapidement prendre par le flot du récit. Olivier Adam est un excellent conteur et un très bon écrivain qui manie avec une apparente facilité les figures de style, les descriptions imagées et un vocabulaire assez dense, sans pour autant alourdir sa prose. On ressent par exemple très bien la routine de Sarah à travers des énumération entre lesquelles il oublie parfois les virgules, procédé qu'il utilise avec tact pour qu'il ne soit jamais lassant: "Pourtant, chaque matin, à la question rituelle d'Alain, mon mari si parfait déjà coiffé douché rasé chemisé "tu as bien dormi ma chérie?", j'ai toujours répondu oui et souvent menti."

 

 Certes, les personnages sont un peu caricaturaux - le mari cadre sup', la chef bimbo aux faux seins, le frère révolutionnaire- mais c'est tout de même un livre qui nous renvoie à nous-mêmes, à nos choix (ou nos non-choix) de vie, à notre rapport à la nature, à l'importance d'écouter son cœur, toutes ces choses qui semblent si banales dites ainsi, mais qui au fond méritent qu'on ne les oublie pas. Il est bon parfois de se rappeler que nous sommes chacun acteur et maître de notre propre vie et que rien n'est irréversible, sauf le temps qui passe et la vie qui peut s'arrêter si vite.

 

 J'ai vu le jour se lever sur les collines, les falaises s'allumer, la mer s'extraire du ciel puis bleuir. Quand je suis sortie de l'eau ma peau était fripée et je ne sentais plus mon corps. Dans le couloir, vêtue de mon peignoir, j'ai croisé Hiromi, elle errait dans son pyjama de petite fille, elle n'arrivait pas à dormir, c'était à cause de l'homme qui s'était jeté des falaises, est-ce que j'étais au courant? Dans ses yeux vibrait une lumière bizarre, une pointe d'excitation, de fascination et de tristesse mêlées. D'une voix tremblante elle m'a appris qu'il s'agissait d'un habitant de la station, un père de famille tout ce qu'il y avait de plus ordinaire et rangé en apparence, les journées au travail et les soirées à boire entre collègues, les week-ends en famille et les vacances à la montagne une fois par an.
- Mais il avait un secret. Comme tout le monde il avait un secret.
Elle m'a quittée sans m'en dire plus, à mes pieds une minuscule flaque d'eau s'était formée et brunissait le parquet. Je suis rentrée dans ma chambre et je n'en suis pas ressortie depuis. Il me semble que je pourrais m'y cacher une vie entière. Rien ni personne ne viendrait plus m'y chercher. Rien ni personne ne pourrait plus m'y blesser.