quand_j__tais_normal

C'est d'abord une description sans concession de la classe moyenne de gauche des années 1970. Le cadre de départ est une simple ville de province, des parents protecteurs, un fiston intelligent mais avec un parcours scolaire chaotique, un succès mitigé auprès des filles et des copains plus que des amis. Une famille et une adolescence normales, en somme.

En une demi-phrase (je vous laisse le plaisir de la découvrir) l'auteur nous bascule soudainement 30 ans plus tard, en 2003. Basculer n'est pas le terme approprié, au contraire, tant la transition, brutale sur le plan chronologique, se fait avec une fluidité surprenante dans le récit.

On se prend alors en pleine tête l'explosion des idéaux d'alors sur la réalité d'aujourd'hui. Ces petits vieux qui veulent changer la donne, la nouvelle génération, peut être trop gâtée? qui se mobilise si peu pour dire non aux inégalités et aux injustices.

La force de ce roman est aussi ailleurs, dans le très énigmatique personnage de Didier dont le chemin croise à nouveau celui de Gilbert, un peu comme un reflet de ce qu'il aurait pu devenir si son milieu d'origine n'avait pas été celui d'une classe plutôt favorisée.

Au delà du très bon roman qu'il est, Quand j'étais normal m'a aussi dérangée dans ma petite vie tranquille, alors peut-être que moi aussi ce samedi j'irai au pied de l'immeuble de Gilbert, dire que non, tout n'est pas inscrit d'avance. ;-)

Un point négatif tout de même : une fin un peu décevante. Dommage.

- «  Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire.

- C’est exactement ce que tu as dit. Didier aussi fait partie des gens qui essaient de changer la donne, si tu veux savoir. Il a monté une association de réinsertion, par exemple, à Saint-Denis. C’est un beau travail. Il m’aide. Pour être franc, avec ma phlébite, sans lui, je ne sais pas ce que je ferais. Il m’emmène là-bas, il me ramène. Toujours disponible. En plus il connait le terrain. Je ne veux pas te faire la leçon, tu as sûrement une vie passionnante. Mais enfin excuse-moi. On t’a donné une enfance de rêve, quand tu étais petit. On t’a protégé de tout. On a peut-être eu tort. Tu n’as pas la moindre idée de ce par quoi les gens normaux passent dans cette société.

- Je ne vois pas Leroux comme quelqu’un de normal, Papa

- Et pourquoi ça ?

- C’est un fou, tu n’as pas la moindre idée de ce qu’il est.

- Fou ? La vie, ça rend fou n’importe qui, tu sais, des fois. Surtout les gens normaux. »

A cela, je ne trouvai rien à répondre.