"D'elle je ne savais rien" pourrais-je dire en paraphrasant le préambule du dernier livre de Cécilia Dutter. Il est des auteurs pour lesquels on a un coup de coeur, sans bien savoir expliquer pourquoi. Comme ce n'est pas la dernière fois que l'on va parler d'elle sur ce blog, je vous raconterai plus tard par quel hasard je suis tombée sur son précédent livre.

Toujours est-il que jeudi dernier, en ouvrant ma boite mail, que vois-je? Un message de Cécilia Dutter qui m'écrit après avoir vu ma fameuse liste des 15! Très sympathique mail où elle m'informe qu'elle vient de publier un autre roman: "Etty Hillesum, une voix dans la nuit". Bien sûr, j'ai acheté le livre l'après midi même.

etty_hillesum

Au delà de l'écriture fluide, recherchée mais jamais pesante, la construction de cette biographie est particulièrement intéressante par son subtile mélange de psychologie et d'Histoire. On y croise Primo Levy, Reiner Maria Rilke, et beaucoup d'éléments sur l'histoire des Pays-Bas (que personnellement j'ignorais, et je dois même avouer que j'avais totalement oublié qu'Anne Franck habitait effectivement Amsterdam!!!).

Voilà un livre qui traite d'un destin d'une jeune fille juive sans pour autant en faire une héroïne (eh non, elle ne va pas sauver des petits enfants de la déportation et des chambres à gaz) ni une victime (ce qui marque tout au long du livre, c'est le caractère bien trempé d'Etty qui revendique sa liberté d'être, quelque soit les données "extérieures" imposées). Car Etty, c'est d'abord une personne à la recherche d'elle même, comme peut l'être une jeune femme entre 20 et 30 ans, qui entreprend donc une psychothérapie, et s'y soumet d'autant plus volontiers que le psychothérapeute ne la laisse pas indifférente. Et en même temps que cela arrivent presque en collision la seconde guerre mondiale et sa condition de juive.

C'est un roman riche de sens que je vous incite à découvrir.

L'existence d'Etty a rencontré l'Histoire. Son cours en a été accéléré.

1941, l'Axe du mal gronde, se déploie, contamine l'Europe. Juive: suprême anathème. En Hollande, comme presque partout ailleurs, cette identité est une condamnation. Ancienne terre d'accueil de la population juive, les Pays-Bas deviennent terre de haine et de rejet.

L'urgence dans laquelle la guerre plonge la jeune femme imprime une intensité inédite à son quotidien. Chaque jour  qui passe est un jour gagné sur l'adversité. Car pour elle, subsister est trop peu. Ce serait accepter de réduire l'existence, céder le pas aux puissances de l'ombre. Son acte de résistance? Célébrer la vie, vaille que vaille, jusqu'au bout. Jamsi personne ne peut faire ployer l'âme humaine si elle est forte. Celle d'Etty est grande, belle et claire. Elle oppose au mal un mur intérieur infranchissable.

 

Cécilia Dutter est par ailleurs critique à la Revue Littéraire publiée aux Editions Léo Scheer.