Lorsque Miss Yaourt m’a proposé d’écrire quelque chose pour son blog, je n’ai pas su dire “non”. Tout de suite après j’ai regretté :les fiches de lecture et autres devoirs de français ont été mes bêtes noires durant toute ma scolarité. J’aime lire mais durant ces 5 dernières années 90% de mes lectures sont des livres conseillés par l’auteure de ce blog. Ahem c’était pas gagné, mon affaire commençait mal. Puis mes yeux se sont posés sur le livre en cours : « les mangeurs d’étoiles » de Romain Gary. Un signe du destin ? Je me suis donc dépêchée de le terminer, ce qui ne m’a pas demandé un grand effort tant il est facile à lire, pour venir vous le raconter…

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« Les Mangeurs d’Etoiles »… Gary a ce don extraordinaire de trouver des titres qui a eux seuls valent le coup de lire le livre ! (cf. Les Racines Du Ciel, un prix Goncourt autrement plus intéressant et impliqué que celui de cette année mais ne relançons pas la polémique….). Les mangeurs d’étoiles sont ces indiens d’Amérique Latine qui pour oublier leurs désastreuses conditions de vie mâchent continuellement des feuilles de drogue. Issu de ce peuple, Almayo, personnage ignorant et simplet, a accédé au pouvoir en recopiant ce qu’il voit du monde : plus l’homme est mauvais plus il est puissant ! L’histoire de ce dictateur, relatée pendant la journée de révolution en cours, est un conte philosophique sur la nature de l’homme, une réflexion sur la foi (au sens large), un regard critique sur le comportement des Etats Unis dans cette partie du monde... Dit comme cela, ces 440 pages pourraient être dures à lire… Oui mais voilà, c’est Gary qui écrit et exploitant pleinement les ressources du roman, il raconte cette histoire a travers les points de vue les plus loufoques : une fiancée américaine idéaliste, un révérend téléstar, des saltimbanques en guise d’invités diplomatiques…Tout ce petit monde se retrouve pris en otage, pendant qu’Alamayo joue ses dernières cartes. C’est donc un portrait teinté d’humour subtil qu’il nous offre.. mais souvent on rit jaune tant ce roman écrit en 1966 semble actuel….

« Un jour qu’elle était assise auprès d’Alamayo à un diner chez le président Carriedo alors en fonctions, après avoir gardé une sorte de silence consterné pendant tout le repas, elle s’était soudain tourné vers lui au dessert pour lui demander de faire quelque chose afin de protéger les chiens du pays qui mourraient de faim et qui erraient dans les rues et les jardins en meutes craintives, frénétiques et affolées. Alamayo la remercia de lui signaler ça, lui-même ni faisait plus attention, et il lui promit de faire exterminer dès le lendemain tous les chiens, ce qui eut un effet effrayant sur la vielle morue dont la tete s’était mise à trembler tellement qu’il crut qu’elle allait se devisser et tomber de ses épaules. Ses yeux s’agrandirent, son visage prit une expression terrifiée et elle s’exclama : « mon Dieu, ce n’était pas du tout ce que je voulais dire. ». Après quoi elle posa sa cuiller et n’ouvrit plus la bouche, alors qu’Alamayo avait voulu simplement lui faire plaisir »