" - Croyez qui vous voulez. J'ai eu un fils, un jour, dans ma vie."

Croyez qui vous voulez: c'est cette sensation qu'il me reste à l'issue de la lecture du court roman de Gilles Leroy. Est-ce l'envers du décor de la vie de celle qui fût l'épouse de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald, ou bien les élucubrations d'une femme sombrant dans la folie?

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L'auteur se base sur des faits réels mais revendique le qualificatif de fiction pour ce journal imaginaire qui entremèle deux périodes de la vie de Zelda,  épouse de l'auteur de Gatsby le Magnifique ou encore Tendre est la nuit. Les repères datés dans la marge deviennent rapidemment superflus, l'état d'esprit de l'héroïne suffit à deviner la période. Je me suis laissée emporter par le personnage de Zelda, petite tornade capricieuse et dévergondée de sa ville d'Alabama où tout lui est permis, puisqu'elle est la fille du Juge. Elle échappe à la vie ennuyante de Montgomery en suivant Fitz à New York, mais elle ne parvient pas à s'épanouir dans l'ombre d'un homme aussi avide de reconnaissance qu'elle-même.

"Mon Corps est un fleuve, mon corps s'appelle Alabama au centre de mon corps est le Delta dans la baie de Mobile mes jambes dessinent une presqu'île nommée Plaisir Elle plonge dans le Golfe du Mexique Un jour je t'y emmènerai Un jour, Joz, je te le jure Un jour nous nous rejoindrons à Pleasure Island pour ne plus nous quitter Jamais plutôt crever disais-je et j'ai tenu promesse Mon corps est un Rio tari Corps de cailloux Corps grand désert Corps du délit."

Alabama Song m'a séduite par le style, la forme et la complexité du personnage. Il fut un Goncourt 2007 critiqué, mais le niveau littéraire n'est pas à remettre en cause. Il me reste tout de même le goût amer de la conclusion: l'intervention du narrateur est de trop, à mon avis.