La claque! Comme beaucoup je suppose, j'avais entendu parler de cet auteur très polémique. J'ai pris un de ses romans au hasard à la bibliothèque. 

American Psycho

Argent, sexe, drogue : voilà l'univers new yorkais dans lequel évolue Patrick Baterman, un jeune trader richissime, dont le culte de l'apparence et le matérialisme confinent à l'obsession maniaque. Psychologiquement instable, notre narrateur? C'est peu dire! La description de son train de vie laisse peu à peu place à celle de sa perversion, avec des passages carrément insoutenables.

American Psycho n'est pas un livre facile à lire, ni par le style (très descriptif), ni par le genre (très violent). Forcément il y a des longueurs - j'avoue avoir lu "en diagonale" les pages relatives à la musique - mais  la façon dont la folie du personnage intervient dans l'histoire et la fluidité du récit malgré les multiples facettes du personnage, ainsi qu'un certain humour font de ce roman un très bon polar.

Critique sociale ou exercice littéraire autour de la folie? Voici un élément de réponse de l'auteur dans un extrait d'interview parue sur Bibliobs lors de la sortie de son roman Suite(s) Impériale(s)

B. E. Ellis.- Vous savez, quand j'étais jeune et très littéraire, je me disais : «Oh, tu es Bret Easton Ellis, ton livre va être publié». J'ai joué le jeu, je voulais paraître plus intelligent que je ne l'étais. Je mettais mon costume avec ma petite cravate, je faisais ma tournée et baratinais: «Oui, c'est un acte d'accusation sans pitié de Wall Street. Oui, c'est un acte d'accusation de Los Angeles.»

Eh bien non. Les livres peuvent très bien être cela, in fine. «American Psycho» est une critique sauvage, aucun doute là-dessus. Je ne peux pas le nier mais, non, «American Psycho», c'était moi. Je suis Patrick Bateman. C'est ce que je craignais de dire, à l'époque. C'est ce que j'avais peur d'admettre, du fait de la controverse qui enveloppait le livre. J'avais le sentiment que la seule façon de protéger le livre était de dire qu'il traitait de la culture yuppie des années 1980, de l'écœurement qu'elle suscitait chez moi, de prétendre qu'«American Psycho» exprimait ma rage... Non, non, et non. «American Psycho» traite de ma solitude, de mon aliénation, peut-être de ma colère face à cette aliénation. Je vivais le même genre de vie que Patrick Bateman. Je portais ces costards, j'allais dans ces clubs et restaurants. Je mangeais cette nourriture. J'étais très malheureux. Je devenais un adulte. Je devenais un homme. J'ai commencé ce livre quand j'avais 23 ans, quand je l'ai fini j'avais 26 ans. Le sujet est devenu Patrick, mais la genèse de ce livre était ma vie et tout ce qu'elle avait d'insatisfaisant.

C'était une vie où les gens me disaient : «Ecoute, si veux être un homme tu as besoin de toutes ces choses. Tu dois fréquenter ces endroits, porter ce costume, avoir cette coupe de cheveux» et tous ces trucs donc je sentais bien que c'était de la merde, du superficiel et de la poudre aux yeux. Ce n'était pas la réalité. Cela ne me rendait pas heureux. J'étais en colère, j'avais des pensées violentes. Ma rage a culminé, c'est de là qu'est venu «American Psycho». Mais encore une fois, je comprends parfaitement qu'on le considère comme un acte d'accusation de la société américaine. Ce qu'il est.

http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20100902.BIB5573/bret-easton-ellis-ce-livre-m-a-sauve.html