Eva poursuit ses lectures dans le cadre du jury du grand prix des lectrices Elle, et voici ce que l'on peut appeler un coup de coeur! Je lui laisse la parole.

Un seconde vie

Suite à un accident de voiture sévère, Sean Blake a une brève expérience extra corporelle qui modifie totalement sa perception de la vie. « J'aurais dû être parti, moi aussi, mais une seconde chance m'avait été offerte. Alors pourquoi ne pouvais-je pas me réjouir plutôt que de rester assis dans le noir à élaborer des autoportraits imaginaires, comme si j'avais eu désespérément besoin de prouver que j'existais encore ? ». Hanté par le visage d'un homme qui lui est apparu dans ces quelques minutes pendant lesquelles il était absent à lui-même, ce père de famille décide de se lancer dans une quête dont l'objectif inavoué est de retrouver sa mère biologique.
 
Le thème central de ce superbe roman est en effet l'adoption. Dès 1990, un grand nombre d'enfants nés dans les années 1940 à 1960 ont tenté, difficilement et souvent en vain, de retrouver ces mères célibataires qui avaient été forcées de les abandonner après leur avoir donné naissance, cachées aux yeux du monde et de l’opprobre dans des couvents irlandais.
 
Il faut avoir l'esprit ouvert pour apprécier Une seconde vie à sa juste valeur. Rien ne s'y passe au hasard, du lieu de l'accident aux souvenirs qui en découlent, et la réalité y frôle souvent le surnaturel. Mais l'écriture est belle et les sentiments si justes. Dermot Bolger n'était pas entièrement satisfait de la première version de ce roman, écrite en 1993, et il faut admirer son courage et sa persévérance. Il admet un échec – à ses yeux tout au moins, compte tenu du succès de ce roman dès sa première sortie – et reprend la plume pour achever une œuvre touchante, rythmée et difficile à oublier.