Difficile de commenter un récit comme celui-ci. J'ai plongé dans ce roman particulier et j'ai adoré. 

image

 

Edité 34 ans après la mort d'Albert Camus, Le premier homme est un manuscrit inachevé retrouvé dans les débris de l'accident de voiture qui couta la vie à son auteur. Emouvant par son caractère autobiographique entier puisque non retouché et par les notes et redondances qui auraient été corrigées, c'est avant tout un grand roman, tout simplement.

D'une écriture ciselée et précise, Albert Camus nous ouvre les portes de son enfance en Algérie et on se retrouve dans cette cuisine au milieu des femmes qui l'ont élevé, on court avec lui vers la mer et on a envie nous aussi d'avoir son instituteur. De la vie de quartier à celle de lycéen, on regrette évidemment de ne pas avoir la suite: la recherche du père qu'il n'a pas connu et qui ouvre ce projet prévu pour être une trilogie ou encore son adolescence à peine évoquée. 

Ensuite c'était la classe. Avec M.Bernard, cette classe était constamment intéressante pour la simple raison qu'il aimait passionnément son métier. Au-dehors, le soleil pouvait hurler sur les murs fauves pendant que la chaleur crépitait dans la salle elle-même pourtant plongée dans l'ombre des stores à grosses rayures jaunes et blanches. La pluie pouvait aussi bien tomber comme elle le fait en Algérie, en cataractes interminables, faisant de la rue un puit sombre et humide, la classe était à peine distraite. Seules les mouches par temps d'orage détournaient parfois l'attention des enfants. Elles étaient capturées et atterrissaient dans les encriers, où elles commençaient une mort hideuse, noyées dans les boues violettes qui emplissaient les petits encriers de porcelaine à tronc conique qu'on fichait dans les trous de la table. Mais la méthode de M. Bernard, qui consistait à ne rien céder sur la conduite et à rendre au contraire vivant et amusant son enseignement, triomphait même des mouches.