Encore une biographie courte, encore un prénom en guise de titre, encore un personnage au destin tragique, et pourtant les similitudes avec le Charlotte de Foenkinos s'arretent là...

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En se penchant sur la vie d'Evariste Galois, mathématicien de génie mort à 20 ans, François-Henri Désérable en fait un personnage romantique, un adolescent poétique et fougueux, imparfait donc attachant. Sous sa plume, Evariste prend réellement corps, et même si l'auteur s'affranchit de son propre aveu de la recherche de vérité, le pari est gagné. De mathématiques, il en est finalement très peu question dans ce roman, l'auteur concédant avec beaucoup d'auto-dérision ne rien y comprendre.
L'autre force du roman est l'aisance et la pédagogie inouïe dont l'auteur fait preuve en faisant entrer dans l'histoire l'Histoire avec un grand H. On est séduit aussi par son humour, son écriture enjoué et rythmée: les effets induits par le changement de ton et de vocabulaire, tantôt soutenu tantôt familier et cru sont notamment bluffants. 
Il faut dire que Désérable est presque lui même un personnage de roman: qui d'autre que lui peut se targuer d'aligner sur son CV: Hockeyeur professionnel, thésard en histoire et écrivain primé dès 25 ans?
Qu'on se le dise, ce n'est pas un complot, mais une affaire de cœur qui fut la cause du duel, une querelle de bibus comme il y en avait tant, comme il y en a toujours (sauf qu'aujourd'hui ce n'est plus à l'aube et sur le pré que l'on règle ses différents: on poste des tweets assassins, on s'insulte sur Facebook, on divulgue des sextapes, bref c'est online que désormais tout se joue).
Nous ne sommes pas online, mademoiselle. Nous sommes dans la clairière, au bord de l'étang; l'eau est morte; comme dans un miroir fendu le ciel s'y contemple; il y voit du rose et du bleu, de l'ocre; il se rengorge de sa beauté. On ne sait pas si Evariste voit tout cela: il n'a pas dormi de la nuit. A quoi peut-il bien penser?