Parmi les cinquante livres commentés dans Une certaine vision du monde d’Alessandro Baricco, il y avait Mémoires sauvés du vent de Richard Brautigan. La grâce du titre est une raison suffisante pour le lire, vous ne trouvez pas ?

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"Je colle mon oreille au passé comme si c'était le mur d'une maison qui n'est plus" : l'auteur semble laisser parler le jeune garçon qu'il a été, comme un dialogue intérieur où l'imagination flirte toujours dangereusement avec la folie. Le caractère autobiographique de cette enfance placée sous le signe de la misère sociale et affective, entre désœuvrement et solitude, est troublant lorsque l'on sait qu’un an après la publication de ce livre qui ne rencontra pas de succès, Richard Brautigan se suicida.

Le ton ingénu et humoristique qui sied à l'âge du narrateur contraste avec la gravité des sujets, donnant au récit le même paradoxe, à la fois léger et profond. D’un propos social (« poussières d’Amérique » comme le scande l’auteur tout au long de son récit) et psychologique, poétique et drôle par son écriture, ce court récit inclassable se lit d’une traite.