Magellan_poche

Dans Une certaine vision du monde, je me souviens avoir souri à la formule adroite sur le style de Stefan Zweig et avoir été interpellée par les deux remarques d’Alessandro Baricco au sujet de son livre Magellan:

-       Qu’est-ce qui pousse un auteur juif à écrire en 1938 sur un sujet aussi éloigné des préoccupations du moment?

-       Séduit par l’ambiguïté de l'entreprise qui ne put se faire qu'au prix de nombreux compromis de Magellan et dont le résultat ne fut finalement pas à la hauteur de ce qui était attendu (découvrir une voie plus rapide vers les Indes), il nous invite à répondre à la question : alors, Magellan, gagnant ou perdant ? Bizarrement, ça m’a renvoyée au poème « Toujours » d’Apollinaire :

Perdre

Mais perdre vraiment

Pour laisser place à la trouvaille

Perdre

La vie pour trouver la Victoire

Tout cela je vous le précise parce que je viens de relire le chapitre qu’Alessandro Baricco lui consacre. En réalité, je n’avais plus cette analyse en tête lorsque je l’ai lu et je me suis laissée embarquer par une épopée hors du commun. L’auteur réussit à retranscrire le contexte économique, géopolitique et historique (l’introduction sur l’histoire de la marine marchande et de l’économie de la gastronomie est passionnante) tout en maintenant un récit dynamique. Rythmée par les péripéties de l’équipage, l’intensité dramatique se double d’une analyse psychologique crédible. Le tout respire un travail minutieux, trahi uniquement par la bienveillance de Stefan Zweig envers son personnage, un attachement et une admiration déjà remarquée dans la biographie de Marie-Antoinette mais plus légitime à mes yeux envers Magellan.

Bien qu'avertie par Baricco, j'ai été étonnée du plaisir pris à la lecture de Magellan, au point que je ne cesse depuis de conseiller ce livre à mon entourage, d'autant qu'il est disponible en version "poche".