J'ai revu Into the wild avec la crainte d'être déçue: lors de sa sortie en 2007 j'étais sortie du cinéma bouleversée. Je crois que j'ai été encore plus touchée cette fois-ci et c'est ce qui m'a poussée à lire le livre du même titre qui en est à l'origine (Voyage au bout de la solitude en français - quelle horrible traduction!).

into the wild

 

Journaliste américain, Jon Krakauer avait écrit un article dans la revue d'aventure Outside sur la tragédie de Christopher McCandless, un jeune homme dont le voyage quasi-initiatique vers un retour à la vie sauvage se termine dramatiquement, avant d'en publier en 1997 la biographie.

J'ai préféré le film au livre - je trouve que Sean Penn retranscrit avec virtuosité la quête de simplicité et la complexité psychologique du personnage, dont la sensibilité est sublimée par la musique absolument magnifique d'Eddie Vedder. Cependant le roman de Jon Krakauer offre un éclairage différent et intéressant par le croisement avec sa propre expérience et celle d'autres explorateurs et cherche surtout à expliquer les motivations du jeune homme.

A lire donc en écoutant la bande originale du film!

NATURE/PURETÉ », écrit-il en majuscules en haut de la page. Oh ! comme on souhaite parfois échapper à l’absurde monotonie de l’éloquence humaine, à toutes ces périodes sublimes, pour se réfugier dans la nature, si muette en apparence, ou dans un long et épuisant labeur sans paroles, dans un sommeil profond, dans une musique véritable, ou encore dans une compréhension humaine rendue silencieuse par l’émotion !


McCandless cocha et mit ce paragraphe entre crochets. Il entoura à l’encre noire « se réfugier dans la nature ».


Juste après : « Et ainsi, il apparut que seule une vie semblable à la vie de ceux qui nous entourent, unie à elle sans un accroc, est la vie véritable, et que le bonheur non partagé n’est pas le bonheur… et c’était cela qui était le plus contrariant…», il a écrit : « Le bonheur n’est vrai que quand il est partagé. »
Il est tentant de considérer cette dernière note comme une preuve de plus que le long et solitaire séjour sabbatique de McCandless l’avait fait évoluer. On peut l’interpréter comme le signe qu’il était prêt à remiser une partie de l’armure dont il entourait son coeur, et qu’en retournant vers la civilisation, il avait l’intention d’abandonner sa vie de vagabond solitaire, de cesser de protéger si fortement son intimité, et de devenir membre de la communauté humaine. Mais nous ne le saurons jamais vraiment, car Le Docteur Jivago fut le dernier livre qu’il ait lu.