J'ai découvert cette auteure un peu par hasard grâce à une critique élogieuse du site Lexpress. Pourtant le titre ne m'avait pas totalement convaincue mais j'ai fait confiance à ceux qui officient également pour le magazine Lire. 

assez de bleu dans le ciel

La vie de Daniel pourrait s'intituler "les rendez-vous ratés" s'il n'y avait eu sa rencontre on ne peut plus fortuite avec sa femme Claudette, une actrice qui se cache du monde. Un anti-rendez-vous en somme.  Mais rattrapé par son passé, Daniel ne trouve pas d'autre issue que le silence et l'engrenage de l'incompréhension s'enclenche.

Le moins que l'on puisse dire c'est que Maggie O'Farrell maîtrise le discours narratif désordonné. A chaque chapitre elle alterne les personnages, les périodes et les lieux et varie les formes de récit (j'ai été particulièrement bluffée par une séquence entièrement construite autour d'un catalogue d'objets d'une vente aux enchères). malgré ces successions de rétrospectives et d'anticipations, elle ne nous perd jamais grâce à des personnages très bien ciselés psychologiquement, jusque dans les rôles secondaires, qui font avancer efficacement l'histoire. La cohérence vient aussi du fil conducteur du thème de la fuite, qu'elle soit explicite ou cachée dans des sujets comme l'anorexie, l'avortement ou encore l'alcoolisme. La maison magique perdue au coeur de l'Irlande, lieu de résilience et de consolation, sera-t-elle suffisamment solide pour surmonter la crise (This must be the place est le titre anglais de ce roman)?

Frôlant parfois le cliché à l'instar de cette scène -réussie- de la symbolique du passé représenté par le vestibule de la chambre, ou de la reproduction du schéma maternel, ce roman est remarquable dans l'analyse qu'il propose du couple:

"Tout ce que vous vouliez lui dire il y a des années, à l'époque où vous n'étiez pas encore séparés, dit-elle, le regard perdu au loin, là où le sel rencontre le ciel. Je crois, ajoute-t-elle, que les mariages se brisent non pas à cause de ce que l'on dit, mais de ce que l'on ne dit pas".

Le seul bémol concerne l'excipit, qui nous laisse libre d'imaginer la conclusion. Le lecteur rêveur est forcément tenté par un dénouement heureux, ce qui m'a laissée dubitative- jusqu'à ce que je j'entende ce matin dans l'émission radiophonique Remède à la mélancolie la citation de Fernando Pessoa: "la littérature est la preuve que la vie ne suffit pas".

A mettre dans votre liste de lecture estivale, en écoutant ceci.