Difficile de passer à côté de l'arrivée en France d'Underground Railroad qui a raflé l'an dernier le prix Pulitzer et le National Book Award: les critiques saluent ici aussi unanimement ce grand roman américain. Le titre m'a immédiatement attirée, je le trouve terriblement "rock", on dirait du Jim Morrison, non?

Underground-railroad

Avant la guerre de sécession dans une plantation de coton de Georgie, Cora, une jeune esclave abandonnée par sa mère qui a réussit à s'échapper, subit la cruauté et la terreur de la famille Randall. Dans cet environnement hostile, Caesar lui tend la main : un révélateur et un inspirateur qui lui fait prendre conscience de l'évidence, il faut fuir. 

C'est l'histoire de l'esclavage portée par la diversité des personnages mis en scène et du réseau clandestin nommé Underground Railroad, que Colson Whitehead matérialise avec une justesse qui puise son originalité dans son imaginaire enfantin. Et l'on suit ainsi Cora de gare en gare, dans des trains tous différents,  poursuivie par un terrifiant chasseur d'esclaves. Chaque État symbolise alors une forme de racisme, de discrimination entre les blancs et les gens de couleur, ou au contraire un havre de paix. Mais une chose est certaine, la liberté et l'égalité ne sont jamais définitivement gagnées donnant ainsi à ce roman une dimension très actuelle. Pour autant, Colson Whitehead évite le piège de la victimisation et nous laisse un message très positif sur la responsabilité de chacun d'être "éclairé" (le livre est un objet essentiel de ce roman) et de lutte contre l'obscurantisme.

L'histoire est haletante - il s'agit d'une vraie épopée avec ses ressorts narratifs, tout en se rapprochant du conte initiatique qui aurait pour voyageur la liberté, avec un message politique assumé (et que je partage, évidemment).

George cisaillait son violon, dont les notes montaient en volutes dans la nuit telles les étincelles jaillies d'un feu. Personne ne s'approcha pour l'entrainer dans cette joyeuse folie.

La musique cessa. Le cercle se brisa. Il arrive parfois qu'une esclave se perde dans un bref tourbillon libérateur. Sous l'emprise d'une rêverie soudaine au milieu des sillons, ou en démêlant les énigmes d'un rêve matinal. Au milieu d'une chanson dans la chaleur d'un dimanche soir. Et puis ça revient, inévitablement: le cri du régisseur, la cloche qui sonne la reprise du travail, l'ombre du maître, lui rappelant qu'elle n'est humaine que pour un instant fugace dans l'éternité de sa servitude.