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Tout a commencé avec une invitation pour la sieste acoustique du 10 décembre, à la maison de la Poésie. Évidemment, j'ai dit oui sans même chercher à savoir ce que c'était, le mot "sieste" étant assez autoporteur, d'autant que je faisais un trail de 24 kilomètres le matin. Bref tout cela m'enthousiasmait (je parle de la sieste à la Maison de la Poésie, pas du trail qui peut sembler une bonne initiative quand tu réserves ton dossard en plein été, nettement moins quand la date approche et qu'il tombe une pluie glaciale et une idée carrément suicidaire quand tu t'aperçois qu'en fait tu vas courir sur une patinoire de boue).

Un petit tour sur le site web m'informe que l'écrivain concerné sera David Lopez et qu'il lira son premier roman, Fief. Jamais entendu parler jusque là alors qu"il a été assez médiatisé. Sur lemonde.fr (ma bible) (je ne sais pas comment j'ai pu zapper cet article), j'apprends que c'est le fruit de son travail en Master de création littéraire - nouvelle découverte là aussi. Oui, la création littéraire ça s'apprend et ça se travaille: les ateliers d'écriture ont renforcé cette conviction. Il existe pourtant encore un mythe de l'écriture qui accoucherait spontanément et sans effort d'un roman. 

David Lopez

Plutôt contente d'être allée chercher tous ces renseignements car à la sortie de la Maison de la Poésie, qui voilà? L'auteur entrain de parler avec un des musiciens. J'y vais, j'y vais pas... Finalement on me pousse à lui demander un selfie "pour ton blog", il accepte, assez surpris : c'est la première fois qu'on lui fait cette demande. Très spontanément on parle de son bouquin que je n'avais pas encore fini - il me demande où j'en suis et j'ose pas lui répondre la vérité: juste après le passage hyper érotique, vous voyez? Et aussi du Master.

Fief

Un groupe d'amis, une ville de banlieue, peu d'éléments précis car l'essentiel est ailleurs: comment s'occupe cette jeunesse désoeuvrée, qui rêve d'ailleurs, justement, sans y croire vraiment? Entre les joints qu'ils fument constamment, la boxe et les parties de cartes, Jonas et les autres trompent l'ennui. 

Ce qui frappe dans ce récit c'est d'abord l'authenticité: parce que l'auteur réussit à écrire de la littérature en langue des cités, rendant le roman très sonore et visuel: en le lisant on vit les scénes, c'est assez bluffant ("La bise à Poto plus accolade sur l'omoplate, Habib accolade épaule, Romain tchek. Miskine accolade sur l'omoplate. Bien les gars ou quoi."). Parce que lorsqu'il parle de boxe, le vocabulaire est technique mais jamais abscons. Parce qu'enfin il arrive à reproduire le temps long, qui s'étire dans des paragraphes brillants: il y a évidemment le passage de la dictée, tellement drôle, les souvenirs d'enfance, le fameux chapitre érotique ou encore celui sur la piscine - mon préféré.

J'ai aussi été séduite par la justesse des personnages, finement nuancés tout en étant universels parfois jusque dans leurs surnoms (Ixe, Untel, Poto). 

Bilan: gros coup de coeur pour ce premier roman et un jeune auteur à suivre.

"Dans l'eau, dès que je ne bouge plus, je coule. Comme dans le ring. Alors que dans la vie je ne vais que là où j'ai pied. La différence, c'et que dans l'eau je sais quels sont les mouvements à effectuer pour ne pas me noyer."

Et avec ça, on écoute Bon Entendeur :-)

Et un peu d'humour dans une vitrine de la Maison de la Poésie:

Maison de la poésie 1

Maison de la poésie 2

Maison de la poésie 3