C'est spécial mais je suis sûr que tu vas le lire en 24h! Et il m'a mis Paname Underground dans les mains.

Après Fief, même pas peur, lui ai-je répondu.

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Les premières pages ont été longues à lire. Pas en raison de l'argot dans lequel est rédigé ce roman, au contraire c'est assez intuitif mais parce que j'analysais la construction de chaque nouveau mot* (j'intellectualise peut-être un peu trop). 

Afin d'écrire un guide touristique du Paris décalé (décalqué?), Zarca nous emmène à la rencontre de ses amis, fins connaisseurs des bas-fonds de notre capitale. Il frappe fort avec une première scène où il se tape celle qu'il nomme sa soeur, qui est enceinte, dans un bordel de Pigalle en sniffant de la coke sur ses fesses. Malgré le "je" narratif, cela élude vite la question de réalité ou fiction sur laquelle la plupart des critiques s'enflamment: pour moi cette entrée en matière est une scène de film porno et cadre sans ambiguïté l'univers fictionnel mais réaliste dans lequel on va évoluer. Les journalistes encensent aussi le parler vrai, le vocabulaire racaille (pardon caillera) et le triptyque sexe-drogue-alcool omniprésent.

Je crois pourtant qu'il faut dépasser cette analyse sémantique pour comprendre pourquoi ce roman a un effet captivant. La maîtrise du rythme narratif soutenu par quelques personnages aux caractéristiques psychologiques bien définies est incroyable. Lorsque survient l'élément déclencheur, l'accélération nous bascule dans une ambiance propre aux jeux vidéo. Pour autant la crédibilité du récit est assurée par la connivence que le narrateur établit avec ses lecteurs: il est lui-même conscient, surpris et effrayé de l'univers transgressif dans lequel il se retrouve.

Impossible de trouver les inspirations littéraires de l'auteur : les interviews ne parlent pas de ça. Je ne serais pas étonnée d'y retrouver du Zola car ce roman d'aventure s'inscrit bien dans le mouvement du Naturalisme et peut être des Alexandre Dumas pour le côté intriguant, violent et clanique.

Il y a quand même une réflexion qui me vient à la lecture de Paname Underground: où sont les femmes? Dina fait presque figure de Vierge Sacrée - la comparaison n'est peut être pas très heureuse vu ses activités, mais de fait elle reste une icône tout au long du roman et les personnages féminins brillent par leur absence. 

* A chaque fois qu'il s'agit de verlan, je repense à ce moment mémorable où devant un restaurant français à New-York nous avons tenté de traduire et d'expliquer à nos amis anglophones la mention "qui vole un boeuf nique un keuf" inscrite sur sa devanture et qui nous faisait marrer. 

Extrait:

Je tire la paroi de la douche:

- Hey Dina, stylée ton idée de guide, j'suis en train d'y penser là!

Elle m'envoie un kiss, allume une garot.

Paname Vice City, le guide de l'Underground parisien.

Je pourrais consacrer un chapitre au bois de Boubou, un autre aux bars à putes de Pigalle, un à Bezbar, je pourrais sillonner la place de la Nation avec mon pote Bibo et son équipe de charclos, Azad avec les réfugiés afghans le long du canal Saint-Martin, Seb et les skins du 15e, plonger avec mon pote Komar dans les catas, me rencarder sur la Chinese Connexion de Belleville...

Putin, j'ai vraiment de quoi pondre une pure dinguerie, et me faire des burnes en platine!