Si on nous demandait un souvenir de lecture commun, je suis certaine que Marie répondrait comme moi: "La petite maison dans la prairie!". Pour vous, c'est une série télé, pour nous neuf tomes que nous avons lus plusieurs fois avec toujours la même angoisse: l’indisponibilité des trois derniers volumes la semaine suivante à la bibliothèque municipale où nous ne pouvions emprunter que six livres hebdomadaires à nous deux...

Marie lit au moins autant que moi et alimente efficacement ma liste de livres à lire. Quand elle me prête un livre ou m'envoie un ebook, il y a dans cet échange bien plus qu'un livre, elle sait ce que j'ai besoin de lire à ce moment-là. Peut-être est-ce pour cela qu'elle n'avait pas insisté sur Suite Française d'Irène Nemirovsky: il m'a fallu son deuxième rappel sous forme de commentaire en même temps que la recommandation de Stéphane pour que je m'y plonge.  

SUITE FRANCAISE

Toi qui me lis maintenant, sache que je te jalouse. Parce que tu n'as peut-être pas encore lu Suite française: il te reste donc à découvrir 600 pages d'une clarté inouïe. 

Écrit au coeur de la tourmente, ce roman historique retrace un an d'occupation allemande à partir de juin 1940. Il y a d'abord l'exode de Paris, à travers la fuite de la famille bourgeoise Péricand, du couple Michaud, employés de banque, ou encore de l'écrivain Gabriel Corte. Viennent ensuite l'installation des allemands dans les villages français et la reprise de la vie quotidienne pour les civils restés à l'arrière. Le récit captive dès les premières lignes.

Les descriptions au charme digne d'un François Mauriac et la profondeur psychologique des personnages instaurent une tension dramatique: le décor est posé avec justesse et révèle progressivement les travers les plus sordides de la nature humaine. Tout respire l'authenticité dans ce récit et si le caractère inachevé pose quelques problèmes de lien entre les parties, il en ressort une spontanéité qui fait très vite oublier ce défaut.

Il faut évidemment lire la passionnante préface qui retrace l'histoire incroyable de ce manuscrit finalement édité en 2004, plus d'un demi-siècle après son écriture et qui lui vaudra un prix Renaudot posthume, ainsi que la postface: des notes de l'auteur sur le projet du roman et un assemblage de correspondances entre le mari d'Irène et ses éditeurs.

Je ne peux pas recopier ces deux extraits ici au risque de gâcher votre plaisir mais l'introduction du chapitre 20 sur le chat Albert est un délice tout comme la chute du chapitre 21 de la partie Tempête en juin.