Purée, j'ai un sacré retard à rattraper... Je vais essayer de le combler, quitte à écrire des posts plus courts car j'ai lu plein de bouquins sympas ces derniers temps.

En début d'été j'aime bien préparer une sélection de livres à lire pendant mes vacances, ce qui est devenu très simple avec ma liseuse et sa fonctionnalité de "wish list": les conseils que vous me donnez, les livres que j'ai gardés justement pour les vacances, les auteurs qui m'ont particulièrement marquée et dont j'ai envie de lire les autres écrits. Leïla Slimani en fait clairement partie depuis que j'ai découvert Chanson Douce et que je l'ai entendue en septembre dernier au Forum Fnac Livres* : son érudition et sa façon de parler sont d'une élégance folle.

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Dans le jardin de l'ogre, son premier roman, est percutant: flirtant toujours avec le glauque - comme dans Chanson Douce d'ailleurs - il dépasse le sujet de la nymphomanie (accompagnée d'un zest d'anorexie et d'un soupçon d'alcoolisme) dont souffre son héroïne Adèle. Leila Slimani nous parle de l'addiction et de ces mécanismes psychologiques qui font que l'on maltraite son corps, lui qui devrait être notre allié. Le récit n'a rien d'érotique et peu à peu émerge l'infinie solitude dans laquelle ce comportement enferme Adèle et sa difficulté à être entendue, elle dont le silence est justement un cri retentissant tout au long du roman.

En quelques pages, toute la complexité d'être ce que chacun de nous sommes vraiment, avec nos contradictions et nos imperfections. 

Dans le taxi du retour, Richard est tendu. Adèle sait qu'il est contrarié. Qu'elle est trop soûle et qu'elle s'est donnée en spectacle. Mais Richard ne dit rien. Il penche sa tête en arrière, retire ses lunettes et ferme les yeux.

"Pourquoi tu dis à tout le monde qu'on va s'installer en province? Je ne t'ai jamais dit que j'étais d'accord et toi tu fais comme si c'était acquis, le provoque Adèle.

- Tu n'es pas d'accord?

- Je n'ai pas dit cela non plus.

- Donc, tu ne dis rien. De toute façon, tu ne dis jamais rien, constate-t-il d'une voix calme. Tu ne te prononces pas, alors ne me reproche pas de prendre des décisions. Et sincèrement, je ne sais pas pourquoi tu as besoin de te comporter comme ça. De te soûler, de parler aux gens de haut comme si tu avais tout compris de la vie et qu'on était qu'une bande de mouton imbéciles à tes yeux. Tu sais, tu es tout aussi ordinaire que nous, Adèle. Le jour où tu l'accepteras, tu seras beaucoup plus heureuse."

* C'est un salon qui n'a que deux ans et que je vous conseille: l'endroit est super sympa (La Halle des Blancs-Manteaux) et les auteurs très accessibles, avec un format d'interviews entre eux: https://www.fnac.com/Salon-Fnac-Livres-edition-2018-c-est-reparti/cp34709/w-4

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Christophe Ono-Dit-Biot interviewant Philippe Besson