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Professionnels et amateurs, nul ne tarit d'éloges: Le Lambeau a ému la France entière. Le Goncourt fut sévèrement tancé de ne pas lui avoir décerné son prix annuel - petit buzz sans méchanceté, d'autant que le livre de Philippe Lançon n'avait pas besoin de la distinction pour être médiatisé.

"Magistral!", "Splendide!", "Puissant", "Un récit intense":  l'histoire du journaliste rescapé de l'attentat du Charlie Hebdo fait l'unanimité.

Je dois donc être la seule personne que ce livre a laissé de marbre. Je vous assure que ça fait bizarre face à un tel consensus: bien sûr j'ai cherché des critiques négatives ou au moins un petit bémol, le truc qui te fait te sentir un peu normale. 

Personne d'autre n'a donc eu le tournis à force d'allers-retours entre la chambre, le couloir et le bloc opératoire (à un moment je ne savais même plus en quelle année on était, s'il s'était passé une semaine ou un an dans son chapitre même si je me doutais bien que la logique narrative voulait que l'action se déroule entre les deux attentats français de 2015); personne n'a ressenti un ennui colossal à l'évocation des journées qui s'écoulent au rythme des rendez-vous médicaux et des visites d'amis, d'ex, de futures ex, ni de nausées en visualisant les pansements baveux et autres joyeusetés médicales. Là où tout le monde a semblé voir un formidable récit de reconstruction de soi, moi je tournais les pages dans l'attente: ça va venir, ça va venir... L'émotion n'est jamais venue et j'ai bousillé le bouquin de ma soeur à le traîner pendant trois semaines dans mon sac. 

Le moment était sûrement mal choisi pour le lire: après la biographie d'Apollinaire et dans une période professionnelle prenante, un choix plus léger aurait été judicieux...

Pour ne pas rester sur une note négative et sur le même sujet, je vous recommande la pièce de théatre Lettres à Nour (ou plutôt sa version écrite en attendant de nouvelles dates) : elle était jouée par Cantona et c'est ce qui m'a poussé à prendre des places après l'avoir découvert sous un tout autre jour dans un documentaire lié à Gaëtan Roussel (lui-même très proche de sa femme Rachida Brakni avec qui il a créé le groupe éphémère Lady Sir). 

Non seulement le texte est très beau mais en plus Cantona joue merveilleusement bien, dans une mise en scène pourtant simplifiée au maximum (une table et des lettres), me rassurant sur ma capacité à m'émouvoir.

A écouter: Cantona dans Boomerang