Maintenant qu’elle est assez grande pour voir autre chose que des dessins animés, j’essaie d'aller régulièrement au cinéma avec Emma et lui donner ainsi accès à une culture qui me fait largement défaut, tant la liste des films culte que je n’ai pas vus est impressionnante. Cela vient à la fois du fait qu’il n’y avait pas de cinéma là où nous habitions quand j’étais petite que de mon désintérêt pour la télévision.

Aller au cinéma avec ma fille, c’est un temps partagé précieux qui tient à vrai dire plus au trajet que nous faisons invariablement à pied, à ma disponibilité et à ce rendez-vous dont nous nous réjouissons à l’avance – Emma tient à regarder la bande annonce avant pour s’assurer qu’il n’y aura pas de baleine, une phobie qui perdure - qu’à ce que nous allons réellement voir.

Le Calypso est un cinéma classé art et d’essai aux tarifs vraiment abordables. En contrepartie les films ne restent en général à l’affiche qu’une semaine, aussi quand j’ai vu que la programmation de Raoul Taburin a un secret coïncidait avec mon agenda, je l’ai noté et j’ai aussitôt acheté le roman de Sempé dont il est tiré. De la même façon que sa fascination pour Le Grand Méchant Renard avait fini par avoir raison de mon scepticisme, me voir lire Raoul Taburin en une heure a intrigué Emma, elle l’a à son tour lu et c’était une première je crois que de voir un film tiré d’un roman qu’elle connaissait.

J’adorais Le Petit Nicolas, les dessins de Sempé m'ont toujours rappelé les poèmes de Prévert. J’ai retrouvé dans Raoul Taburin son humour nostalgique et sa capacité à nous toucher même à travers le destin d’un simple mécanicien cycliste dont le drame de sa vie tient à ce terrible secret : il n’a jamais su faire de vélo. Un conte délicat sur le mensonge et l'amitié.

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Quant au film, s'il est bien adapté pour un jeune public, il se contente d'imiter une carte postale et ne parvient pas à recréer l'univers romanesque et rêveur et les nuances de pastel des aquarelles de Sempé.