"En parlant de Russie, je me suis souvenu que j'avais adoré Un acte d'Amour de James Meek" : facilement influençable dès qu'il s'agit de ce pays (et vous n'avez pas fini d'en entendre parler...), intriguée par ce que peut dévoiler une lecture appréciée, j'ai immédiatement téléchargé ce roman dont je n'avais jamais entendu parler.

un acte d'amour

Il se passe des choses étranges à Jazyk, petite ville sibérienne imaginaire (qui signifie "langage" en russe..) peuplée de personnages encore plus mystérieux: une secte de castrats, de terribles occupants tchèques, un fuyard inquiétant, le cadavre d'un shaman, un mohican cannibale, un albinos et au milieu de tout cela l'insaisissable Anna Petrovna... James Meek crée une atmosphère angoissante à tendance fantastique, renforcée par l'arrivée imminente de l'Armée Rouge et des trains-espoirs qui n'arrivent ni ne partent vraiment. Il parvient à installer un thriller dans un roman typiquement russe, à moins que ce ne soit l'inverse.

En refermant le roman non seulement on est bluffé par la réussite de cet assemblage hétéroclite mais surtout par la note de fin qui précise que chacun de ces éléments, certes pris séparément, sont issus de faits réels.

Rouge

Ce malaise, on peut le retrouver dans certaines salles de l'excellente exposition Rouge au Grand Palais: l'art sous la période communiste depuis les aspirations utopistes de la révolution d'Octobre à la dictature de Staline, c'est plus de 30 ans de création artistique que l'on traverse ainsi, des citations de Maïakovski  aux maximes propagandistes précurseuses (où l'on réalise par exemple que Staline est probablement le premier Chief Happiness Officer!) et aux projets architecturaux démesurés... Résumer cette exposition en quelques lignes est dérisoire tant elle est riche.