Parfois je n'ai plus tellement envie d'écrire ici et je prends beaucoup de retard. Le titre du roman dont je vais vous parler pourrait être prémonitoire, mais haut les coeurs, j'attaque bientôt ma dixième année ici et à l'instar d'Alessandro Baricco ce sera un journal de lecture qui couvrira une période importante de ma vie à savoir l'enfance d'Emma. Je me plais à penser qu'elle aimera avoir ces écrits de moi plus tard comme une clé de lecture de sa maman.

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 C'est pas gagné pour la photo...

La Fin d'une liaison de Graham Greene figurait dans le palmarès des 100 romans qui ont le plus enthousiasmé Le Monde et allez savoir pourquoi j'ai choisi celui-ci? Probablement grâce au prénom de l'auteur qui me rappelle celui du Dimanche des mères et la critique dans l'article de la traduction du titre original - The End of the Affair.

C'est un roman dense et psychologiquement très intéressant: après plusieurs années de silence, Bentrix, l'ex-amant de Sarah renoue avec le mari de celle-ci qui, dans un moment d'abattement, lui confie ses doutes sur la fidélité de sa femme. C'est le prétexte dont Bentrix avait besoin pour enquêter sur la raison de leur rupture. Aux procédés narratifs (la voix du journal intime de Sarah, les analepses,...) et à la qualité de l'écriture anglo-saxonne et légèrement désuète comme celle de Mauriac (qui est d'ailleurs presque son contemporain) s'ajoute une dimension psychologique profonde.

J'ai lu ces pages avec presque 70 ans d'écart par rapport à la critique du Monde et au-delà du propos religieux, c'est surtout une réflexion sur la place de l'irrationnel et de l'empathie (la vraie, pas celle dont on nous rebat les oreilles à longueur de séminaires professionnels!) dans la relation amoureuse: la capacité à mettre de côté ses propres peurs, d'écouter l'autre tel qu'il est vraiment et non pas tel qu'on voudrait qu'il soit ou à travers notre prisme personnel ...

C'est pour moi un roman sur l'acceptation des différences de perception et en cela il dépasse le sujet assez bateau de la blessure amoureuse. Mais peut être que cette lecture que j'en fais est influencée par la série Le temps de méditer de Christophe André sur France Inter.

"J'entendis sa voix qui disait:

- Excusez-moi. J'ai pris l'autobus et il y avait des embouteillages.

- Le métro va plus vite, dis-je.

- Je sais, mais je n'avais pas envie d'aller vite.

Elle m'avait souvent décontenancé par sa franchise. Au temps où nous étions amoureux, j'essayais de lui faire dire plus que la vérité: que notre liaison ne finirait jamais et qu'un jour nous nous marierions. Je ne l'aurais pas crue, mais j'aurais aimé entendre ses lèvres prononcer les mots que j'attendais, ne fût-ce que pour me procurer la satisfaction de les réfuter moi-même. Mais elle ne jouait jamais à faire semblant et tout à coup, sans que je m'y attendisse, elle anéantissait ma réserve par une affirmation d'une grande douceur et d'une grande puissance."

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Épuisé par la séance photo... 😻