Nous avons été charmées par l'étang du Patriache au point qu'Emma l'a élu "coup de coeur de Moscou". Si vous y allez, passez-y comme nous juste avant le crépuscule. La lumière sur ce plan d'eau, le reflet de la résidence, la légereté des tilleuls: tout invite au romantisme et à la rêverie.

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S'est ensuite enclenché un processus "armellien" (pardon à l'auteur de cet adjectif pour le plagiat) : j'ai appronfondi le sujet, pour découvrir de fil en aiguille que c'est le lieu de la première scène de l'oeuvre principale de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite. Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur jusqu'alors à part dans la liste des musées littéraires moscovites, n'en déplaise à ceux qui pensent que j'ai une culture hyyyyyyper étendue ;-) et je l'ai téléchargé en Russie (vive la flexibilité des liseuses connectées!).

Résumer ce livre serait vain tant il offre plusieurs niveaux de lecture. Il aura fallu douze ans pour que l'auteur en achève la troisième version, la quatrième étant finalisée par sa femme après sa mort. Ce n'est qu'en 1989 qu'est publiée la version la plus complète, enrichie de notes et manuscrits complémentaires.

Le récit s'en ressent: il est dense et très abouti. Personnellement je suis complètement entrée dans cette histoire extravagante et parfois déroutante, mêlant politique et fantastique. On est hypnotisé au propre comme au figuré par le naturel avec lequel on passe du rêve et de la magie à la vraie vie, avec cette confusion entre les deux que l'on a tous ressentie un jour au petit matin ou après un bref assoupissement. La mise en abîme du roman du Maître sur Ponce Pilate ajoute à la confusion entre réel et imaginaire, portant la réflexion sur la religion et les apparences bien au-delà du contexte soviétique. Je dois aussi dire que la description très fidèle de Moscou a ajouté pour moi comme de la couleur fondue entre littérature et voyage!