"Je regardais cette ville inconnue à travers la vitre du taxi, et je songeai que, dans cette parenthèse dans ma vie que constituait ce voyage en Chine, au coeur même de ce blanc que j'avais ménagé dans mon emploi du temps, j'étais en train d'ouvrir une nouvelle parenthèse, une parenthèse dans la parenthèse en quelque sorte, encore plus secrète, encore plus vertigineuse."

20191015_150220[1]

Si vous lisez La clé USB de Jean-Philippe Toussaint comme un thriller technologique, c'est à dire au premier degré, vous aurez probablement le même avis négatif que A. Mais si vous l'apréhendez en connaissant un peu cet auteur, surtout si vous avez lu le petit bijou qu'est L'Urgence et la Patience, alors vous vous enthousiasmerez peut-être comme moi de la subtilité d'une double lecture, exactement comme le narrateur qui s'intéresse aux backdoors des machines à miner la cryptomonnaie. Et si vous ne comprenez pas cette dernière phrase, il me semble que ce n'est pas très important, tout l'intérêt du récit tient à la symbolique du voyage secret que va effectuer le narrateur après avoir trouvé une clé USB (les multiples sens de ces deux mots du titre annoncent la couleur du texte à tiroir). La transmission de la mémoire, les portes cachées, l'abstraction du temps et de l'espace: si en plus de ces éléments vous (re)lisez ce livre en sachant que le père de l'auteur écrivait des romans policiers, alors vous saisirez mieux la dimension autobiographique de ce récit et sa brillante dernière partie, inattendue.

Quoiqu'il en soit, La clé USB confirme que l'écriture de Jean-Philippe Toussaint suscite chez moi une émotion bien particulière et comme dans ses romans précédents il me semble que je me laisse porter là où il veut m'emmener. Un joli voyage introspectif.

20191015_150256[1]

20191015_141118