Ca faisait un moment que je voulais assister à une représentation de danse contemporaine et j'ai profité du Festival d'Automne pour aller voir White Dog de Latifa Laâbissi, encouragée par la critique du Monde.

Bon.

On ne va pas se mentir, je ne suis pas encore assez perchée pour apprécier ce niveau d'abstraction. Et puis c'est une danse très ancrée dans le sol, un rapport au corps complètement inversé au classique. L'incompréhension totale pour moi qui recherche dans la pratique de ce sport de la légèreté, de l'harmonie et une certaine idée de la poésie par le mouvement. 

Comme je suis du genre à voir le verre à moitié plein - petit clin d'oeil à la citation de Joey Starr - j'avais consciencieusement lu le synopsis (même avec ça ET l'article du Monde j'ai rien compris, c'est dire) et j'avais noté le lien entre le nom du spectacle et le titre du roman de Romain Gary Chien Blanc

Romain Gary: c'est la certitude de passer un bon moment de lecture, avec ce qu'il faut d'élitisme dans l'écriture, de sens de la narration et de grain de folie. Avec lui on a toujours le sentiment étrange de se sentir en quelque sorte un peu privilégié d'avoir lu un roman pourtant accessible à tous. 

En outre il est irrémédiablement lié à deux personnes très importantes dans ma vie: ma soeur qui aime cet auteur bien plus que moi encore et qui a tout lu de lui et Christophe qui avait dans ses mains Les racines du ciel lors de son premier jour de mission pour moi. 

Chien Blanc est un roman à plusieurs niveaux de lecture: il y a l'amour de Gary pour ses animaux. Quand il fait parler son chat, quand il passe des heures auprès de son chien, comment ne pas m'y reconnaître, moi qui viens justement de vivre une nuit d'insomnie à veiller mon chat?

Il y a aussi bien évidemment son propos sur le racisme et le communautarisme. C'est une réflexion toujours d'actualité cinquante ans plus tard : je me souviens d'une personne se situant soi-disant bien à gauche sur l'échiquier politique et me faisant une réflexion dégradante sur la majorité noire dans mon RER, soulevant en moi une incompréhension et une nausée confuse sur ce racisme ordinaire. Le multiculturalisme oui, mais pas trop près de moi quand même. Malaise.

Enfin il y a Romain Gary lui même dont je me sens tellement proche quand je lis ceci: 

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 "Je regarde la solution qui est là, sous mes yeux et dans le ventre de cette Blanche enceinte, le seul avenir possible, cette harmonie des contrastes qui a été depuis toujours la loi la plus profonde de la terre. Hurler, c'est à dire écrire? Dites-moi donc le titre d'une seule oeuvre littéraire, depuis Homère jusqu'à Tolstoï, depuis Shakespeare jusqu'à Soljénitsine, qui ait remédié..."