Les années folles s'éteignent, on fait encore illusion dans le cercle d'Alexandre Brun. La jeune héroïne Ethel qui assiste aux réceptions de son père perçoit confusément les changements autour d'elle: la fin de la grandeur familiale, sa spoliation d'héritage et le basculement politique. A l'âge où les amitiés ont l'intensité des coups de foudre (tous les passages qui décrivent sa relation à son amie Xenia sont d'une justesse inouïe), Le Clézio nous parle avant tout de cette jeune femme attachante à travers laquelle on retrouve sa mère. La Seconde Guerre mondiale signe son entrée brutale dans le monde des adultes.

La fluidité du récit porté par le personnage d'Ethel nous happe dès le début sans être alourdie par la complexité narrative pourtant brillante. A travers le destin d'Ethel, l'auteur nous questionne sur les thèmes qui font sa signature: la faim de vivre, la frustration et l'insatisfaction face à la douce quiétude, le désir de tempête et d'ailleurs, le renoncement aussi... 

La grande subtilité de Le Clézio qui ouvre et ferme ce roman avec des éléments personnels donne à cette lecture, une fois terminée, une portée bien plus profonde qu'il n'y parait. C'est en tous cas ce que j'ai voulu y voir, probablement motivée par une raison qui n'est pas que littéraire et qui a donné au court paragraphe sur le Boléro de Ravel un aspect intime. Cette musique est d'ailleurs un exemple parfait de l'adresse de Le Clézio en fil conducteur entre l'autobiographie et le roman.

Cette coïncidence m'a touchée car du Boléro de Ravel, je ne connaissais presque rien jusqu'à cet été où je suis tombée par hasard à Moscou sur la jolie place Maya Plissetskaïa, une danseuse dont j'ai alors découvert le répertoire. A la fois lascive et violente, son interprétation du Boléro est particulièrement émouvante.

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Vous l'avez compris, je poursuis ma découverte de l'oeuvre de Le Clézio et je vous signale ce podcast que j'aime beaucoup:

https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-oeuvres/j-m-g-le-clezio-14-vie-secrete

"il a fait de ces ailleurs son chez-soi"...