Je pensais n'avoir jamais lu Sorj Chalandon, mais les archives de ce blog m'ont démentie. La lecture d'Une promesse ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable, au contraire de son intervention au salon du livre 2018 où il présentait avec Sébastien Gnaedig l'adaptation en roman graphique de Profession du père.

Il a suffi d'un message de mon amie Stéphanie pour que je file emprunter un autre de ses ouvrages à ma médiathèque:

"Je suis en train de lire un roman super, je l'ai lu en 1 jour et demi, ce qui est un exploit. C'est Mon Traître de Sorj Chalendon et Retour à Killybegs qui reprend le personnage principal du premier livre mais il devient le narrateur, ça se passe en Irlande du Nord, à Belfast, c'est très très chouette."

Comme je l'expliquais dans mon post précédent, le fait d'avoir été absorbé dans une lecture dynamise ma curiosité. Alors si vous l'associez avec la mention d'un ailleurs, c'est gagné. 

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Immergé dans le conflit irlandais qui opposa l'IRA au gouvernement britannique des années 60 à 2007, le narrateur, un luthier français, nous révèle dans Mon Traître le quotidien des combattants et creuse l'aspect intime au travers de sa singulière amitié avec quelques activistes.

Les aller-retours et l'attachement de l'artisan parisien à l'Irlande est difficilement saisissable, c'est le seul défaut du récit qui se lit effectivement d'une traite. J'ai converti ce manque de profondeur du personnage en pudeur dès que j'ai découvert l'inspiration autobiographique : en transposant sa profession en reporter de guerre, tout devient limpide!

J'ai découvert la réalité de ce conflit alors que je vivais en Angleterre à l'occasion de quelques jours de vacances en 2002 avec une personne originaire de Londonderry. De l'IRA je ne connaissais alors que les analyses politiques de mes cours de Sciences-Po.

L'atmosphère humide, la violence ordinaire, l'installation dans la durée d'une révolution largement banalisée et marginalisée :  il faut avoir traversé Belfast, bu une bière dans un de ses pubs, sillonné les routes de villages catholiques en territoires britanniques, avoir passé quelques jours dans une famille nord-irlandaise, à cette époque où la guerre s'éteignait tout en étant encore bien présente pour saisir à quel point ce texte n'est pas une fiction.

Si ce roman est celui de la sidération, il me tarde de lire son pendant : Retour à Killybegs raconte la même histoire du point de vue opposé, mais aussi avec quelques années de recul de la part de l'auteur.