En ce moment je lis plus lentement. La faute aux Guides du Routard, au nouveau tome des cahiers d'Esther, aux magazines et aussi un peu à Duolingo. Ça tombe bien, Médée et ses enfants est un roman qui se lit sans précipitation, à l'image de la vie en Crimée qui s'écoule au rythme des saisons.

Chaque été la maison de Médée s'anime avec les visites des neveux et nièces qui s'installent pour quelques jours, seuls ou en famille. La maison devient la croisée des générations et Ludmila Oulitskaïa fait de ce lieu l'élément central d'une saga familiale qu'elle fait défiler au gré des personnages qui s'y croisent. La narration suit des chemins de traverse parcourant la Russie et son histoire mouvementée, remonte les branches de l'arbre généalogique et donne à ses protagonistes (et plus particulièrement les femmes) une profondeur rarement lue ailleurs.

A l'image de son prénom -"celle qui médite" - Médée, témoin discret des méandres de sa lignée, nous invite à la contemplation et au temps long. A travers son écriture très poétique l'auteur dessine les liens intimes d'une famille unie par leur histoire commune au-delà des trajectoires personnelles.

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Je précise que mon attrait pour la Russie est intact, que bien sûr la situation géopolitique actuelle m'éloigne de ce rêve fou de la sillonner un jour en passant par les lieux de mes lectures (ce que j'avais déjà commencé en 2016 en suivant jusqu'aux Iles Solovki les traces du Météorologue d'Olivier Rolin) et que jamais je ne confondrai l'âme russe avec son dirigeant taré. 

Pour faire connaissance avec Ludmila Oulitskaïa que j'avais écouté au Salon du livre de Paris en et désormais réfugiée en Europe, je vous recommande le court reportage sur ArteTV qui lui est dédié: https://www.arte.tv/fr/videos/108915-001-A/ludmila-oulitskaia-une-ecrivaine-russe-en-exil/