Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Rallumer les étoiles

Publicité
4 août 2026

# 511 Tout ce que j'aimais, Siri Hustvedt, Trad. Christine Le Bœuf

Je n'avais jamais entendu parler de Siri Hustvedt avant la sortie de son dernier ouvrage. Les articles dithyrambiques à son sujet et la mention de sa relation avec Paul Auster ont aiguisé ma curiosité. De fil en aiguille, je suis tombée sur un commentaire concis d'une personne soulignant la forte impression que lui avait fait la lecture de son roman Tout ce que j'aimais. Cela a suffit pour que je l'emprunte à la bibliothèque. Il date de 2003 et préfigure selon moi tout ce qui a ensuite été analysé dans son œuvre, à savoir le lien entre le corps et l'esprit, entre neuroscience et psychologie, Siri Hustvedt ayant poussé si loin ses réflexions et investigations qu'elle est depuis 2010 invitée en tant que conférencière dans des congrès médicaux.

Le narrateur, un professeur d'art, se lie d'amitié avec un artiste new-yorkais : c'est le point de départ d'une histoire dont le fil directeur reste leurs trajectoires de vie professionnelles et personnelles. Si l'amitié, l'amour et les liens familiaux, de sang ou de cœur occupent une grande partie du récit, l'autrice propose également une réflexion sur l'art et sa marchandisation (qui m'a rappelée l'essai récemment lu sur Les figures d'autorité). Elle nous offre également des échappées éclairées sur les travaux de Charcot concernant les hystériques. Cela pourrait paraître hors sujet alors qu'en fait dans la narration tout prend sens tant le sujet du fonctionnement de l'âme humaine imprègne son écriture.

La complexité, la subtilité et la grande sensibilité de Tout ce que j'aimais en font une lecture résolument marquante pour moi. Dense, exigeant et introspectif il nécessite cependant de la disponibilité intellectuelle et un certain espace mental.

 

Publicité
25 juin 2026

# 510 Les prénoms, Florence Knapp

Juste avant mes vacances, j'ai lu Les Prénoms mis en avant sur le présentoir principal de ma médiathèque, un premier roman de Florence Knapp, best-seller au Royaume-Uni. Honnêtement je ne sais pas si je suis hermétique à ce type de littérature ou si c'est la couverture médiatique qui a engendré l'engouement plus que la qualité intrinsèque de l'ouvrage, en tous cas je me suis rapidement copieusement ennuyée.

Au moment de déclarer son enfant une mère hésite entre trois prénoms : Gordon, pour perpétuer la tradition paternelle ultra conformiste et qu'elle déteste; Julian, le prénom qu'elle affectionne ou Bear, proposé par sa fille et manifestement extravagant. 

L'idée de départ est intéressante:  trois trajectoires de vie se dessinent en fonction du choix, pas uniquement par l'impact d'un prénom sur une personnalité mais aussi et surtout le reflet de l'émancipation de la mère du joug patriarcal.

Malheureusement les chapitres entrelacés de chaque destin ralentissent le rythme et surtout les personnages sont trop stéréotypés et manquent de profondeur. Cette absence de nuance se reflète également dans la narration rendant chaque histoire prévisible et improbable.

 

17 juin 2026

# 508 Victor Hugo vient de Mourir, Judith Perrigon

Je suis tombée par hasard sur ce roman mis en avant à ma médiathèque, j'aime bien les éditions de L'iconoclaste, Le nom de l'auteur me disait vaguement quelque chose - et pour cause c'est elle qui a assisté Gisèle Pelicot dans l'écriture de son livre et j'ai toujours trouvé passionnant l'histoire du 19ème siècle. 

Je dois dire que je suis passée à côté de ce roman: en poussant jusqu'à l'obsession le souci du fait réel et du détail, Judith Perrignon n'a pas réussi à m'embarquer dans ce récit. Pourtant tous les éléments sont bien présents pour en faire un grand roman: l'enjeu politique autour des funérailles nationales d'une icone populaire.

Une lecture à réserver à ceux qui prennent plaisir à éplucher des archives de la préfecture de Police.

2 juin 2026

# 509 L'application des peines, Didier Castino

Encore un emprunt impulsif à ma médiathèque (oui, le fait de m'y être inscrite à un impact positif sur mon rythme et ma diversité de lecture): L'application des peines faisait partie de la sélection du prix Piaf de ma librairie et j'ai profité de sa disponibilité pour enfin le lire. 

Didier Castino prend le point de vue narratif d'un multirécidiviste sur le point de sortir de prison après sa cinquième incarcération et donne une profondeur admirable à son personnage, tout en ambiguïté. A l'issue de ce récit Edouard Bonnefoy nous est familier et ce réalisme est accentué par le traitement tout en nuance du déterminisme social, de l'engrenage, des conditions carcérales et de la réinsertion. La sortie de prison apparait comme un impensé des politiques pénales et pénitentiaires.

Intervenant en prison, Didier Castino parvient à prendre de la distance avec son activité tout en gardant sa sensibilité et ce subtil dosage entre expérience et maîtrise fictionnelle fait selon moi toute la réussite de ce roman.

4 mai 2026

# 504 Ma grande, # 505 Marche blanche, Claire Castillon

Je me suis enfin inscrite à la médiathèque de ma plus si nouvelle ville de résidence. Aller à la bibliothèque municipale est une habitude familiale, je me souviens très bien de ce rituel du mercredi ou du samedi, la possibilité de repartir avec six livres en se concertant sur nos choix avec ma sœur, notamment avant les vacances. J'aime ce délai imposé et le choix à la fois contraint par la disponibilité mais libéré de la question du prix. Cela me rend plus curieuse, je me laisse tenter avec beaucoup de spontanéité par un titre, une couverture, un résumé, une mise en avant sur le présentoir... Mais en même temps je vais aussi me diriger vers des lectures "faciles".

Claire Castillon, c'est vraiment la valeur sûre pour se laisser embarquer par un récit vif et captivant: ses textes décortiquent à partir d'un évènement dramatique les mécanismes psychologiques des relations humaines, souvent au sein de la famille. Une seule voix et la toile qui se tisse autour d'un personnage, gagnant à chaque chapitre en intensité et en nuance.

Avec Ma grande, le narrateur décrit l'escalade qui le pousse au meurtre de sa femme; dans Marche blanche, on entre dans la tête de la mère après la disparition non élucidée d'une petite fille.

A chaque fois, ce point de vue unique nous donne à nous lecteurs un rôle de juge d'instruction et ce procédé rend le livre difficile à lâcher, c'est pourquoi, si vous avez du mal à vous remettre à la lecture, je vous conseille vivement cette autrice. Bien plus profond qu'il n'y parait, loin des ouvrages "feel-good", son ton de novelliste et son écriture précise transforment ces faits divers en objets littéraires et son analyse de la nature humaine nous imprègne durablement.

Publicité
4 mai 2026

# 507 Paresse pour tous, Hadrien Klent

Mon ami Thomas m'a prêté Paresse pour tous d'Hadrien Klent ce qui m'a fait sourire puisqu'il travaille également avec moi en tant que prestataire.

Un économiste reconnu qui décide de se lancer dans la course à la présidentielle avec un programme de réduction drastique du temps de travail: à travers cette fiction, l'auteur qui écrit ici sous pseudonyme vulgarise l'histoire du droit du travail tout en gardant un rythme narratif entrainant. Les différents personnages lui permettent de mettre en avant les enjeux économiques tels que le monde de l'entreprise, l'agriculture ou le numérique sans négliger l'importance médiatique de l'élection: il ne s'agit pas d'avoir le meilleur programme mais d'être le candidat le plus convainquant aux yeux de l'opinion. 

A mi-chemin entre roman et essai, je vous conseille cette lecture cet été avant le démarrage de la nouvelle campagne électorale qui nous saturera de solutions toutes plus assommantes et déprimantes les unes que les autres. Dans ce contexte, une petite dose de théorie de la décroissance me semble une bonne idée!

 

 

7 avril 2026

# 506 Contre les figures d'autorité, Samah Karaki

C'est un essai passionnant conseillé par mon ami libraire Philippe : dans "Contre les figures d'autorité" Samah Karaki analyse ce qui façonne notre jugement et les pièges cognitifs qui construisent nos goûts. En mettant les neurosciences au service d'un modèle social plus juste, l'autrice nous interroge sur les mécanismes médiatiques et politiques qui entravent notre libre arbitre, elle explique aussi les contradictions auxquelles nous faisons face (et le chapitre le plus intéressant pour moi a été celui sur la question de séparer l'homme de l'artiste) et les inégalités de notre société en matière de reconnaissance artistique. 

Un ouvrage à la fois accessible, érudit et très convainquant qui m'a donné envie de découvrir ses autres écrits.

18 mars 2026

# 503 La fille qu'on appelle, Tanguy Viel

Marie m'a recommandé La fille qu'on appelle, "je l'ai lu en 2 soirs, mets le sur ta liste des livres pas cucul à lire". Comme quoi, parfois une image vaut mille mots, nul besoin d'écrire un long post pour être un prescripteur efficace. J'avais envie d'une lecture entraînante, je n'ai pas hésité : j'avais apprécié la lecture d'Article 353 du code pénal de Tanguy Viel lu dans le même état d'esprit. Construit sur le même procédé narratif d'une déposition, ce récit nous embarque de la même façon: l'examen des rapports de force sociaux s'applique cette fois à la relation entre un maire qui jouit d'un pouvoir local et une jeune fille venue lui demander une faveur. Avec beaucoup de finesse et une maîtrise de l'intensité dramatique, au delà du simple sujet du consentement, l'auteur nous interroge sur la manipulation, la nécessaire prise de conscience morale des situations de domination, quelle que soit leur justiciabilité. 

18 mars 2026

# 502 Trois Mexiques, J.M.G Le Clézio

J'ai acheté le nouveau livre de J.M.G Le Clézio peu après sa sortie, par un pur hasard en le découvrant sur le présentoir de la jolie librairie La pêche à la ligne. Je n'en avais pas du tout entendu parler alors que je suis l'actualité littéraire et que je suis particulièrement attentive à cet auteur, mais comme m'a dit la très sympathique libraire Magali* "Il faut attendre qu'il passe à la Grande Librairie, là les ventes vont décoller". C'est vrai que c'est un habitué de cette émission et au sujet des prescriptions je viens justement de terminer un essai passionnant - je vous en reparle très vite** (quel suspense! Quel teaser!).

J'ai mis un peu de temps à lire Trois Mexique car il est très dense et demande de la concentration. Trois auteurs, trois moments historiques, trois lieux mexicains. Autant vous dire que j'ai ressorti une carte: Mexico, c'était facile mais alors Sayula et San José de Gracia, je n'en avais jamais entendu parler! Quant à l'histoire mexicaine, je n'y connais rien, je me suis donc laissé porter par la contextualisation de Le Clézio, au risque d'être parfois un peu perdue, avec un agréable sentiment de naviguer entre le genre narratif et l'essai.

Il faut dire que Soeur Juana Inès de la Cruz, Juan Rulfo et Luis Gonzalès y Gonzalès ont tous les trois, à leur manière, une étoffe romanesque et cet ouvrage réussit à la fois à faire de ces auteurs mexicains des personnages littéraires et des bâtisseurs de la littérature. Brillant.

* En plus d'être vraiment adorable, elle me fait penser à mon amie Céline, alors j'ai vraiment très envie d'être amie avec elle, c'est un sentiment assez bizarre!

** Vu mon assiduité aléatoire, il est permis d'en douter…

17 mars 2026

# 501 Cannibale, Didier Daenincks

Je ne vais pas m'étendre sur cette lecture: je cherchais un livre de poche à glisser dans mon sac et je suis tombée par hasard dans notre bibliothèque recomposée sur Cannibale de Didier Daenincks. Il y relate l'exposition coloniale de 1931 à Paris et la mise en scène des Canaques forcés de jouer des sauvages anthropophages.

Alors que cet épisode aurait mérité un roman focalisant sur la très faible contestation de ce zoo humain (seul le mouvement surréaliste s'était élevé contre cette représentation), l'auteur se perd en romançant une évasion et passe à côté de la contextualisation de la politique coloniale qui aurait permis de la dénoncer plus efficacement qu'en alimentant le cliché façon "les visiteurs" des autochtones perdus dans la ville industrialisée.

Publicité
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>
Pages
Publicité
Archives
Publicité
Newsletter
Derniers commentaires
Rallumer les étoiles
Publicité