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28 août 2026

# 514 Le Palais, François-Henri Désérable

Je saute dans la 17ème année de ce blog avec u

n auteur que j’aime beaucoup : François-Henri Désérable, le hockeyeur devenu écrivain après avoir découvert la littérature à 18 ans. Je précise ce CV parce que quiconque manque de second degré pourrait prendre son éloquence et sa culture pour de la pédanterie, là où j’y vois moi une urgence à rattraper le temps perdu, celui de l’adolescence où je pouvais m’enfermer des heures avec Zola, Steinbeck ou Dumas.

Nous partageons le même goût pour certains auteurs contemporains : Miguel Bonnefoy, Emmanuel Carrère, Jean Echenoz… et j’aime son humilité, son sens de l’ironie et son écriture facétieuse qui mettent de la légèreté dans ses propos très documentés.

Avec Le Palais, François-Henri Désérable reste dans la veine historique qui fait sa signature en nous racontant l’histoire des vignobles, et en premier lieu celui de la Bourgogne, et les subtilités de l’œnologie à travers son personnage principal Arun, doté d’un palais absolu. La première partie a des airs d’un manuel type « Le Vin pour les Nuls » émaillé d’anecdotes réjouissantes.

Puis, la narration prend l’allure d’un roman à suspense, on part à New York où se déploie une intrigue inspirée d’un fait réel

Ce roman m’a captivée, je n’ai pas vu passer les deux fois cinq heures de mon trajet en train et je rejoins les critiques positives sur ce livre où François-Henri Désérable laisse une large part à la fiction. J’ai aussi apprécié les références littéraires, l’analogie avec Le parfum ou le Comte de Montecristo, les détails personnels : la galerie vénitienne, le match de hockey, mais aussi l’anagramme du personnage El Baresed qui porte sa voix naïve. La société du paraître en prend un coup, jusque dans le dénouement qui m’a surprise et nous enjoint à faire preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité.

 

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12 août 2026

# 513 Piranèse, Susanna Clarke, Trad. Isabelle D. Philippe

Après deux romans denses et sur les conseils de mon adorable voisine Catherine, je me suis lancée dans la lecture d'un récit onirique : à la croisée des chemins entre fantastique, mythologique et magique, Piranèse nous plonge dans un autre Monde.

Les première pages demandent une certaine concentration et il faut aimer les narrations descriptives, mais une fois cet effort effectué, on se laisse guider par le narrateur Piranèse dans le Palais, un lieu étrange, immense et balayé par les flots. En dehors de ses deux rencontres hebdomadaires avec l'Autre, il occupe ses journées à consigner dans ses carnets la description minutieuse des vestibules et des statues qui les peuplent.

La personnification du lieu et des objets et les références mythologiques nombreuses créent une atmosphère poétique avant de basculer sur une intrigue psychologique.... que chacun interprétera selon sa sensibilité! 

Un joli roman très original sur l'emprise mentale, Piranèse étant le nom d'un architecte italien célèbre pour ses dessins de Prisons Imaginaires!

10 août 2026

# 512 La maison vide, Laurent Mauvignier

Depuis sa sortie, j'avais envie de lire La maison vide de Laurent Mauvignier car mon libraire désormais retraité m’avait assurée que le prix Goncourt n’était pas usurpé (c’est lui qui m’avait fait redécouvrir cet auteur avec Histoires de la Nuit). J’ai attendu la traditionnelle transhumance familiale des livres et la période de congés pour me plonger dans ce pavé de 750 pages.


Une fois réhabituée au style très particulier de Mauvignier – l’abondance de détails perturbante au départ me donne ensuite l’impression physique d’être porté par ce fleuve narratif – j’ai été totalement embarquée par la saga familiale de l’auteur.

A partir de faits réels et en toute honnêteté avec le lecteur, Mauvignier comble par la fiction les vides de son histoire familiale. Au-delà de sa quête intime, l’intérêt réside dans le point de vue retenu qui est celui de femmes provinciales. Dans les pas de son arrière-grand-mère Marie-Ernestine et de sa grand-mère Marguerite, on traverse avec lui les Première et Seconde Guerres mondiales. Et c’est là où le talent littéraire de Laurent Mauvignier transforme une chronique familiale en véritable œuvre littéraire portée par des personnages subtils et nuancés. La narration brillante assemble les pièces du puzzle fait surgir l’inattendu alors même que la fin est connue dès l’introduction. J'ai refermé le livre à regret tant j'aurais moi aussi voulu sauver Marguerite… Pari réussi pour l'auteur qui tenait par ce roman à sortir du silence son aïeule!

4 août 2026

# 511 Tout ce que j'aimais, Siri Hustvedt, Trad. Christine Le Bœuf

Je n'avais jamais entendu parler de Siri Hustvedt avant la sortie de son dernier ouvrage. Les articles dithyrambiques à son sujet et la mention de sa relation avec Paul Auster ont aiguisé ma curiosité. De fil en aiguille, je suis tombée sur un commentaire concis d'une personne soulignant la forte impression que lui avait fait la lecture de son roman Tout ce que j'aimais. Cela a suffit pour que je l'emprunte à la bibliothèque. Il date de 2003 et préfigure selon moi tout ce qui a ensuite été analysé dans son œuvre, à savoir le lien entre le corps et l'esprit, entre neuroscience et psychologie, Siri Hustvedt ayant poussé si loin ses réflexions et investigations qu'elle est depuis 2010 invitée en tant que conférencière dans des congrès médicaux.

Le narrateur, un professeur d'art, se lie d'amitié avec un artiste new-yorkais : c'est le point de départ d'une histoire dont le fil directeur reste leurs trajectoires de vie professionnelles et personnelles. Si l'amitié, l'amour et les liens familiaux, de sang ou de cœur occupent une grande partie du récit, l'autrice propose également une réflexion sur l'art et sa marchandisation (qui m'a rappelée l'essai récemment lu sur Les figures d'autorité). Elle nous offre également des échappées éclairées sur les travaux de Charcot concernant les hystériques. Cela pourrait paraître hors sujet alors qu'en fait dans la narration tout prend sens tant le sujet du fonctionnement de l'âme humaine imprègne son écriture.

La complexité, la subtilité et la grande sensibilité de Tout ce que j'aimais en font une lecture résolument marquante pour moi. Dense, exigeant et introspectif il nécessite cependant de la disponibilité intellectuelle et un certain espace mental.

 

25 juin 2026

# 510 Les prénoms, Florence Knapp

Juste avant mes vacances, j'ai lu Les Prénoms mis en avant sur le présentoir principal de ma médiathèque, un premier roman de Florence Knapp, best-seller au Royaume-Uni. Honnêtement je ne sais pas si je suis hermétique à ce type de littérature ou si c'est la couverture médiatique qui a engendré l'engouement plus que la qualité intrinsèque de l'ouvrage, en tous cas je me suis rapidement copieusement ennuyée.

Au moment de déclarer son enfant une mère hésite entre trois prénoms : Gordon, pour perpétuer la tradition paternelle ultra conformiste et qu'elle déteste; Julian, le prénom qu'elle affectionne ou Bear, proposé par sa fille et manifestement extravagant. 

L'idée de départ est intéressante:  trois trajectoires de vie se dessinent en fonction du choix, pas uniquement par l'impact d'un prénom sur une personnalité mais aussi et surtout le reflet de l'émancipation de la mère du joug patriarcal.

Malheureusement les chapitres entrelacés de chaque destin ralentissent le rythme et surtout les personnages sont trop stéréotypés et manquent de profondeur. Cette absence de nuance se reflète également dans la narration rendant chaque histoire prévisible et improbable.

 

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17 juin 2026

# 508 Victor Hugo vient de Mourir, Judith Perrigon

Je suis tombée par hasard sur ce roman mis en avant à ma médiathèque, j'aime bien les éditions de L'iconoclaste, Le nom de l'auteur me disait vaguement quelque chose - et pour cause c'est elle qui a assisté Gisèle Pelicot dans l'écriture de son livre et j'ai toujours trouvé passionnant l'histoire du 19ème siècle. 

Je dois dire que je suis passée à côté de ce roman: en poussant jusqu'à l'obsession le souci du fait réel et du détail, Judith Perrignon n'a pas réussi à m'embarquer dans ce récit. Pourtant tous les éléments sont bien présents pour en faire un grand roman: l'enjeu politique autour des funérailles nationales d'une icone populaire.

Une lecture à réserver à ceux qui prennent plaisir à éplucher des archives de la préfecture de Police.

2 juin 2026

# 509 L'application des peines, Didier Castino

Encore un emprunt impulsif à ma médiathèque (oui, le fait de m'y être inscrite à un impact positif sur mon rythme et ma diversité de lecture): L'application des peines faisait partie de la sélection du prix Piaf de ma librairie et j'ai profité de sa disponibilité pour enfin le lire. 

Didier Castino prend le point de vue narratif d'un multirécidiviste sur le point de sortir de prison après sa cinquième incarcération et donne une profondeur admirable à son personnage, tout en ambiguïté. A l'issue de ce récit Edouard Bonnefoy nous est familier et ce réalisme est accentué par le traitement tout en nuance du déterminisme social, de l'engrenage, des conditions carcérales et de la réinsertion. La sortie de prison apparait comme un impensé des politiques pénales et pénitentiaires.

Intervenant en prison, Didier Castino parvient à prendre de la distance avec son activité tout en gardant sa sensibilité et ce subtil dosage entre expérience et maîtrise fictionnelle fait selon moi toute la réussite de ce roman.

4 mai 2026

# 504 Ma grande, # 505 Marche blanche, Claire Castillon

Je me suis enfin inscrite à la médiathèque de ma plus si nouvelle ville de résidence. Aller à la bibliothèque municipale est une habitude familiale, je me souviens très bien de ce rituel du mercredi ou du samedi, la possibilité de repartir avec six livres en se concertant sur nos choix avec ma sœur, notamment avant les vacances. J'aime ce délai imposé et le choix à la fois contraint par la disponibilité mais libéré de la question du prix. Cela me rend plus curieuse, je me laisse tenter avec beaucoup de spontanéité par un titre, une couverture, un résumé, une mise en avant sur le présentoir... Mais en même temps je vais aussi me diriger vers des lectures "faciles".

Claire Castillon, c'est vraiment la valeur sûre pour se laisser embarquer par un récit vif et captivant: ses textes décortiquent à partir d'un évènement dramatique les mécanismes psychologiques des relations humaines, souvent au sein de la famille. Une seule voix et la toile qui se tisse autour d'un personnage, gagnant à chaque chapitre en intensité et en nuance.

Avec Ma grande, le narrateur décrit l'escalade qui le pousse au meurtre de sa femme; dans Marche blanche, on entre dans la tête de la mère après la disparition non élucidée d'une petite fille.

A chaque fois, ce point de vue unique nous donne à nous lecteurs un rôle de juge d'instruction et ce procédé rend le livre difficile à lâcher, c'est pourquoi, si vous avez du mal à vous remettre à la lecture, je vous conseille vivement cette autrice. Bien plus profond qu'il n'y parait, loin des ouvrages "feel-good", son ton de novelliste et son écriture précise transforment ces faits divers en objets littéraires et son analyse de la nature humaine nous imprègne durablement.

4 mai 2026

# 507 Paresse pour tous, Hadrien Klent

Mon ami Thomas m'a prêté Paresse pour tous d'Hadrien Klent ce qui m'a fait sourire puisqu'il travaille également avec moi en tant que prestataire.

Un économiste reconnu qui décide de se lancer dans la course à la présidentielle avec un programme de réduction drastique du temps de travail: à travers cette fiction, l'auteur qui écrit ici sous pseudonyme vulgarise l'histoire du droit du travail tout en gardant un rythme narratif entrainant. Les différents personnages lui permettent de mettre en avant les enjeux économiques tels que le monde de l'entreprise, l'agriculture ou le numérique sans négliger l'importance médiatique de l'élection: il ne s'agit pas d'avoir le meilleur programme mais d'être le candidat le plus convainquant aux yeux de l'opinion. 

A mi-chemin entre roman et essai, je vous conseille cette lecture cet été avant le démarrage de la nouvelle campagne électorale qui nous saturera de solutions toutes plus assommantes et déprimantes les unes que les autres. Dans ce contexte, une petite dose de théorie de la décroissance me semble une bonne idée!

 

 

7 avril 2026

# 506 Contre les figures d'autorité, Samah Karaki

C'est un essai passionnant conseillé par mon ami libraire Philippe : dans "Contre les figures d'autorité" Samah Karaki analyse ce qui façonne notre jugement et les pièges cognitifs qui construisent nos goûts. En mettant les neurosciences au service d'un modèle social plus juste, l'autrice nous interroge sur les mécanismes médiatiques et politiques qui entravent notre libre arbitre, elle explique aussi les contradictions auxquelles nous faisons face (et le chapitre le plus intéressant pour moi a été celui sur la question de séparer l'homme de l'artiste) et les inégalités de notre société en matière de reconnaissance artistique. 

Un ouvrage à la fois accessible, érudit et très convainquant qui m'a donné envie de découvrir ses autres écrits.

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