Nous sommes tous des enfants d'immigrés.

Je suis de la génération Touche pas à mon pote (vous vous souvenez, cette main jaune de SOS Racisme qu'on collait partout?)

Petite, quand j’ai demandé à mon Pépé du Collet "Qui de la France ou de l'Italie tu supportes comme équipe de foot?", il m’a répondu avec un regard implacable:

"Mon pays c'est la France. C'est elle qui a donné à manger à mes enfants."

Mes meilleurs amis au lycée s'appelaient Rachid et Emeric.

J'ai cru à la France Black-Blanc-Beur en 98 et je refuse de renoncer à cet idéal.

Au travail, j'ai eu des alternants qui posaient une journée de congé pour renouveler leur carte de séjour "peut être deux, parce que je vais devoir attendre la nuit devant la préfecture pour espérer passer demain".

Cette année, on m'a reprochée d'être élitiste. Mon équipe d'élite est mixte, dans tous les sens du terme: de sexe, de génération et d'origine. D'ailleurs merci Sciences-Po qui tend la main aux réfugiés parce que le talent ne s'arrête pas aux frontières (Frédéric Mion, émission du 21 juin). On plaisante entre nous: des accents (je n'ai toujours pas compris l'histoire des [O] ouverts ou fermés), des clichés. La religion est une affaire privée que chacun respecte et vit avec discrétion, si ce n'est pour réclamer des patisseries à la fin du Ramadan. Je leur envoie sur le groupe whatsapp les podcasts de Nicole Ferroni et de François Morel.

Je refuse de mettre ma fille dans l'école privée locale: tant pis si cette année elle s'est ennuyée, tant pis si le périscolaire laisse à désirer. La mixité sociale est la meilleure école de la vie, je suis sure que c'est une richesse à nulle autre comparable.

Je réalise à chaques vacances ma chance de pouvoir circuler librement, dans le pays de mon choix.

Emma a été tellement touchée par Les trois étoiles (J'aime lire) qu'elle s'est passionnée pour la guerre en Syrie et le sort des migrants l'interpelle, même si j'en suis grandement responsable à coup d'écoute de France Inter le matin et de réponses détaillées à chacune de ses questions. A chaque fois que l'on passe Porte d'Italie elle me demande: Maman, il y a écrit qu'ils viennent de Syrie alors pourquoi tu ne les aides pas? Oui, pourquoi? 

Comment peut-on se regarder le nombril au point d'oublier que l'on a juste eu la chance de naître au bon endroit?

J'étais fière quand mon père a célébré l'immigration et enjoint à la solidarité avec les migrants lors des funérailles de ma Mémé adorée. Il est né en Calabre.

Alors quand il m'a tendu La Communauté au lendemain de ce jour particulier, avec toujours sa phrase fétiche: "tu vas le lire en une soirée", je l'ai pris sans protester. J'avais pourtant négligé sa recommandation quelques semaines plus tôt, quand il le lisait chez moi bizarrement pas à l'aise pour en discuter, peut-être parce que je n'en connaissais pas le contenu. Aujourd'hui je regrette, persuadée que l'échange entre entre mes parents et Quentin également présent aurait été intéressant. 

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Ce livre qui retrace le destin d'une ville, Trappes, à travers ses talents (Jamel, Anelka, Omar Sy, La Fouine...) et le développement de l'intégrisme religieux. On y lit des trajectoires: comment certains s'en sont brillamment sortis, quand tant d'autres se sont perdus, et en sous-jacent les enjeux politiques souvent personnels et aussi une partie de l'histoire de l'immigration en France. Un récit facile à lire et salvateur quand elles pointent du doigt les promesses non-tenues et les revirements politiques (le paragraphe sur l'aide au retour est éloquent) mais Raphelle Bacqué et Ariane Chemin ne font qu'effleurer l'essentiel: la politique du logement et d'urbanisme, la place fondamentale de l'école et de la culture. Elles s'attachent à donner de l'importance aux personnages-clés quand j'aurais préféré qu'elles prennent de la hauteur. Elles se contentent de relayer des faits, restant en surface, bien loin de soumettre des pistes de réflexion et d'action. C'est néanmoins un essai journalistique intéressant pour moi qui vis bien loin de la réalité des banlieues. Et à mettre au crédit de cette lecture, le serment personnel de "passer à l'acte". Or, deux jours après avoir terminé ce livre, je discute dans la cour d'école avec la maman d'une amie d'Emma, qui me dit qu'elle vient de donner une conférence sur l'aide aux migrants.

Encore une fois, il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous.

To be continued ;-)

Et toujours, à lire et à offrir: Eux c’est Nous édité par l’association de défense des réfugies La Cimade. 

Pour les enfants à partir de 6 ans, conseillé par France Inter (mais pas encore lu): Chemin des dunes. Sur la route de l'exil, de Colette Hus-David et Nathalie Dieterlé.