« J’espère qu’à la lecture de ce livre vous sentirez poindre dans vos membres, dans votre poitrine, ce souffle si caractéristique de la liberté. Cette incomparable envie de créer, d’être utile. Le besoin de contribuer à quelque chose de plus vaste que vous. De participer à un mouvement dont nos enfants et nos petits-enfants se souviendront lorsqu’ils étudieront ce moment clé de notre histoire. Celui où nous avons décidé de ne pas renoncer. »

Ma soeurette est ma principale source de prise de conscience écologique : parce qu’elle travaille avec passion dans le secteur de l’environnement bien sûr et qu’elle sait vulgariser son savoir avec un point de vue très pragmatique et surtout pas culpabilisant, mais aussi et surtout parce qu’à son niveau, sans viser la perfection, elle essaie d’appliquer cette conscience écologique à son quotidien : se passer de voiture, créer un jardin partagé, remplacer les serviettes en papier par celles en tissu…

Ma fille est mon autre moteur : quand elle aura mon âge, il fera en moyenne cinq degrés de plus; je vois sur elle tous les méfaits de la pollution, elle est aussi allergique que moi et je me doute que ses tests d’intolérances alimentaires ressembleront aux miens… Un matin, alors que je préparais son petit-déjeuner, en lisant la composition du paquet de céréales, je me suis dit « mais je suis en train de l’empoisonner là, en fait». La violence de ce propos m’a véritablement bouleversée et depuis je remplace tout ce que je peux par du « fait-maison », à commencer par ce premier repas de la journée.

Il y a aussi eu ce livre Effondrement qui m’a beaucoup marquée ainsi que dernièrement les interventions de Cyril Dion entendu à la radio. Je m’étais promis de lire cet été son Petit manuel de résistance contemporaine et j'attends le retour d'Emma pour regarder avec elle son documentaire Demain.

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Dès les premières pages, l’évidence ressurgit : nous pourrions bien être le prochain chapitre d’Effondrement justement. Seule l’issue reste encore ouverte: sommes-nous voués à la disparition ou bien réussirons-nous à sauver notre civilisation ?

Ce que j’aime chez Cyril Dion c’est qu’il met les mots sur ce qui fait défaut aujourd’hui : oui nous prenons tous conscience de la catastrophe vers laquelle nous nous dirigeons (qui n’a pas au moins une fois relayé un article sur la disparition des abeilles, sur le scandale Monsanto ou sur les maladies neurodégénératives liées directement à l’usage des pesticides?) mais la tâche nous parait si colossale, les enjeux économiques tellement piégés dans la mondialisation et le capitalisme, les politiques si frileux que le « à quoi bon ? » l’emporte au moment d'opter pour une consommation plus responsable. Je ne crois pas que cette nouvelle façon de consommer soit plus contraignante comme on l’entend souvent (la preuve : faire des crêpes ou des yaourts maison sans produits nocifs ajoutés me prend réellement moins de temps que d’aller acheter ces mêmes produits bourrés d’additifs au supermarché), elle demande « simplement » une énorme remise en question de nos modes de vie et une réorganisation qui se mesure sur le long terme et certainement pas sur un cycle électoral de cinq ans…

Evidemment nos gestes individuels pèsent peu mais outre qu’ils nous permettent chaque jour à chacun de réaliser les aberrations que l’on nous impose, en réalité comme le rappelle Cyril Dion, c’est bien la somme de ces individus qui feront changer les choses. Ce qui me ferait vraiment plaisir, ce serait que vous me laissiez en commentaire vos petits gestes quotidiens éco-responsables et en cette période de rentrée vos bonnes résolutions. En ce qui me concerne, inspirée par l’aventure de Marie Cochard je vais essayer de ne plus confondre frigo et placard, dans l’objectif de remplacer celui que j’ai par un format plus petit et moins consommateur d’énergie.

« Choisir est épanouissant. Inventer est fichtrement excitant. Sortir du conformisme renforce l’estime de soi. Etre bien dans ses baskets est contagieux. Résister en ce début de XXIe siècle commence donc, selon moi, par refuser la colonisation des esprits, la standardisation de l’imaginaire. « Créer c’est résister. Résister, c’est créer », écrivait le regretté Stéphane Hessel en 2010. Et il s’y connaissait en résistance… »

C’est un essai vraiment intéressant, bien écrit, assez court, mais si toutefois cette lecture vous rebute, je vous invite à podcaster certaines émissions où Cyril Dion intervient :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-temps-d-un-bivouac/le-temps-d-un-bivouac-17-juillet-2018-0?xtmc=cyril_dion&xtnp=1&xtcr=3

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-21-mai-2018

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-dete-1ere-partie/plan-biodiversite-est-il-trop-tard

ou encore à lire ces articles:

https://abonnes.lemonde.fr/festival/article/2016/08/15/etre-plutot-qu-avoir_4982798_4415198.html

https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180516.OBS6723/cyril-dion-il-est-temps-pour-l-humanite-d-entrer-dans-l-age-adulte.html 

http://www.liberation.fr/debats/2018/07/01/cyril-dion-il-faut-arreter-de-dire-c-est-pas-de-ma-faute-moi-je-trie-mes-poubelles_1663267

Enfin, très étonnamment, au-delà de son message environnemental, Petit manuel de résistance contemporaine est une vraie source d’inspiration professionnelle pour m’améliorer dans la fédération des équipes:

« Il m’aura fallu des années et des années de militantisme dans les ONG pour parvenir à ce simple constat : « Si nous voulons emmener des millions et des millions de personnes avec nous, nous devons leur dire où nous allons… » Car si les ONG passent un temps infini à dénoncer, décrypter, alerter, elles consacrent un temps et une énergie dérisoires à proposer un horizon, un récit de ce que pourrait être un monde véritablement écologique. Or, l’imaginaire, les histoires sont très certainement le carburant le plus mobilisateur pour les êtres humains. »