joseph anton

''Joseph Anton.'' Il essayait de s'habituer à ce qu'il avait inventé. Il avait passé sa vie à donner des noms à des personnages imaginaires. À présent, en se renommant lui-même, il s'était lui aussi transformé en personnage de fiction ». ''Il'', c'est bien sûr Salman Rushdie qui, le 14 février 1989, est condamné à mort par l'Ayatollah Khomeiny pour avoir écrit Les Versets sataniques. Dans une autobiographie originale à la troisième personne du singulier, l'auteur indien vivant à Londres revient sur la genèse de cet ouvrage interdit et sur les neuf années d'''emprisonnement'' sous protection policière qui s'ensuivent pour lui et ses proches. Une menace perpétuelle parce que l'islam est « devenu allergique à toute une large série d'idées, de comportements et d'objets ».
 
Il faut avoir du temps devant soi pour déguster cette autobiographie plus que dense qui mérite que l'on y accorde toute son attention. Salman Rushdie truffe son récit d'anecdotes tirées de sa fréquentation assidue des plus grands auteurs britanniques et mondiaux. On pourrait craindre que la multiplication des noms de personnalités soutenant son combat et l'invitant à séjourner chez eux au fil des pages relève de l'étalage narcissique mais il n'en est rien : les faits sont drôles, spirituels et intéressants. L'auteur parvient à nous faire sentir chez nous au milieu de ces noms qui jalonnent notre culture et qui trouvent tout à coup une réalité.
 
Situé à la fin des années 1980, ce récit est hélas encore tout à fait d'actualité et la liberté d'expression, que ce soit sous forme de mots, de paroles ou de dessins, est encore loin d'être respectée par les extrémistes d'une religion qui refuse l'apostasie.