Je ne m'explique pas comment j'ai pu passer à côté d'Irving jusqu'à présent mais grâce à Sylvain, l'erreur est réparée!

Irving

A moi seul bien des personnages est difficile à définir, entre autobiographie et fiction. Ce qui frappe en premier lieu c'est la maîtrise de la narration et de l'espace spatio-temporel: l'auteur passe d'une période à l'autre de sa vie sans respecter l'ordre chronologique mais avec une cohérence d'ensemble qui nous permet de suivre le fil. Peu à peu se dévoilent des personnages profonds et attachants (je défie quiconque de ne pas compatir aux efforts de Billy pour prononcer le mot "pénis").

D'un questionnement sur la sexualité d'un adolescent américain, Irving transforme le récit en essai brillant sur la tolérance et le désir. Les nombreuses références aux oeuvres littéraires classiques et la mise en parallèle permanente avec l'oeuvre de Shakespeare qui donne le titre à ce roman soulignent que ce n'est pas un sujet de réflexion contemporain ou générationnel : "On est toujours libre d'aimer qui on veut" affirme un des protagonistes, ce à quoi la bibliothécaire répond "au contraire (...) la litterature est riche en amours impossibles".

On suit l'apprentissage amoureux et sexuel de Billy depuis ses attirances peu conventionnelles d'adolescent qu'il qualifie d'"erreur d'aiguillage amoureux", attestant ainsi de la difficulté de comprendre et d'assumer ses désirs. La sexualité est pour Irving un sujet complexe et amoral servi ici avec la bonne dose d'humour et d'originalité. D'une écriture assez masculine  et sans tabou qui m'a parfois fait penser à Portnoy et son complexe de Philip Roth, ce livre m'a donné envie de mieux connaître l'auteur, et de lire enfin Le monde selon Garp