Ma lecture du roman Le dimanche des mères de Graham Swift remonte à plusieurs semaines mais je voulais vous en parler avant les vacances, si jamais vous êtes en recherche d'inspiration littéraire. J'ai découvert cet auteur grâce à un article du Monde (pour changer...).

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Jane raconte une journée de sa vie de domestique dans l'Angleterre post-première guerre mondiale, vingt-quatre heures particulières puisqu'il s'agit du jour de congé annuel traditionnellement dédié à rendre visite à ses parents. Mais de parents, Jane n'en a plus et elle profite de cette liberté pour voir son amant, un jeune homme de la bourgeoisie qui s'apprête à se marier avec une femme de son rang.

L'histoire d'amour ne semble être qu'un prétexte à raconter autre chose. L'analyse sociologique est particulièrement subtile, appuyant les différences des classes sociales pour mieux montrer leur égalité devant la guerre qui décima aussi les familles aisées. Les prémices des années folles et le progrès technologique complètent le tableau historique, qui se double d'une surimpression psychologique intime et pudique. Tout cela en 140 pages.

Ce court récit est porté par l'élégance de l'écriture de Graham Swift pour qui la maxime anglaise semble parfaitement adaptée : "less is more" ou l'éloge de la simplicité.

Sur une petite table étroite recouverte de feutre où l'on devait parfois déposer gants ou autres effets personnels, elle aperçut la clé qu'il avait sortie pour elle. Une grosse clé, une clé typique, un test en soi, déroutant, qui l'attendait même si elle ne servait qu'à fermer et non pas à ouvrir quoi que ce soit.

Elle ne voulait pas encore la toucher.

De retour dans le hall, elle se trouva face à plusieurs portes. Cela n'avait sans doute guère d'importance. Elle n'avait rien de particulier à faire dans aucune de ces pièces, sauf dans la chambre du premier où ce qu'elle avait à faire était déjà fait. Et pourtant, d'une manière générale, sa tâche incontestable semblait consister à imprégner de sa présence, intruse et dévêtue, cette maison, qui était sienne sans l'être.

Elle s'executa donc. Glissant de pièce en pièce. Elle regarda, mémorisa, mais, en secret, laissant aussi une part d'elle-même. Se dire que, si choquante que fût sa visite - elle était à poil! -, personne ne saurait ni ne devinerait jamais qu'elle avait été ici semblait lui donner des ailes. Comme si sa nudité lui conférait non seulement l'invisibilité, mais aussi l'impunité.