Il y a des livres que je ne peux pas lâcher, je me dis que je pourrais prendre le temps et prolonger ainsi le plaisir mais c'est plus fort que moi, je m'y plonge dedans à la moindre occasion. Lorsque se profilent la dernière page, le dernier paragraphe, la dernière phrase, j'éprouve un pincement au cœur : il me manque déjà. C'est ce qui s'est produit pour Chanson douce de Leïla Slimani, lu en une journée. Lorsque j’ai vu en bas de ma liseuse s’afficher le chiffre : « 176 pages lues sur 177 », je me suis sentie un peu orpheline.

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Il est dans la première sélection du Goncourt et s’il obtient la récompense, ce sera justifié, non pas en comparaison des autres que je n’ai pas lus, mais pour ses qualités littéraires et narratives : le second roman de Leïla Slimani est excellent. Les critiques unanimes du Masque et la Plume m’ont convaincue de le lire alors que le sujet est plutôt risqué : Myriam découvre en entrant chez elle que la nounou a tué ses deux enfants avant de tenter de se donner la mort. Pour des raisons très personnelles j’appréhendais cette première scène, mais l’auteur ne la surcharge pas et on se retrouve directement dans le questionnement qui constitue la trame de ce roman : qu’est ce qui a amené supernanny à accomplir ce geste monstrueux ? Au-delà de l’intrigue, Leïla Slimani met le doigt sur des sujets où je me suis sentie concernée : la conciliation de son rôle de maman avec ses autres activités, la gestion d’une relation de travail avec une personne à qui on confie notre enfant, préjugés et racisme cachés…

C’est une lecture hypnotique : l’écriture fluide, le style impeccable, la profondeur psychologique et sociale du récit nous embarque immédiatement, tout en connaissant dès les premières pages comment cela se termine. Un tour de force dû à mon sens à une parfaite maîtrise de la narration, dont la clé nous est, elle, révélée uniquement à la fin.