J'ai découvert Philippe Besson il y a des années avec un roman qui m'avait beaucoup touchée: Se résoudre aux adieux. Derrière la banalité du thème de la rupture amoureuse, le récit de Besson m’avait frappée par sa finesse. Une femme quittée part en voyage et écrit des lettres à son ancien amant, tout en affirmant ne pas attendre de réponse - l’envoi du courrier remettant forcément en cause au moins aux yeux du lecteur cette absence d’espoir. Philippe Besson met dans ces lettres mortes tout le désespoir de savoir que c'est fini avec l’impossibilité de l’admettre de manière absolue et définitive. Je me souviens d’une thérapie par l’écrit et d’un travail de deuil dans lequel chacun pouvait se reconnaître. J'avais trouvé le titre magnifique et précisément juste: l’emploi du verbe « se résoudre » et non pas « se résigner », subtile différence. Je n'ose pas relire ce livre de peur de le trouver moins beau que dans mon souvenir.

J’ai ensuite lu La trahison de Thomas Spencer, un roman sur une amitié exclusive entre deux jeunes hommes perturbée par l'arrivée d'une femme dans leur vie.

arrêtes avec tes mensonges

Dans Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson nous offre la clé de lecture de ses romans puisqu’il s’agit de son autobiographie. En racontant sa première histoire d’amour, il nous dit aussi la difficulté d’être un adolescent différent dans la France profonde des années 70. Et puis il y a la force narratrice et sémantique de son écriture quand il nous parle d'amour:

Car, tout de même, il y a l’intimité foudroyante entre nous, parfois, l’insurpassable proximité, mais l’ignorance le reste du temps, l’absolue séparation : une telle schizophrénie, avouez que ça peut venir à bout de la raison des plus équilibrés. Et je n’étais pas le plus équilibré.

Il y a cette folie de ne pas pouvoir se montrer ensemble.  Folie aggravée en l’occurrence par la situation – inédite- de se trouver au milieu d’une assemblée en devant se comporter comme des étrangers. Folie de ne pas pouvoir afficher son bonheur. Un pauvre mot, n'est-ce pas ? Les autres, ils disposent de ce droit, ils l’exercent, ne s’en privent pas. Ca les rend plus heureux encore, ça les gonfle de fierté. Nous, on est rabougris, comprimés, dans notre censure.

Il y a cette brûlure de ne rien être autorisé à dire, de devoir tout taire, et cette question terrible, cet abîme sous les pieds : si on n’en parle pas, comment prouver que ça existe? Un jour, quand l'histoire sera terminée, puisqu'elle se terminera, nul ne pourra témoigner qu'elle a eu lieu. L'un des protagonistes (lui) pourra aller jusqu'à la nier, s'il le souhaite, jusqu'à s'insurger qu'on puisse inventer pareilles sornettes. L'autre (moi) n'aura que sa parole, elle ne pèserait pas lourd. Cette parole n'adviendra jamais. Non, je n'ai jamais parlé. Sauf aujourd'hui. Dans ce livre.